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Tarte et jour de fête
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Tarte et jour de fête ─ Jeu 12 Avr - 14:23
Anonymous
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    Ah ! Evalon. Oh, capitale étincelante, que le soleil parait de ses plus belles couleurs, scintillant sur les toits et jouant, mutin, le long des murs. Courant après l’ombre, bondissant dessus la moindre tâche d’obscurité, il laissait galoper ses rayons sans retenue en ces jours festifs durant lesquels la foule se pressait dans les rues devenues trop étroites pour tous ces corps massés. Il fallait dire que les spectacles donnés attiraient des individus de tous les horizons, et pas forcément les plus recommandables… Les voleurs à la tire, escrocs et autres happe-bourses devaient se régaler de toutes ces proies faciles et des facilités à se fondre discrètement dans le flot de visiteurs pour échapper à tout repérage.

    Mais rien de tout ceci, ni le bruit, ni les risques, ni le monde, ne suffisait à entamer l’enthousiasme d’Yrhina. Ravie plus qu’elle n’aurait pu l’être, elle se régalait de ce qu’elle voyait et nourrissait son esprit curieux de tout ce qu’elle pouvait découvrir, se gavant d’informations visuelles jusqu’à avoir les yeux larmoyants. Elle avait réellement bien fait de venir avec sa famille, laquelle avait pour l’occasion fermé boutique et décidé de venir passer quelques jours chez la sœur aînée de leur père. L’occasion était trop belle, et la jeune fille n’avait eu de cesse d’espérer voir le temps s’accélérer depuis que la décision avait été prise. Demeurer au cœur de cette était merveilleux, assister aux joutes, aux spectacles, des plus raffinés aux plus magiques, goûter à quelques délices locaux avec ses sœurs… mais, où étaient-ils donc tous passés ? Cillant, la demoiselle regarda autour d’elle avec attention alors que ses pensées se dispersaient devant cette soudaine réalité : elle était seule. Les pots emplis de fleurs, les enseignes délicates qui se balançaient au gré du vent, les hauts murs aux fenêtres de verre trouble… Une petite fontaine, contre un mur, qui crachait une eau semblant claire. Elle n’avait pas la moindre idée de la façon dont elle était venue ici, ni ce qu’était ce fameux ici, si ce n’était que découvrant une fresque de pierre sur un mur, elle l’avait suivi en laissant derrière elle les siens, pour ensuite tenter d’attraper le chat venu la narguer de ses caresses ronronnantes. Habitués à ses étourderies, sans doute les siens s’étaient-ils fatalement fait une raison : ils finiraient par la retrouver le soir venu. Mais la pâtissière, elle, ne parvenait pas à prendre aussi sereinement la situation. Dans cette cité trop grande qu’elle ne connaissait pas, elle ne voulait pas être seule ! Et elle ne savait guère vers quel chemin elle pourrait tourner ses pas pour les retrouver.

    Nerveusement, elle croisa les bras autour de son corps, ses yeux mordorés s’écarquillant d’une inquiétude difficilement réprimée, ses lèvres jusqu’ici souriantes se crispant ; convulsivement, elle se mit à taper le talon droit sur le sol, en de petits coups secs et inconscients, avant de se figer. La musique ! La musique qu’elle percevait, relativement proche, et les bruits de foule qui la couvraient par instants, signifiaient sans nul doute qu’une des grandes places se trouvait non loin et se trouvait occupée d’un quelconque spectacle ! Voilà donc ce qui allait la sauver ! Heureuse soudainement, Yrhina partie au petit trot en direction du brouhaha, glissa dans une ruelle, en traversa une autre, ne voyant pas même les regards surpris qui se posaient sur elle. Finalement, elle déboucha sur une allée plus large, dont l’un des bouts semblait grouiller de curieux. Elle était arrivée. Mais plutôt que d’accélérer, elle ralentie considérablement le pas, hésitant à s’approcher de tant de monde. Ralentie encore. Encore. Finalement, elle s’arrêta net à quelques mètres de la dernière ligne des badauds. Avança. S’arrêta. Juste derrière eux, elle prit une profonde inspiration, se hissa sur la pointe des pieds et eu un hoquet d’horreur en découvrant le monde qui grouillait. Allait-elle réellement devoir jouer des coudes pour chercher sa famille dont elle n’était pas même sûre qu’elle se trouve là ? Impossible… Alors qu’elle était en plein conflit intérieur, une jeune femme devant elle lui fit prendre immédiatement sa décision : tandis qu’Yrhina s’agitait en de vaines réflexions, l’autre se retourna, la dévisageant d’un air de mépris glacial qui fit se ratatiner intérieurement l’éperdue perdue. Bien. Elle ne tenterait pas de s’approcher davantage et retournerait plutôt calmement auprès de sa petite fontaine ; avec un peu de chance, elle retrouverait d’elle-même le chemin qu’elle avait prise tantôt jusqu’à aboutir au l’endroit même où le chemin avec les siens s’était divisé.

    Sa décision prise, elle fit brusquement demi-tour, son bras percutant maladroitement celui d’un autre qui tenait… qu’était-ce donc que cette horreur ? Une tarte ? Vraiment ? Elle était tout bonnement affreuse… Quoi que ce fût, cela s’écrasa fort peu dignement dessus le vêtement de son propriétaire, terminant sa course sur le sol. Propriétaire qui en sembla tout à fait surpris. Et peu ravi. Avait-elle encore le temps de partir en courant, là, tout de suite ? Non ? Non. Il l’avait vu, c’était certain. Des pieds à la tête, elle devint écarlate de honte et d’embarras, prenant la même teinte délicate qu’une fraise mûre un jour d’été et qui, étrangement, rappelait celle rosée de la tarte mystérieuse éclatée à leurs pieds.

    -… Oh. Ooooh. Je… Je suis désolée. Vraiment.

    Cela ne valait pas la prison, quand même… si ? Après tout, elle lui avait épargné une pâtisserie visiblement douteuse, il pouvait bien lui pardonner son petit geste maladroit… non ?