Prendre part à la fête [LIBRE]
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Prendre part à la fête [LIBRE] ─ Jeu 1 Mar - 8:58
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        Cela faisait quatre jours que la capitale vibrait au son de l'euphorie collective. Quatre jours d'une fête permanente qui réjouissait toute la populace. On ne comptait plus le nombre de spectacles donnés dans les rues, le nombre de marchands ayant fait fortune en profitant des provinciaux venus pour l'occasion, ni le nombre de chopes servies dans les auberges et les tripots.
        Combien de chopes ? C'est la première question qui vint à Elienor ce matin là. Ou bien était-il déjà midi ? La lumière qui filtrait par la volets de la chambre qu'il occupait ne permettait pas d'en être sûr. Ce dont il était sûr en revanche, c'est que s'il ouvrait de nouveau les yeux la luminosité, si faible fût-elle, lui ferait exploser la cervelle.
        Jamais il n'avait souffert d'une telle migraine. Même dans sa prime jeunesse, alors qu'il découvrait les joies d'une soirée bien arrosée à la veille d'une journée de repos, il n'avait pas connu de gueule de bois aussi terrible. Tu te fais vieux, songea-t-il alors qu'il se retournait dans son lit. Ce mouvement, pourtant d'une lenteur extrême, déclencha un nouveau coup de massue. Ou plutôt de soufflet. Il avait l'impression qu'un forgeron audacieux et cruel s'amusait à faire enfler l'intérieur de sa boîte crânienne à intervalle régulier.
        Il lui fallait de l'eau. Mais le simple fait d'imaginer se lever pour trouver de quoi satisfaire cette soif immense ravivait la douleur et retournait son estomac. Le sommeil l'ayant fuit, il ne lui restait plus qu'à rester là, allongé, à attendre que cela passe, en macérant dans les effluves d'alcool qui s'accrochaient à tout son corps.


        Il entreprit de se remémorer les évènements de la veille.
        La journée avait débuté comme les autres avant elle depuis qu'Elienor était à Evalon. Il avait visité de nouvelles rues, places et venelles, soucieux d'observer, de dessiner et d'annoter le moindre détail qui puisse faire avancer ses recherches. Si le centre historique présentait une architecture ancienne et mise en œuvre d'une manière irréprochable, souvent ingénieuse, et parfois surprenante, il n'y avait là rien de plus à découvrir selon lui. Aussi avait-il élargi son périmètre.
        Mais, bien que les quartiers plus récents montrassent de nombreux éléments intéressants, il se s'y trouvait aucune innovation notable à consigner. Et puis Elienor était trop affairé à imaginer comment mettre en pratique les idées qui lui étaient venues quelques jours plus tôt pour réellement s'intéresser à ce qu'il avait sous les yeux. Il ne voyait plus que des choses dépassées, des concepts usés d'avoir trop servi. Une fois midi passé, il décida donc de cesser là ses déambulations du jour.
        Il n'avait pas encore profité des festivités. La foule l’oppressait, l'étouffait, et toutes ces processions religieuses l’écœuraient. Mais ce jour-ci la liesse avait finit par le gagner. Après quatre jours les rues, bien qu'encore foulées par de nombreux pas, avaient un peu désempli. Elienor avait donc laissé de côté l'architecture pour poser enfin son regard sur les évènements qui prenaient place autour de lui.
        Et il se laissa prendre au jeu. Odeurs alléchantes de viandes grillées et de pâtisseries, cracheurs de feu, jongleurs, musiciens, magiciens, rires et bonhomie : cela amena bien vite Elienor à se fondre dans la masse. Lui avait peu souffert de la guerre ou de la grande épidémie, mais il imaginait aisément le soulagement des autres face à la fin de ces fléaux, et il fut prit de l'envie de partager ces bons sentiments avec eux.
        La journée fut courte, trop à son goût, mais si le soleil laissa place à la nuit, la ville, elle, ne cessât pas de vivre pour autant. Bien au contraire. La fête ne commençât vraiment qu'à la nuit tombée, quand la bière et le vin commencèrent à s'y mêler. Elienor passa une bonne partie de sa soirée sur l'une des grandes places de la ville, où ménestrels et chanteurs se succédèrent sur une estrade montée pour l'occasion. La nuit d'hiver était fraîche, mais la promiscuité de la place bondée réchauffait les hommes, aidée en cela par l'alcool ingurgité sans ménagement.


        Quand la musique se tut, le maître bâtisseur commençait à ne plus marcher très droit. Il décida donc de retourner à l'auberge où il logeait avant de ne plus en être capable. Une fois sur place, il découvrit une salle commune loin d'être endormie. Bien que l'établissement ne fût niché au fond d'une impasse et réputé pour sa discrétion, nombre de fêtards y était venus pour terminer leur nuit.
        Il ne fallut pas longtemps à Elienor pour décider de se joindre à eux. Il n'aurait qu'à gravir quelques marches pour retrouver son lit quand il ne pourrait plus tenir, mais d'ici là il pourrait encore profiter des réjouissances.
        Une chope à la main, il prit part à une partie de dés. Il n'était pas très adepte des jeux d'argent, mais l'ambiance autour de la table était si légère qu'il ne put résister. Et il comprit bien vite la raison  des éclats de rire que ce jeu provoquait : il n'était pas question de miser de l'argent. C'était avec de l'alcool que l'on jouait. La première partie perdue, Elienor voulut prendre sa revanche, et encore après sa deuxième défaite.
        Puis plus rien. Le trou noir, jusqu'à ce qu'il se réveille dans son lit. Il se remémorait vaguement les visages de ses compagnons de jeu, mais impossible de se souvenir de leurs noms...


        Quand enfin il se sentit capable de se lever, se fut avec peine, mais la soif parvint à le guider hors de son lit. Il s'empara du broc et se remplit le gosier d'une eau aux vertus salvatrices. La migraine était toujours là mais se faisait moins violente. La faim en revanche était de plus en plus grande, et Elienor sentait qu'un portion généreuse de viande grillée, grasse à souhait, lui ferait le plus grand bien. Il revêtit donc ses vêtements de la veille, peu soucieux de son apparence, puis descendit l'escalier qui menait à la salle commune.
        La fête de la veille avait laissé des traces, mais le calme avait retrouvé sa place. Seuls quelques personnes s'y trouvaient, la plupart semblant être dans un état proche de celui d'Elienor. Péniblement, ce dernier alla commander de quoi se restaurer, et l'aubergiste lui adressa un sourire complice lorsqu'il demanda une chope d'eau fraîche pour accompagner le tout. Elienor le lui rendit avant d'aller s'asseoir près de la cheminée au feu ronflant.
        Quand on vint lui servir sa pitance, l'architecte demanda l'heure. Quinze heures : déjà si tard, et pourtant il savait que la journée serait encore longue, très longue...
    Re: Prendre part à la fête [LIBRE] ─ Dim 4 Mar - 19:08
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      Merlyin fit sauter sa bourse dans sa main pour mieux la soupeser. Il avait vraiment bien fait de revenir à Evalon pour les festivités. Dès leur annonce, il avait senti le bon filon et s'était empressé de quitter le nord pour revenir tambours battant - c'était le cas de le dire - jusqu'à la capitale. Il était arrivé dans l'après-midi du premier jour, juste à temps pour trouver un employeur. Malgré tous ses déboires et ses aventures, il affectionnait toujours autant le travail dans les auberges. Si le public y était parfois imprévisible, il y était facile de la conquérir et de le pousser à la consommation. Les taverniers ne s'y trompaient d'ailleurs pas et le ménestrel avait trouvé un employeur dès sa première tentative.

      Le soleil était déjà assez haut dans le ciel et pourtant la salle commune de l'auberge était toujours presque vide. Seuls quelques marchands à la mine fatiguée et au teint chargé étaient passés prendre une rapide collation avant de retourner à leurs affaires. Les craquements du plafond indiquait que quelques fêtards essayaient péniblement de se lever pour aller évacuer un trop plein de bière avant de regagner leur couche.

      Comme à son habitude, Merlyin s'était peu après l'aube. Il évitait généralement de boire plus que de raison de peur de dépenser trop vite sa paye du soir. Cela était d'autant plus le cas depuis le début des festivités qu'il avait accumulé un joli pactole. Les gens avaient envie d'oublier les problèmes passés et de ne pas penser à ceux du quotidien qui reprendraient bientôt le dessus. Les festivités leur fournissaient l'excuse qui leur manquait. Depuis quatre jours, les clients s’enivraient donc plus que de raison et l'alcool leur ôtait toute retenue. Ils dépensaient sans compter au comptoir et le ménestrel ramassait sa part. Un marché tout à fait satisfaisant pour toutes les parties.

      Après avoir pris son repas, Merlyin était allé arpenter les rues pour prendre la température de la ville. Les bruits, les odeurs, tout cela lui parlait. Depuis quatre jours, Evalon avait l'odeur des excès, le parfum de l'ivresse. Ce matin n'était pas différent et le ménestrel savait déjà que la soirée serait bonne. Il régnait une sorte de fièvre, une joyeuse fébrilité qui montrait au cours de la journée pour atteindre son paroxysme décadent lorsque le soleil se coucherait. Satisfait, Merlyin était retourné à l'auberge pour y prendre un diner tardif.

      Il devait être à peu près quinze heures à présent. Merlyin jouait paresseusement avec son couteau devant les restes d'une succulente poularde qui faisait la fierté du cuisinier. Les marches de l'escalier grincèrent, laissant place à un homme affichant une mine que la fatigue rendait peu amène. Le ménestrel le dévisagea rapidement avant de reconnaître en lui l'un des fêtards de la veille. Lorsqu'il était finalement allé se coucher, l'homme était encore embarqué dans un jeu à boire qui provoquait des rires tonitruants dans la salle. Merlyin esquissa un sourire pour lui-même avant de revenir à son couteau. Il ignorait quel avait été l'issue de la partie mais, à en juger par l'état de l'homme, la partie avait du être plutôt serrée.
      Re: Prendre part à la fête [LIBRE] ─ Lun 5 Mar - 11:14
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            La viande était succulente, parfaitement grillée au feu de bois sans être trop cuite et grasse à souhait : idéale pour remettre un homme sur pied. L'eau avait un air de don des dieux. Elienor avait déjà souffert de la soif, mais jamais à ce point. Jamais il n'avait autant apprécié le plus simple des breuvages de la sorte. Il avait vidé sa première chope cul-sec avant d'en demander une seconde.
            Il se rappelait avoir passé de bons moments la veille au soir. De très bons même. Malgré le trou noir qui entachait ces souvenirs, il savait avoir profité pleinement de la fête. Il avait rit, bu et rit encore avant de boire à nouveau. Mais pourquoi donc le revers de la médaille était-il si douloureux ? Pourquoi ne pouvait-on pas boire à outrance sans en payer le prix ensuite ? Celui qui trouverait le remède à ce mal serait riche, à n'en pas douter.
            Le réveil avait été des plus douloureux, mais la pitance dont il profitait maintenant en valait la peine. Il sentait son estomac se remplir et tout son corps semblait suivre le mouvement, s'emplissant d'une énergie nouvelle et bienvenue. La journée ne serait peut-être pas si terrible après tout. Elienor se sentait même suffisamment remis pour travailler un peu. Son assiette vide, il retourna dans sa chambre avant de redescendre dans la salle commune avec sous le bras son livre, ses plumes et ses encres. Il commanda une nouvelle assiette, en précisant la vouloir plus remplie que la précédente, avant d'ouvrir son ouvrage.

            Il le feuilleta en partant de la première page. En quelques jours à peine il l'avait déjà bien remplit. Il relisait ses notes et jetait de rapides coups d’œil à ses esquisses. Il voulait rédiger une synthèse de tous les éléments compilés ici avant de dessiner une première ébauche des idées qui avaient commencé à mûrir dans son esprit.

            Un haut le cœur : pas grand chose, mais rien d'agréable. Cela passerait. Non. Deuxième protestation de son estomac, plus forte cette fois. Il fallait sortir, vite. D'un bond, Elienor se mit debout, renversant son tabouret avec fracas, avant d'atteindre la porte en trois enjambées, sans élégance aucune. Une fois dehors, il parvint à tituber jusqu'au coin du bâtiment avant de rendre le repas qu'il venait d'ingurgiter.
            Il se sentait vidé de toute substance. Les forces à peine retrouvées n'étaient déjà plus. En repensant à l'assiette qu'il avait laissée sur la table avant de sortir, un nouveau nœud serra son estomac avant de se délier dans un remugle plus écœurant encore.
            Il lui fallut du temps, mais Elienor finit par retrouver un semblant de forme. Il retourna à l'intérieur de l'auberge. Sa chope d'eau serait encore sa plus fidèle alliée, mais une fois sa bouche rincée, il lui faudrait retourner se coucher : il ne voyait pas d'autre manière pour passer cette journée sans plus de tourments. Plus jamais ça, pensa-t-il.

            Une fois de retour à sa table, il vida sa chope d'un trait. Il s'assit en la reposant et écarta son assiette et l'odeur faussement amicale qui s'en dégageait. Il s’apprêtait à remonter les marches pour retrouver son lit. Il voulut rassembler ses affaires, mais son livre n'était plus là. Disparu. Des heures et des heures d'un travail méticuleux, volumineux, couteux, envolées.
            Il ne devait pas être bien loin. Elienor jeta un coup d’œil sous sa table en pensant qu'il avait put tomber. Non, rien qu'un vieux parquet poussiéreux et rayé par des années de pieds de tabourets jamais soulevés, toujours tirés.
            Se redressant, il balaya la salle du regard. Lequel des autres pochetrons décuvant avait bien put commettre ce larcin ?
        Re: Prendre part à la fête [LIBRE] ─ Sam 10 Mar - 17:46
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          Arrivée perturbatrice

          Pour la plupart des clients de l’auberge, la situation du maître d’œuvre ne semblait pas digne de leur faire redresser le nez de leur propre chope ou de la partie de cartes dans laquelle ils étaient plongés. Il fallait avouer qu’il n’avait pas encore fait d’esclandre aussi ils étaient simplement ignorants de la situation, ne relevant pas particulièrement son regard.


          Les choses auraient pu rester telles quelles pendant un moment si la porte de l’auberge n’avait pas soudainement claqué contre le mur avec force. Le brouhaha ambiant n’avait pas réussi à couvrir le claquement sec accompagné d’un léger craquement du bois malmené, suivi du bruit reconnaissable dans ce genre de lieu d’un corps s’effondrant au sol…


          Cette intervention avait été suffisamment perturbatrice pour attirer l’attention de la plupart des clients alors que l’homme, car s’en était un, allongé se releva lentement, le regard complètement vide. De par ses vêtements, on pouvait l’identifier comme étant probablement un marchand ambulant, possédant un peu d’argent mais sans trop le montrer pour autant.


          Il avança lentement, voir péniblement, son pied droit, le déposant plusieurs centimètres devant lui, lentement. Basculant son poids sur sa jambe, il souleva légèrement son talon gauche, frottant le bout de sa botte pleine de terre sur le plancher, déposant son pied quelques centimètres devant le précédent.


          S’immobilisant alors il poussa soudainement un hurlement. Serrant les poings, il se raidit complètement alors que sa voix continuait à porter…

          Re: Prendre part à la fête [LIBRE] ─ Sam 24 Mar - 13:15
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            Tous les regards s'étaient tournés vers l'inconnu qui hurlait encore. Tous sauf celui d'Elienor. Les cris puissants de l'homme qui venait d'entrer dans l'auberge avaient réveillé la migraine du bâtisseur. La douleur qui s'était résignée à s'éteindre peu à peu était réapparue avec violence, poussée par le bruit, pour retrouver sa pleine puissance. Elle était insoutenable et, bien que cela eut été vain, Elienor avait porté ses mains à ses oreilles, dans l'espoir que la maigre protection que cela offrirait puisse faire cesser sa souffrance.
                Prostré, replié sur lui même, il avait voulut se rasseoir pour fuir instictivement le moindre effort, dont celui de se tenir debout, bien mince pourtant. Mais son instinct ne s'était pas rappelé que le jeune homme avait renversé son tabouret peu avant. Il s'affala donc sur le sol et son crâne alla frapper avec violence le mur qui se trouvait derrière lui. Le choc raviva plus encore sa migraine qui, déjà à peine supportable, devint alors la pire douleur qu'il lui sembla avoir jamais ressentie.

                Il lui fallut quelques instants seulement avant de pouvoir se redresser, mais ce court laps de temps lui avait semblé durer une éternité. Sonné, sa boîte crânienne menaçant d'imploser, il lui avait fallut se résigner à attendre que le pire soit passé.
                Se relevant avec peine en s'appuyant lourdement sur la table, il prit alors conscience du silence qui régnait dans la salle commune. La sources des déboires d'Elienor s'était tue, mais son entrée fracassante avait cloué le bec de tous les clients y ayant assisté. L'effarement se lisait sur tous les visages, et chacun semblait attendre que quelqu'un d'autre daigne enfin porter assistance à l'inconnu. Seulement personne n'osait s'y résigner.
                Personne n'avait réagi non plus à la chute d'Elienor. Les gens de la capitale étaient-ils donc tous aussi peu solidaires ? Le mellilanais avait entendu parler de l'apathie générale des citadins, mais il avait toujours pensé qu'il s'agissait d'une légende diffusée par quelques campagnards aigris et jaloux de ne pas être des leurs. Il se rendait compte à présent que tout cela était bien réel.
                Mais lui n'était pas de cette engeance. La douleur était toujours vive dans son crâne, mais elle ne l'empêchait pas de rester lui-même. Fidèle à ses origines et à ses convictions, il se dirigea lentement vers l'homme. L'enserrant d'un bras aux épaules, il le fit s'approcher d'un banc avant de l'y faire s'asseoir. Elienor retourna ensuite à sa table, se saisissant de sa chope encore à demi remplie d'eau pour l'offrir à l'inconnu.
                Son livre perdu était devenu le cadet de ses soucis pour le moment. Il sentait une bosse se former à l'arrière de son crâne et sa douleur transparut dans sa voix lorsqu'il s'adressa à son nouveau compagnon d'infortune après s'être assit à ses côtés.
                - Voilà un peu d'eau si cela peut vous aider. Y a-t-il autre chose que je puisse faire pour me rendre utile ? Peut-être alors pourriez-vous m'expliquer ce qui vous a mit dans cet état et amené ici ?
            Re: Prendre part à la fête [LIBRE] ─ Mer 4 Avr - 8:47
            Conteur
              Conteur
              Des yeux dans les yeux

              Combien de temps avait-il passé à crier ? Il avait maintenu sa voix pendant de longues, très longues secondes mais le temps semblait presque s’être stoppé pendant ce moment. Seul le maître d’œuvre semblait s’être libéré de ce hurlement qui captait les attentions, hypnotisant les badauds qui, les mains en partie sur les oreilles, ne pouvaient faire autre chose que rester immobiles face à la paniquer infinie qui se lisait dans le regard du marchand.


              Lorsque le Mellilanais se releva de son choc, même si la vocalise avait cessé les regards étaient toujours tournés vers l’étrange arrivant. Le regard des clients de la taverne était fixe, presque vide, ne prêtant aucune attention à cet homme qui s’approchait lentement du perturbateur.


              Lorsqu’un bras vint se poser sur ses épaules, le marchand tourna son regard injecté de sang vers l’architecte. Le suivant en faisant frotter ses pieds sur le sol, il avança péniblement jusqu’à la surface de bois que lui indiqua son bienfaiteur alors que, malgré son silence presque mortel, sa bouche restait toujours ouverte, un mince filet de bave commençant déjà à apparaître sur le bord de ses lèvres.


              Lorsque vint le moment des questions, il cligna très lentement des yeux, une première fois, puis une seconde, s’arrêtant à ces deux faibles battements qui semblèrent briser l’enchantement dont était victime l’assemblée, les gens se remettant enfin à vivre. Il ferma la bouche, déglutissant longuement et, les coudes appuyés sur la table devant lui il se saisit la tête en tremblant de tout son corps.


              - Des yeux… Des yeux dans des yeux… Le voile de Tamas dans la brume..


              Re: Prendre part à la fête [LIBRE] ─
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