LES BRUMES D'EURATE (part 2)
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LES BRUMES D'EURATE (part 2) ─ Sam 31 Mar - 18:28
Les Brumes

Duché de la CROIX DES ESPINES



La Croix Des Espines et ses vertes plaines, ses pâturages à perte de vue où les troupeaux broutent paisiblement l'herbe grasse sous l’œil attentif de leur berger. Le Duché est un véritable pays vert, l'émeraude parcourant colline et plateau sans discontinuer. Vision apaisante si l'on est, plus encore lorsque l'on traverse les étendues moins accueillantes des Duchés voisins. Ciel bleu immaculé dans cette matinée printanière, azur dans lequel se perdait un jeune berger allongé tranquillement sous un vieux frêne solitaire. Pas vraiment une planque, disons un endroit où se reposer d'un dur labeur, tromper l'ennui et contempler tout simplement la nature qui reprenait vie petit à petit. Petit moment bucolique si l'en est, presque poétique pour les esprits les plus romantiques. Une scène de la vie quotidienne qui n'allait pas tarder à prendre une autre tournure.

Le soleil perçait à travers le feuillage à peine naissant  de son abri, il s'attendait à un peu de chaleur bienvenue mais c'est une bise froide voire même glaciale qui le fait frissonner en lieu et place. Désagréable, le vent le transperce de part en part, et il se redresse en se frictionnant les bras. Notre berger est habitué aux rudes conditions de ses terres, ce n'est pas franchement un petit coup de vent qui va le faire frémir surtout à cette période plutôt clémente, non ? Du moins, il grommelle dans ses dents, faisant quelques pas dans le tapis herbeux, posant le regard sur son troupeau. Depuis quand la brume était-elle tombée ? C'était à ne rien y comprendre.  

Son attention totalement captée par le phénomène, notre jeune berger ne remarque que bien après la présence d'une nuée de charognards volant en cercle dans le ciel, disparaissant par intermittence dans le voile cotonneux, qui ne semblait pas avancer malgré ce vent froid. La curiosité le pique. Le jeune homme perplexe avance encore et toujours. Au gré de ses pas, le brouillard semble s'écarter de son chemin. Un silence pesant s'impose, rien ne semble pouvoir le briser, la vie est comme absente. Les oiseaux sont devenus silencieux, le vent est tombé mais ce froid piquant est toujours là. Le berger appelle, hèle mais il ne reçoit comme réponse, que l'écho de sa voix. Puis dans le lointain, il jurerait entendre les bêlements de ses bêtes.

Quelqu'un tentait de voler son cheptel, ses seules sources de revenus. Serrant les poings, notre jeune homme est bien décidé à faire fuir les voleurs dut-il le faire à la simple force de ses bras et de son poignard. Son pas se presse, il brave le froid et le peu de visibilité, le sang lui bat les tempes. Une silhouette finit par se découper dans la brume. Chaque fois que le bras de l'ombre tombe et s'abat avec une certaine violence, un cri de douleur, d'agonie d'une brebis glace d'effroi notre aventurier.

- LAISSEZ-MOI ! JE NE LAISSERAIS PAS LES THOREENS M'EMMENER ! JE LES TUERAIS TOUS !

Voix humaine, passant par dessus les beuglements morbides des bêtes qu'on tue, éventre avec une démence sans nom. Figé sur place, la gorge serrée et le cœur au bord des lèvres, le berger n'ose plus faire un pas. Ses yeux balaient le brouillard qui petit à petit s'évapore. Il aurait crû voir d'autres silhouettes plus grandes, larges, sur les Trois il l'aurait juré. Petit à petit ses yeux s'habituent à la visibilité relative des lieux, il voit celui qui hurlait ces bravades quelques secondes plutôt, de dos. Ses pas l'approche un peu plus, la main sur le poignard prêt à dégainer si le dément s'en prenait à lui.

La surprise est immense, terrible quand l'inconnu se tourne. Le berger se retrouvait face... à lui-même. Reflets parfaits, comme à travers un miroir, le prisme de la folie. Le double s'avance en courant, lame en avant et perce la chair, à de multiples reprises. Notre jeune homme ne comprenait pas. Quel était ce maléfice ? Il voyait désormais la scène du point de vue d'un observateur extérieur. Douleur, sang, mort, folie...puis le néant.

Le lendemain, dans le Duché, on entendit parler de ce Berger retrouvé mutilé avec sa propre arme au milieu de tout son troupeau, entièrement décimé.