LES BRUMES D'EURATE (part 1)
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LES BRUMES D'EURATE (part 1) ─ Sam 31 Mar - 14:41
Les Brumes

Duché de VOLG



Une fin de soirée comme une autre dans le port de Clairécume. Un port comme il en existe tant sur les côtes de Volg. Une ouverture sur la mer qui profite à l'économie et aux ressources du Duché aux milles facettes. Les Volgiens ne sont pas des marins au long court de naissance mais de très bons pêcheurs. C'est déjà ça de prit !
Un brouhaha planait dans la taverne de la Mouette Rieuse. Les serveuses serpentaient entre les tables de bois vermoulues, où les marins s'installaient pour profiter d'une dernière pinte avant de rentrer chez soi. On rit, on crie aussi un peu. Ce n'est pas rare quand l'alcool coule un peu trop, qu'une empoignade se déclenche, mais les Gardes de Boisnoir veillent au grain. 
Bref, rien de plus banal du point de vue de Markus, le patron indéboulonnable des lieux, qui d'un œil expert repère qui est en manque de se rincer le gosier, ou de se remplir la panse avec une des viandes qui rôtissent dans l'âtre. C'est aussi le premier à intervenir en cas de tension, toujours le sourire et le pichet d’hydromel à la main. Calmer les esprits échauffés par l'alcool avec un peu de douceur de Montdragon. Paradoxal ? Certes ! Mais ça marche !
Jusque là, rien à signaler. Les quais sont tranquilles à cette heure, si l'on exclut les quelques marins un peu trop avinés qui repartent chez eux, sur de se faire attendre par leur épousée. Les soldats Volgiens se permettent même de jouer aux dés derrière le dos du Caporal. Une scène du quotidien sur les côtes du Duché, rien de bien croustillant à se mettre sous la dent pour le ménestrel du coin, attablé dans un coin de la taverne à observer d’un œil torve, le triste spectacle. Mais ça, c'était avant qu'un pêcheur de sole bien connu dans les parages ne déboule dans l'établissement, la mine blafarde, les yeux ronds et le souffle court.

Amboise a la réputation d'être un vieux loup de mer à l'esprit qui parfois dérive un peu trop loin sur les flots comme on aime à le dire poliment. Très gentil, bon navigateur mais aussi futé qu'un goéland...autant dire que ça ne vole pas bien haut à contrario du dit volatile. Alors quand il annonce qu'en cours de route, revenant de sa pêche avec l'équipage de La Sterne Bleue, lui et ses gars ont croisé un navire venu du Sud, voguant seul, émergeant d'une brume poisseuse, tout le monde se retient de rire. 

- Je jure sur les Trois que ce que j'ai vu, c'est un navire-fantôme comme dans les légendes. Je suis pas fou ! On l'a vu de nos yeux, vus avec les gars ! 
- Allez Amboise, fit Markus qui posait déjà une coupe sur le comptoir, bois une rincée et calmes-toi. 
- Mais...


L'autre se redresse et envoie le verre valser d'un revers de la main. 

- Si j'vous dis qu'un navire abandonné venait vers Clairécume !

Et à l'assemblée de rire à nouveau. 

A l'extérieur, une certaine agitation commence à envahir les ports. La cloche de la tour de guet se met à sonner et attire l'attention de la clientèle de la Mouette Rieuse. Une foule de badauds qui s'extirpe pour tenter de comprendre l'origine de tout ce boucan. La brume de mer, un vent froid s'était levé alors que la douceur prévalait jusque là. Puis dans le lointain, une silhouette sombre se découpe dans les ténèbres, une silhouette avançant bien trop vite, les voiles gonflées par la bise. 

- LE VOILA ! LE VOILA ! AH AH ! J'AVAIS RAISON !
- Mais qu'est-ce qu'ils font ? Ils ne s'arrêteront jamais.


Souffle l'un de client, puis l'idée fait son chemin au fur et à mesure que le bâteau abandonné, sans contrôle se fait plus distinct aux yeux de tous. 

- PAR TAMAS ILS NOUS FONCENT DESSUS !
- NE RESTEZ PAS LA !! crie un soldat tandis que la proue du bateau commence à éventrer les premiers quais au loin, et les petites coques de noix amarrées là sans stopper sa course folle.


Cris, clameurs, terreurs. Le navire de guerre ravage les quais jusqu'à s'écraser contre le muret de pierre du bassin de mouillage. Une voie d'eau se crée dans sa coque puis petit à petit, il chavire. Un spectacle à la fois terrifiant, inquiétant et clairement pas banal. Les plus braves sautent dans des canots pour s'approcher, et tenter de sauver de possibles survivants. Amboise quant à lui hurlait à qui voulait l'entendre qu'il n'était pas fou. Ce n'est pas le cas de tous.
Les sauveteurs improvisés découvrirent des corps, de nombreux corps, ceux des hommes de l'équipage. Une bataille s'était jouée sur le pont, dans les cales, à coups de sabre et de poignard...fratricide. Ils s'étaient tous entretués pour une raison inconnue, comme une folie frénétique et commune.
Un survivant fut retrouvé, à l'agonie.

- Fou...ils sont devenus fous...morts...tous...on le devait...fous !