LES BRUMES D'EURATE (part 3)
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LES BRUMES D'EURATE (part 3) ─ Dim 1 Avr - 12:37
Les Brumes

Duché de NERA



Le comté de Baros, ses vignes à perte de vue qui produisent le meilleur vin de tout Eurate. Des grappes sucrées gorgées de soleil qui chaque fin de saison sont emmenées dans les domaines viticoles de la région pour fournir le plus délicieux des nectars. De nombreux producteurs tirent des revenus plus ou moins conséquents de ce travail parfois ingrats mais récompensé. L'hiver touche à sa fin dans ces contrées, la douceur s'installe un peu plus, le soleil risque des apparitions plus remarquées, la saison s'amorce doucement mais sûrement pour le plus grand bonheur de Jehan qui arpente sans relâche ses lignes, vérifie les ceps, avec minutie les débarrasse des feuilles mortes. Cette année sera un bon crû, il en est persuadé.

A cette heure matinale, personne ne se promène encore dans les parcelles qui bordent le domaine de son Seigneur. Car oui, Jehan n'est pas réellement le propriétaire de toutes ces vignes, juste leur « bienfaiteur ». Mais la tâche tout comme le rang que cela lui confère lui suffisent amplement. Il est né, a grandit et vécu dans le milieu, pour rien au monde il ne le quitterait. Une brume épaisse descendait de la colline toute proche, venue du nord, le phénomène ne l’inquiétait pas jusque là. C'est rare mais cela peut arriver de temps en temps que les terres se parent d'une couche cotonneuse le temps que les rayons du soleil fassent leur œuvre. Seulement, le brouillard vient habituellement de la mer. Mais Jehan n'en fait pas grand cas.

Cisaille dans la main, sifflotant un air guilleret, il continue donc de remonter sa parcelle comme à son habitude. Le silence pesant ne l'intrigue pas non plus. En ce début de printemps, le domaine est envahit par le champ des oiseaux, au petit matin, les biches et les cerfs regagnent les bois voisins, les lièvres repartent terrier. Mais aujourd'hui, c'est le calme plat, la vie s'est arrêtée. Ça non plus, notre vigneron ne s'en rend pas compte. Trop occupé a tailler ses ceps, retirer les grappes pourries, plus il avant et plus ses fruits flétrissent. La brume pendant ce temps est tombée, s'installe, poisseuse et opaque.

L’inquiétude le prend lorsqu'il se rend compte que tout autour de lui, les vignes se meurent et pourrissent sur bien alors qu'elles portaient si bien, plus bas sur la colline. La maladie ? Un nouveau fléau ? Jehan peste alors dans ses temps, le cœur au bord des lèvres et une panique irrépressible qui s'empare de son être, le secoue des pieds à la tête. La Peste n'en avait-elle pas fini avec eux ? Les récoltes devaient aussi tomber ? Qu'allait dire le Seigneur de Baros ? Le vigneron sanglote, avance à petits pas entre les rangées de cépages, son pied bute sur quelque chose. Un cadavre de hérisson, enivré d'un raisin porteur de poison gisait là.

Gorgée serrée et sang bouillonnant, ses doigts se serrent sur le manche de ses petites cisailles. Son esprit lui tourne, comme si l'air se chargeait d'une vapeur éthérée qui lui embrumait les sens. Ses yeux semblent distinguer une ombre évanescente, tout proche, se dirigeant vers le pressoir. Tout autour de lui s'accumule les corps flétrit des animaux qui habitent les lieux. Là, une grive battait encore mollement de l'air, bec dans le sol, à l'agonie. Le vigneron se focalise sur l'intrus, le hèle, sans réponse. Il presse le pas, déterminé à mettre la main sur ce « foutu ensorceleur ». Les croyances païennes ont la vit lorsque l'on vénère encore une déesse de l'eau.

Dans le pressoir se tenait une femme d'une grande beauté. Elle l'attendait, sur les marches de gré qui domine la cuve où l'on foulait le raisin. Jehan cligne des yeux, à la place des grappes qu'il aurait dû y avoir, une eau cristalline, argentée reflétait son apparence décatie.

- Qui êtes-vous ?
- Celle que tu vénères à l'ombre du Trimurti, Jehan.
- N...non c'est impossible. Q..comment ?
- Je suis ici pour te venir en aide, sauver tes récoltes et ton honneur. Mais pour cela, tu dois me donner ton cœur, ta foi, sans te cacher. Résister à ces faux-dieux qui veulent me faire disparaître avec notre héritage.


Les mots étaient parfaitement trouvés, comme l'entité divine pouvait lire dans l'esprit du vigneron, les yeux rougis d'émotion et l'esprit un peu plus dément.

- Je ferais tout ce que vous voudrez Ma Dame. Je prierais, je porterais votre nom et votre parole mais guérissez la terre.
- Alors bois...nourris-toi de moi, fait corps avec moi et je te sauverais.


Sans plus de temps pour réfléchir, Jehan s'approche de la cuve.
Le lendemain, on retrouvera le corps du Maître du domaine, noyé dans la vinasse, le corps broyé dans un pressoir.