À bon seigneur, dévoué vassal espère
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À bon seigneur, dévoué vassal espère ─ Dim 3 Juin - 7:20
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    Le soleil lentement s'était levé. Comme une amante caressante, il avait étendu ses bras de lumière au-dessus de l'eau, colorant la surface de la mer Reilhem de ses teintes de jour. Une myriade de joyaux étincelants était alors née au sommet des vagues dansantes. Des brillants miroitants et flottants, roulant au-dessus de l'eau jusqu'à venir paresseusement s'échouer contre la coque arrondie de l'Anatidae.

    La caraque aragonaise avait entamé son voyage à la faveur de la nuit. Avec ses deux châteaux, ses voiles carrées et sa proue sculptée pour représenter un cygne prenant son envol, elle faisait la fierté de la flottille du comté. Son capitaine, un homme à la parole orgueilleuse, n'avait de cesse d'en vanter les mérites. Aussi avait-on appris lors du dîner servi la veille sur le pont, que l'Anatidae mesurait trente mètres de longueur et huit mètres de largeur. Elle portait deux mâts et un total de six voiles. Le mât arrière, dit d'artimon, était gréé avec une voile latine. Cette dernière était adaptée à la navigation dans une mer resserrée, comme la mer Reillem, où l'on était souvent obligé de "remonter au vent".

    Soléane laissa filer un discret soupir, qui mourut sur le bord de ses lèvres. Comme la passion de l'ordinaire pouvait être ennuyeuse. Doucement, elle inspira, avant de laisser son regard se perdre au-dessus des vagues, en direction de l'archipel d'Alhucemas. Le jour naissant avait accroché les plus hauts sommets de l'île principale. Lentement, la lumière rendait à Aquila sa grâce poétique. De nombreux bardes avaient vanté la beauté des îles Valacar. Les auteurs en faisaient rimer la nature sauvage avec ce parfum d'iode qui charmait son odorat, ou avec ses plages idylliques. Pour autant, Soléane en était convaincue, jamais elle n'avait entendu, vu ou lu une œuvre capable de justement restituer la beauté des contrastes qu'une aube nouvelle faisait naître sur les falaises blanches.

    "Nous arrivons." La voix de son frère la ramena sur la nef alors qu'il approchait.  
    "Est-ce pour faire honneur à notre futur hôte que vous vous êtes levée à l'aube. Ou seriez-vous nerveuse ?"  

    Il posa ses doigts fins sur son épaule, avant de les tendre vers les tresses qui coiffaient les cheveux de sa soeur. Parfumées à l'eau de jasmin et ornementées de ces précieux bijoux que les aragonais avaient coutume de tisser dans leurs longueurs, les mèches sombres demeuraient humides.
    Esteban esquissa un sourire. Comme depuis toujours, sa sœur ne laissait rien au hasard. Aquila était réputée fondre sous un soleil de plomb dès les premières heures du jour. Garder la tête froide, au figuré, mais surtout au propre, un conseil que la comtesse aragonaise n'avait visiblement pas oublié d'appliquer.  

    "Je n'ai jamais eu votre insouciance mon frère. Apprenez cependant que si une guerre s'achève au crépuscule, les accords toujours se signent au matin."  

    Elle ponctua ses mots d'un regard condescendant, tout juste piqué d'une pointe de malice. Esteban sourit de plus belle.  

    "Vous souvenez-vous de ce que je vous ai dit ?"  
    Elle opina du chef. "Je me souviens."

    Esteban et Ysomir s'étaient rencontrés en Durdinis. Les deux hommes avaient combattu ensemble et Esteban considérait le baron Valacar comme un homme courageux. Il l'avait décrit comme un valeureux combattant, un homme impétueux et sûr de lui. Un téméraire qui c'était fait un devoir d'affronter la mort, quand d'autres avaient refusé relever le défi d'une mission dangereuse.

    Soléane s'était posée la question de savoir pourquoi Ekaterina n'avait pas désigné le baron Valacar à la tête du comté. Les familles d'Aragon et Valacar étaient sensiblement de même rang, mais surtout, Ysomir avait combattu l'invasion des Thoréens en Durdinis. C'était de ces informations dont il fallait tenir compte. Un sujet de discussion glissant qu'elle n'avait pas manqué préparer à son avantage. C'était aussi la raison pour laquelle il était le premier de ses barons qu'elle allait rencontrer.  

    Bien sûr, un autre voyage était prévu vers les Hautes-Plaines du comté et vers Fiorence, l'ancienne capitale. La priorité cependant revenait à celui de ses vassaux que la Régente aurait pu lui préférer. C'était lui témoigner le respect dû à son rang. L'ignorer aurait pu tenir de l'incident diplomatique et Ysomir Valacar n'aurait certainement pas manqué relever un tel fourvoiement.  
    Esteban avait dit de lui qu'il avait une tête bien faite. Une tête surplombée d'un toupet blond dont il n'était pas peu fier. Cette particularité physique dans le Mellila lui venait de sa mère, disait-on, une néréenne. Sur cette pensée, Soléane plissa les yeux. Décidément, il ne fallait pas sous-estimer la Régente.

    "Engagement d'accostage ! Avant Tribord !"

    Le capitaine cria en direction des marins qui, comme un seul homme, s'appliquèrent à la manœuvre. Lentement, l'Anatidae glissa vers les eaux plus tranquilles du port. Esteban se redressa avant de se tourner vers sa sœur. Il détailla sa silhouette d'un œil expert, jugea de la coupe avantageuse de la robe mellilanaise et d'une main appliquée vint lisser un pli imaginaire dans sa cape ornementée.
    Soléane fit mine de le chasser, avant d'à son tour vérifier la tenue de son frère. Alors il se pencha à son oreille et d'un ton complice, souffla à demi-voix.

    "C'est un joli cœur, essaie de sourire."

    Elle lui répondit dans un inaudible grognement et Esteban la regarda s'avancer, fière et altière, parfaite dans son rôle de comtesse, tandis qu'il réprimait un gloussement amusé.
    Re: À bon seigneur, dévoué vassal espère ─ Lun 4 Juin - 11:45
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    Ysomir observait depuis l’Aube le reflet grandir à l’horizon. Comme chaque matin, il était assit en tailleur sur les remparts de la citadelle. Comme chaque matin, il priait, à quelques dangereux centimètres du vide. Le goût du risque, l’attrait du danger. Sans doute.

    Mais ce matin, il n’avait pas fermé les yeux pour se concentrer sur sa foi, ce matin son regard avait été captivé par ce point qui grandissait petit à petit, depuis la côte lointaine. Ce point, qui adoptait petit à petit la silhouette d’un navire, un grand navire fier et imposant.
    Il pourrait jalouser ce bijou de l’humble flotte d’Aragon, mais il avait la ferme intention d’en faire construire un dans l’avenir.
    La flotte de l’armée valarienne ne contenait qu’une dizaine de trières. Solides, certes, mais peu adaptées à la haute mer. Là n’était pas le sujet du jour.

    La comtesse d’Aragon était à bord de ce navire à la proue en forme de cygne. La comtesse et son frère jumeau. Ils faisaient voile vers Aquila, et le baron, assit sur ses murailles, se décida à en bondir pour aller se préparer.
    Esteban d’Aragon. Ysomir ne l’avait plus vu depuis leur lutte en Durdinis. C’était un homme qu’il admirait pour sa finesse d’esprit et sa grande intelligence. Un homme sage, qui avait su acquérir sa confiance tout comme son respect. Dans une guerre, il fallait deux genres d’hommes. Les stratèges, et les champions. Esteban était ce stratège qui avait su mener les troupes du sud sur le champ de bataille. Ysomir était celui qui avait su les guider, les entraîner au combat, mener les charge, faire ce que tout homme sensé aurait refusé.
    Il ne craignait pas la mort, et c’était son plus grand défaut. Il avait confiance en ses talents de guerriers, peut être un peu trop. Est-ce l’arrogance qui le poussait à risquer sa vie ? Ou un dévouement infini envers les causes qu’il défendait ? Difficile à dire.

    Il serra la ceinture de l’une de ses plus belles tenues de soie. Une tenue au raffinement typiquement Valarien. Légère, élégante et volatile, la soie de la baronnie se mélangeait merveilleusement bien aux autres tissus ornant la tenue.
    Il enfila une paire de spallières d’apparat, sculptés avec une précision certaines, mais qui aurait été bien inutile au combat. Nouant la cordelette sous son aisselle, il ajusta sa longue cape blanche tout aussi légère que sa tenue, ornant une seule de ses deux épaules.
    Il saisit son sabre qu’il accrocha à sa ceinture avec son fourreau, de même que sa plus belle dague courbée, et après avoir taillé sa barbe et nimbé sa chevelure blonde d’un brin d’eau fraîche, quitta ses appartements, afin de rejoindre les écuries, et grimper sur son destrier à la robe blanche, qui avait été harnaché par son écuyer.


    Fièrement monté sur son cheval, il attend que l’escorte de son lieutenant soit prête.
    Ils finissent par descendre la grande avenue descendant lentement jusqu’au Faubourg d’Aquila. Le baron en tenue d’apparat, suivis de douze de ses gardiens enfermé dans leurs lourdes armures, cela ne passe évidemment pas inaperçu dans les rues de la cité portuaire. Certains citoyens s’agenouillent, d’autres s’inclinent profondément, d’autres les observent simplement passer.

    Lorsque le lourd navire Aragonais entama finalement sa manoeuvre d’accostage, le baron et son escorte sont sur le dock qui reçoit les amarres. Des marins d’Aquila aident évidemment l’équipage à accoster sans soucis, agiles, rapides et expérimentés. Le baron, droit et fier, observe le bateau arriver sur le port. Sur le côté de son destrier, une lance est évidemment harnachée, comment pourrait-il en être autrement ? Esteban sait bien qu’il ne juge que par celle ci, et qu’il est d’ailleurs très habile dans son maniement.  
    Il n’avait jamais rencontré la comtesse, sa jumelle, mais personne ne tarissait d’éloge à son sujet, autant sur sa beauté que sur son intelligence, son honneur et sa fierté. Une vraie femme du sud.
    La silhouette de la comtesse et son frère se démarquait de la silhouette du pont, se détachant de celle des marins qui s’activaient. Ils avaient tout deux captivés le regard du baron d’Aquila qui les observait, de ses belles prunelles noisettes.

    “Lieutenant, gardiens de la cité, je compte sur vous pour accueillir la comtesse comme s’il s’agissait d’une impératrice. Je ne veux aucun pas de côté, aucune erreur.”
    Re: À bon seigneur, dévoué vassal espère ─ Mer 6 Juin - 9:35
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      La manœuvre s'acheva rapidement et l'Anatidae fut à quai plus vite qu'elle ne l'avait estimé. Une erreur de jugement sans conséquence, mais dont elle se fustigea intérieurement. Sur le quai les marins valariens avaient aidé à l'accostage, mettant leur expérience au service de l'équipage qui achevait d'amarrer l'imposante caraque.
      Soléane releva les yeux vers le pavillon qu'un coup de vent fit claquer. Les couleurs de l'Aragon trônaient au sommet du mât principal, le cygne blanc faisant face au cygne noir, le soleil et la lune.  
      Les soldats formant leur escorte ne tardèrent pas à se mettre en place, tandis qu'on finissait d'avancer la passerelle qui devait permettre aux passagers de débarquer. Sur un signe d'Esteban, ils se mirent en rang et sur son ordre, ils s'engagèrent sur le poncelet afin de rejoindre l'appontement.

      En cadence, leurs bottes métalliques martelèrent le bois de la passerelle. Dix hommes d'armes et deux porteurs de drapeau qui se déployèrent de part et d'autre de la descente. Une troupe formée au combat, mais avant tout dédiée à la protection de la comtesse. Le belliciste apanage d'un seigneur, aujourd'hui volontairement réduit pour ne pas figurer une menace. L'Aragon rendait visite à son parent Valacar. Elle venait en amie, même si elle s'affichait souveraine.  
      Exécutant une chorégraphie assurément répétée, les soldats s'alignèrent sous le soleil. Le lustre de leurs cuirasses d'apparat sembla accrocher les premiers rayons du jour, tandis que l'étendard aragonais s'éleva pour flotter au-dessus de leurs hallebardes scintillantes. Un nouvel ordre fusa et les armes se redressèrent dans un mouvement accordé, avant d'ensemble frapper le sol.  

      L'espace d'un instant, le silence s'installa. Le calme, seulement bercé par un timide souffle de vent.  

      Soléane ferma les yeux et lentement, releva son visage pour l'offrir à la caresse du soleil.  

      "Respire..." Le conseil de son père se rappela à son souvenir. Concentrée, il lui sembla entendre sa voix tandis qu'elle se remémorait les mots de l'ancien baron d'Aragon. "Écoute les battements de ton cœur. Force-les à s'harmoniser avec ton souffle. Doucement, prends la mesure de l'instant."
      Il lui avait dit d'attendre et surtout, de se faire attendre. La patience était de ces vertus qu'il préconisait. Le fleuron d'un bras de fer silencieux qui tisse les rouages d'une diplomatie subtile.

      A quelques pas derrière elle, Esteban observait la troupe de ses soldats alignés sur le ponton. En face d'eux, le baron Valacar se tenait fièrement sur sa monture, tandis qu'une douzaine de ses hommes formaient son escorte. Cette image lui rappela comme Ysomir avait su se montrer déterminé sur le front. Ah ! Le blond Valacar d'Aquila ! Il reconnaissait bien là l'aplomb du combattant valarien. Avec un demi sourire, il fit mine d'avancer vers sa sœur, avant de se raviser. La comtesse de l'Aragon n'avait visiblement pas besoin de lui.

      D'un pas souple elle s'était avancée pour se dresser au sommet de la passerelle. Il avait noté le changement dans son attitude, la rigueur dans son maintien. Avec leur père, Soléane avait appris la prestance. Pourtant, il en était persuadé, si le labeur acharné pouvait porter ses fruits, certaines qualités essentielles à un dirigeant devaient être innées. Il soupira et le temps d'un infime instant, serra les mâchoires. Le pouvoir l'avait toujours dédaigné, mais entre les mains de sa sœur, il semblait vouloir s'épanouir.

      Soléane avait ce don pour elle, celui de la mise en scène et des apparences. Elle savait comment se tenir, comment relever le menton pour sembler à portée, tout en restant intouchable. Elle avait le goût du pouvoir. Elle était née pour diriger. Par un heureux hasard, un rayon de soleil accrocha les broderies d'or de sa tenue, tandis qu'elle se tenait debout et immobile au-dessus des chevaliers aragonais. Une icône, dont on avait forcé le trait pour sublimer le réel.
      Une nouvelle fois et sur ordre, la troupe aragonaise leva hallebardes et bannières, avant d'en abattre la hampe de bois sur le sol. Le claquement résonna au-dessus du bruit de l'eau, au-dessus de la sourde agitation du port.

      Imperturbable, Soléane posa enfin son regard sur le baron. Un regard clair, qu'un trait de khôl avait dessiné en amande et qui semblait l'interroger. Silencieuse, elle attendait.
      Re: À bon seigneur, dévoué vassal espère ─ Mer 6 Juin - 17:44
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      La foule se presse autour des docks, cessant leurs diverses activités, abandonnant leurs étals au plus grand plaisir des petits chapardeurs. il s’amassent, en un large arc de cercle autour des deux escortes et de leur deux dirigeants, tout en restant à une distance raisonnable et respectueuse.

      Le baron, toujours bien droit sur son destrier, garde ses iris posées sur Esteban et Soléane, sans même regarder l’escorte et leur fière chorégraphie. L’autre cavalier, aux côtés d’Ysomir, à savoir le Lieutenant des gardiens de l’Aube au vu de son armure dévouée du port du heaume, imite son baron, restant fier sur son destrier.


      Le soleil se reflétait sur les pointes de lances des gardiens du baron, ainsi que sur leur lourde armure. La grande cape nacrée du baron s’élève derrière lui dans une légère prise de la brise, laissant le soleil illuminer toutes la surface du tissu doré de sa tenue.
      Levant un pied au dessus de l’encolure de son destrier, avec une souplesse et une rapidité presque provocante, il glisse au sol sans un bruit autre que celui de sa cape prenant le vent. Presque félin dans certains de ses mouvements, il garde une forme de nonchalance dans cette descente de son cheval, mais retrouve toute sa droiture en avançant, sur le dock.

      La comtesse Soléane imitant ses pas, ils s’approchent peu à peu lorsqu’Ysomir dégaine soudain son sabre. Un souffle retenu par la foule et les deux escortes, quelques exclamations,et pourtant le baron ne cesse en rien, et trace du bout de sa lame un magnifique moulinet rapide et agile. Une fois à environ deux mètres de la comtesse, sans avoir accéléré ou ralenti son pas, il tombe au sol, posant un genoux à terre, l’autre fléchit, alors que son sabre vient trouver sa place, à plat sur la paume de ses deux mains, comme une offrande. Il courbe l’échine, offrant la vue de sa nuque à sa comtesse, parlant néanmoins d’une voix suffisamment forte pour que l’on puisse l’entendre autour.

      “Comtesse, bienvenue à Aquila ! Ma lame est votre, tout comme ma fidélité, et mon honneur !”

      Puis il ajoute, un peu plus bas, redressant la tête sans pour autant la regarder dans les yeux, se contentant de rehausser son regard au niveau des mains de Soléane.

      “Je suis heureux d’enfin vous rencontrer.”

      Le lieutenant de la garde du baron se tourne vers la foule, les balayant du regard. Cette dernière, amassée une vingtain de mètre plus loin que les deux seigneurs, s’incline. Moins théâtralement que le baron, mais que voulez vous.. il avait toujours aimé en faire beaucoup.

      Bien qu’il faut bien avouer.. il pensait totalement ce qu’il disait, et il ne s’était aucunement forcé à offrir à la comtesse un tel accueil. Les gens du sud aimaient en faire beaucoup, pourquoi le baron échapperait-il à la règle ?

      Sans doute Esteban reconnaîtra en cette action, le caractère de celui qu’il avait connu un an plus tôt, presque jours pour jours. Et il pourra d’ailleurs témoigner de la sincérité de cet acte. Il avait pu apprendre à connaître le baron à la chevelure d’Or. Celui qu’on surnommait “Loup-Blanc”, était autant capable de se ficher des convenances, que d’appliquer celles-ci à l'extrême. Durant les semaines qu’ils partagèrent au combat, l’aragonais et le valariens avaient eu le temps d’apprendre à se comprendre, et beaucoups disent qu’il n’y a pas d’homme plus sincère que celui qui faisait face à la mort.
      Dans la foule, le semblant de parade offert par le baron semblait avoir fait autant d’émule que la chorégraphie de la garde de la comtesse, et quelques voix osaient s’élever au loin, acclamant leur dirigeant d’un “Vive Loup-Blanc”, ou d’un “Gloire aux Valacar !”

      Ysomir ne sourcillait pas, les bras toujours tendu, soutenant son sabre d’apparat, le dos légèrement redressé, le regard à la hauteur des mains de la comtesse. La brise s’engoufra encore une fois sous la cape du baron, la faisant claquer un bref instant, sans que celui ne bouge d’un pouce, fier et solennel.
      Re: À bon seigneur, dévoué vassal espère ─ Mer 6 Juin - 19:22
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        La comtesse laissa passer quelques secondes après que le baron eut mis pied à terre puis s'avança à son tour lentement vers son hôte. Resté en retrait sur le bateau, Esteban regardait la scène se dérouler sous ses yeux d'un air admiratif envers sa soeur qui, il devait le reconnaître, avait la prestance d'une véritable femme d'état.


        Le jeune Valacar de son coté avait fait de son mieux pour accueillir le plus dignement possible ses visiteurs et paraitre comme un véritable seigneur. Toutefois il ne pu s’empêcher de céder à sa fatuité dans sa manière de se mouvoir et de descendre de cheval. Esteban le connaissait bien pour ça, l'ayant fréquenté durant la guerre. Il se demandait juste quand celui-ci finirait par y cèder, faisant ainsi montre d'une première faiblesse que sa soeur ne manquerait pas d'exploiter.


        " - Décidement tu es bien prévisible, mon vieil ami..." lâcha t'il pour lui même.

        Il appréciait l'homme pour son courage et son air sur de lui, mais en cet instant, il était le vassal des Aragonais. Toute erreur était bonne à prendre et  bien qu'Ysomir semblait comprendre l'enjeu du moment, il manquait visiblement d'expérience.
        Le demi-sourire qui s'était esquissé sur le visage d'Esteban disparu en un instant, laissant place à un air incrédule.
        le baron Valacar venait de dégainer son sabre à quelques mètres de la comtesse...
        Il eut à peine le temps de faire un geste pour stopper les deux arbalètriers qui levèrent leur arme de concert.
        Le capitaine des gardes aux cotés de Soléane avait déjà la main au fourreau quand il aperçu la paume levé d'Esteban lui intimant de n'en rien faire.
        Il connaissait suffisament Ysomir pour savoir que celui-ci  n'avait aucune mauvaises intentions, mais en cet instant il était bien le seul, et il tenait la vie du baron entre ses mains.


        "- Ysomir, imbécile, qu'est-ce que tu fais ?

        Les dents serrés, Esteban pria intérieurement pour que tout ceci ne dégénère pas. Tout ses hommes avaient le sang froid, mais si l'un d'eux jugeait que le baron représentait une menace, il plongerait sa lame dans le coeur du Valacar, ordre ou pas.
        Puis celui-ci mis genou à terre, présentant son sabre en offrande, alors que la compagnie Aragonaise le regardait dans un silence glacial, contrastant avec la chaleure qui les entourait.


        Comtesse, bienvenue à Aquila ! Ma lame est votre, tout comme ma fidélité, et mon honneur !
        Je suis heureux d’enfin vous rencontrer.


        un léger flotemment se fit sentir dans les rangs Aragonais, toujours tendu, mais personne ne bougea et Esteban soupira imperceptiblement.
        Son regard se posa sur la foule venu les accueillir... il entendit les viva d'une oreille distraite sans y prêter guère attention, encore intérieurement sous le choc de ce qui venait de se produire.
        C'est l'arbalétrier se tenant à ses cotés, les doigts encore crispés sur son arbalète pointée toutefois vers le bas, qui lui fit remarquer :


        "- C'est moi ou ces idiots acclament leur baron plutot que leur comtesse... ?"

        Esteban ne put s'empecher de lacher  un rire nerveux... ou allait s'arrèter les gaffes ? La visite diplomatique risquait de s'avèrer plus compliquée que prévu, mais pas dans le sens ou ils l'attendaient.

        "- Et puis... pourquoi Loup-Blanc ?"

        Esteban haussa les épaules, souriant intérieurement à la question de l'homme d'arme. Il savait que le baron Valacar aimait se faire appeler ainsi depuis Durdinis, mais il n'avait jamais compris la raison du sobriquet... Ses yeux finir par revenir sur les deux dirigeants .


        Ysomir ne semblait même pas avoir remarqué son impair.

        Soléane, quant à elle, n'avait pas bougé d'un centimètre...
        Re: À bon seigneur, dévoué vassal espère ─ Sam 30 Juin - 22:10
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          L’erreur était évidente, la faute diplomatique avérée. Debout devant le baron Valacar, Soléane laissa son regard survoler la foule des petites gens réunie sur le port et un instant, s’attarda à observer le capitaine de la garde valarienne. L’homme à l’allure toute martiale était resté juché sur sa monture, tandis que son seigneur mettait genou à terre. Mieux que cela même, il avait obligé la foule à suivre l’exemple du baron Valacar, pendant que lui demeurait en selle. C'était à ne rien y comprendre. Si bien que lorsque les badauds lancèrent leurs acclamations, la comtesse aragonaise demeura interdite.

          Cela devenait vaudevillesque, presque gênant.  

          L'affront aurait d'ailleurs pu mériter remontrance, mais la situation prenait finalement une tournure si comique, que l'offense ne demeurait plus que dans le regard de l’ignorant. Un léger sourire plana sur les lèvres de Soléane, tandis qu’une plaisanterie vint amuser son esprit. Comment pouvait-on confondre un cygne avec un loup ? Elle ravala sa moquerie et s’obligea à ne rien laisser paraître de ses pensées. La situation était déjà bien assez compliquée. Il convenait présentement d’enrayer le malaise, tout en veillant à ne pas froisser l’orgueil de son excentrique vassal.

          Dans son dos, Soléane le savait, les soldats aragonais demeuraient sous tension. Elle avait eu conscience de leur soudaine crispation et n’avait pas manqué remarquer la main que le capitaine de sa garde avait portée vers son épée. Elle-même avait eu un moment d’hésitation. Un instant, comme un battement de cœur, durant lequel sa respiration s’était éteinte.
          Imperceptiblement, elle avait retenu son souffle, réprimant le frisson qui voulait secouer son échine. Jamais elle n'aurait admis la trahison de ses propres sens. Perdre la face aurait été pire que tout et si elle soupçonnait le Valacar de l'avoir volontairement provoquée, elle n'en restait pas moins convaincue qu'il cherchait surtout à l'impressionner.

          Elle l'observa un instant, tandis qu'à genoux devant elle, il gardait la tête baissée. Ses bras tendus ne tremblaient pas. Sa lame demeurait droite et attendait d'être cueillie. Il avait prononcé son serment d'une voix claire et égale, sollicitant devant tous une réponse sans équivoque. Il se mettait en danger, mais obligeait au défi.

          Sacré Valacar... Une tête brûlée certes, mais une tête brûlée finalement bien faite.  

          Soléane laissa passer un instant, s'offrant le luxe d'une rapide réflexion. Était-elle prête à faire confiance à un inconnu ? Oserait-elle lui donner le droit de parler en son nom et même de porter son honneur ? Si le geste d'Ysomir était inattendu, il n'en demeurait pas moins symbolique. Elle ne pouvait l'ignorer et encore moins le balayer d'un injurieux revers. La Régente avait exigé le soutien de ses barons, Soléane se devait d'obtenir celui d'Ysomir. Pour autant, elle ne pouvait faire fi de ses trop évidents manquements au protocole.  

          "Je suis heureux d'enfin vous rencontrer."

          Il avait parlé un ton plus bas et tout en relevant très légèrement la tête. Cependant rivé à ses mains, son regard restait baissé. D'un geste mesuré de ses doigts, Soléane lui fit signe de relever les yeux vers elle, tandis qu'elle baissait les siens pour les ancrer dans ses prunelles sombres. Elle attendit, silencieuse, lèvres pincées et mâchoires serrées.  
          L'expression devenue sévère, elle lui laissa le temps de prendre la mesure de ses impairs, avant d'enfin accepter l'offrande de son sabre tendu. Doctement, elle effectua le geste rituel qui devait sceller l'alliance et garder le serment prêté sous la bienveillance des Trois. Le peuple d'Aquila fut pris à témoin, tandis que l'escorte aragonaise saluait la fin de l'échange en martelant le sol de leurs hallebardes.

          Enfin et tout en restituant sa lame au Baron Valacar, Soléane l'invita à se relever pour se placer à côté d'elle.

          "Relevez-vous Ysomir Valacar et prenez à mes côtés la place que vous venez de gagner."

          Laissant son regard glisser vers lui, elle esquissa un demi sourire, avant de relever le menton pour chuchoter à sa seule attention

          "Veillez cependant à tempérer cet enthousiasme débordant. Je n'aimerais pas avoir à pleurer la perte d'un soutien valeureux."
          Re: À bon seigneur, dévoué vassal espère ─
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