Nuit noire.
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Nuit noire. ─ Jeu 14 Juin - 16:33
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Il était minuit passé de douze minutes. La nuit était noire, la lune totalement absente. Un soir sans vent, sans brise, rien que le noir et le lointain bruit de la mer. La chaleur était étouffante au dernier étage du palais, même pour Ysomir.
Il était là, seul, étendu dans son lit. Les draps de soies ayant quelque peu absorbée la sueur de la nuit. Il dormait. Mal, mais il dormait. Son visage se crispait, se tordait, il bougeait sous les fins draps, tout en grognant légèrement.
Un mauvais rêve comme il était courant qu’il en fasse. Des souvenirs, douloureux, des images du passé. Des combats, des funérailles, tout un panel de terrible événement que le baron ne parvenait pas à vaincre depuis plusieurs années.
Son front perlait de sueur alors que ses mains se crispait sur son édredon, gesticulant dans son grand lit, le visage tordu par la douleur.
Puis un grand cri. Un râle, grave et presque bestial. Ses muscles se tendent comme s’il venait de parer un coup de marteau de guerre avec un écu. Ses muscles se crispent et il se redresse sur son matelas, son râle durant encore quelques secondes, raisonnant quelques peu dans le palais.
Le souffle court, la respiration saccadée, les cheveux trempés de sueur : une situation que le baron avait fini par accepter. Rien n’y faisait. Du moment qu’il dormait seul, son passé refaisait surface et l’accablait de tout son poids comme une volée de flèche douloureuse.
Souvenirs de batailles, de soins d’une blessure grave et douloureuse, souvenirs de la mort et de l’inquiétude…
Il n’avait pas peur… il n’avait jamais eu peur. Il avait juste mal. Terriblement mal, comme si la douleur d’une vie s’acharnait sur lui en quelques fractions de secondes.
Il jeta le drap au sol, dans le noir, et bondit de celui ci pour s’asseoir sur le plancher de sa chambre, s’adossant contre son lit en passant une main dans ses cheveux, tentant de reprendre son souffle.
Il avait ordonné aux domestiques de ne plus rentrer dans ses appartements lorsque cela lui arrivait. Il avait besoin de temps, et une servant paniqué de l’aidait pas à le faire.
Alors il restait seul, assit dans le noir, cherchant la fraîcheur du plancher.

Après quelques minutes, qui semblait des heures à ses yeux, le baron d’Aquila finit par se lever, chancelant jusqu’au guéridon non loin. Il saisit une coupe qu’il s’empressa de remplir d’eau, avant de l’ingurgiter d’une traite, se tenant au meuble pour ne pas tomber, les muscles encore tendus, presque tétanisés.
Mal assuré, il prit appuis sur les murs, puis sur les colonnes qui séparaient sa chambre du balcon vers lequel il se dirigea lentement, le visage encore légèrement crispé par la douleur infligés par ses muscles assaillis de crampes.
Il s’appuya finalement sur le garde fou du balcon, sculpté dans la même pierre nacrée que le reste de la citadelle. Quelques plantes grimpantes débordant d’une jarre, s’étalant sur la garde de fou pour rejoindre descendre le long de la façade, jusqu’à l’étage inférieur, habillant cette façade de blanc immaculé.
Ysomir avait espéré pouvoir profiter de l’air frais, de la brise qui souffle souvent sur la cité, pour se calmer, se rafraîchir, se détendre. Seulement, ce soir, les dieux avaient décidés de le punir. De quoi ? Allez savoir… mais en tout cas, il était condamné à attendre que cela passe, le coeur palpitant encore, les images défilant devant ces yeux, dans le noir le plus total de cette nuit qui ne laissait même pas voir le moindre petit reflet de lune sur l’immensité de l’océan…

Le cri avait résonné dans les couloirs, l’écho traversant les murs de pierres nacrés sans que personne n’y prette vraiment attention. Le palais y était habitué.


Re: Nuit noire. ─ Jeu 14 Juin - 17:27
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Anastasie avait énormément de mal à dormir depuis son arrivée à Aquila. Ce n'était pas la fatigue qui lui faisait défaut: elle était exténuée par la chaleur autant que par ses journées. Elle aurait adoré pouvoir fermer tranquillement les yeux et les rouvrir pour débuter une autre journée mais elle ne pouvait tout simplement pas se le permettre. La douce période des nuits sans rêves avait pris fin depuis presque un an et maintenant toutes ses nuits ou presque étaient peuplées de cauchemars. Si elle se laissait aller, si elle ne prévoyait rien pour l'empêcher de dormir trop longtemps ou trop profondément, elle se retrouverait piégée dans l'un d'eux... La prêtresse n'appréciait pas vraiment cela, mais le problème était plus vaste. Et si elle réveillait tout le palais avec ses cris ?
Voilà donc pourquoi la demoiselle essayait de dormir le moins possible depuis son arrivée, même si ça ne lui réussissait pas. Plusieurs personnes avaient déjà remarqué sa petite mine par rapport aux tous premiers jours, certains allant jusqu'à s'inquiéter pour sa santé ou jusqu'à lui demander si la vie ici lui déplaisait tant que ça... Mais tout ceci était seulement la faute de cauchemars tenaces et de crises d'angoisses au réveil. Voilà un problème qu'elle ne pouvait ni résoudre ni expliquer au premier venu, ni imposer à ses voisins.
Cette nuit là elle n'avait pas encore vraiment dormi. Elle avait allumé une petite bougie, et s'était installée au bureau. Mais son parchemin restait désespérément vierge, aucun mot ne lui venait pour cette lettre qu'elle souhaitait pourtant écrire. Elle n'était pas bien . La chaleur étouffante lui pesait encore plus que la journée lorsqu'elle restait en plein soleil, et l'obscurité était trop importante. La bougie n'éclairait pas grand chose et il n'y avait pas de Lune cette nuit là.
Cette absence de lumière lui rappelait l'endroit où elle avait été enfermée, et elle ne parvenait plus si bien à maintenir ces pensées éloignées qu'en journée à la lumière du jour. Elle posa sa plume: il ne servait plus à rien de lutter pour écrire.
Un cri déchira le silence. Rauque. Ana sursauta et bondit sur ses pieds si vite qu'elle renversa sa chaise, ce qui souffla la bougie. Une partie d'elle-même, curieuse et bienveillante, serait volontiers partie chercher à travers les couloirs qui en était l'émetteur. S'il y avait un blessé elle pourrait être utile ! Mais l'autre partie savait bien, au fond, ce que c'était. Un cauchemar. Des cauchemars, peut-être.
De toute façon elle n'aurait rien pu faire de bon. Le cri l'avait trop effrayée, la pesanteur de l'atmosphère et l'obscurité ne l'aidaient pas à se calmer. Le cri lui évoqua finalement les hurlements de douleurs des brigands soumis à la torture qu'elle avait entendus lorsqu'elle avait passé la nuit en geôles pour une erreur judiciaire. La panique s'empara de la demoiselle.
Le début fut presque tranquille: sans prendre la peine de relever sa chaise, la prêtresse s'avança en tremblant jusqu'au balcon. De l'air, voilà ce qui lui ferait du bien ! Mais il n'y en avait pas. La respiration de la prêtresse s'emballa rapidement, alors qu'elle serrait de son mieux la rambarde de pierres blanches du balcon. Des images lui revenaient. De son enlèvement, de sa nuit en prison, de sa peur de mourir, des cris des hommes sous la torture... L'air chaud lui pesait de plus en plus et la fatigue lui faisait perdre tous ses moyens.
À moitié étouffée, Ana se mit à pleurer. Des larmes coulaient sur ses joues en même temps qu'elles entrecoupaient un peu plus son souffle. De l'air. Il lui fallait de l'air et de la lumière. Elle serra ses doigts plus forts, leur jointure devint blanche, et finalement elle se laissa tomber sur le balcon, à bout de souffle et à bout de forces. Malgré la corpulence maigre de la demoiselle, cela fit un bruit qui paraissait énorme dans le silence de la nuit.
Elle aurait bien appelé à l'aide, mais qui ? Elle n'avait personne ici, et encore moins quelqu'un qu'elle pourrait réveiller à cette heure. Et même si c'était le cas, elle n'aurait probablement pas la force de se traîner hors de sa chambre pour le moment.
Anastasie voulut entamer une prière pour les dieux. Mais entre ses pleurs, son incapacité à respirer correctement, et les images qui lui revenaient et la faisaient taire, il était difficile de remettre les choses en ordre et d'en comprendre le sens.
Si elle avait su qu'il était plus que probable que quelqu'un l'entende depuis le balcon du dessus, elle serait probablement morte de honte en prime.


Re: Nuit noire. ─ Sam 16 Juin - 11:27
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Il restait là, debout sur le balcon, à la recherche de son souffle et de l’appuis de ses muscles. Cela mettait parfois plus d’une heure à revenir, et cette sensation était horrible, tous les muscles tendus comme lors d’une charge.. Il en grognait légèrement de douleur.

Mais par dessus sa douleur et ses râles, il entendit le bruit sourd de quelque chose qui tombait au sol. Quelques choses ou quelqu’un d’ailleurs… Puis vinrent les larmes, le bruits des pleurs et des sanglots. Cela semblait venir d’en bas… quelqu’un pleurait dans les jardins ? Non, cela semblait bien plus proche. Les appartements de la nouvelle prêtresse ? Était-ce elle qui pleurait ? Pour le coup, la curiosité du baron prit le dessus, et les questions qui fusaient dans son esprits firent lentement s’éloigner la douleur et les souvenirs funestes l’ayant tiré de son sommeil.
Que devais-t-il faire ? Etait-elle seule ? Pourquoi pleurait-elle ? Elle pourrait s’être blesser ? Comment savoir sans s’en assurer..?

Bien. Il était peut-être impoli de s’insinuer en pleine nuit dans les appartements d’une prêtresse, mais il ne pouvait pas la laisser seule dans un tel état..


Il lâcha le garde fou en pierre et fit le premier pas pour retourner vers l’intérieur et saisir une chemise, cependant, ses muscles en décidèrent autrement. Sa jambe se figea de douleur, prise d’une crampe soudaine et violente, le faisant chuter lourdement au sol.
C’est son genou qui heurta le carrelage, dans un premier temps, laissant entendre un bruit sourd et sec, puis il s'efforça d’amortir sa chute avec ses avants bras. Il roula lourdement sur le dos en s’étalant complètement, sonné et pris de cours. Un râle de douleur s’échappa de sa gorge, suivi d’un juron mal articulé…

“Par tous les dieux..”


Il resta sonné quelques instants, mais il parvint malgré tout à se redresser légèrement pour venir s’adosser au garde fou, fermant les yeux en reprenant de nouveau son souffle.
La crise de ce soir avait été l’une des plus violentes qu’il n’ai jamais eu.. au niveau physique en tout cas. Les crampes et les muscles tétanisés se succédaient sans lui laisser de repos..

“Par le trimurti...qu’ai-je fait pour mériter un tel sort..?”

Un murmure tout juste soufflé les dents serrés, mais qui, au coeur de la nuit sombre et silencieuse, ne passera sans doute pas inaperçu aux oreille d’Anastasie..
Re: Nuit noire. ─ Sam 16 Juin - 12:14
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Anastasie nageait en plein cauchemar. Ses prières ne suffisaient pas à éloigner les images qui lui revenaient de plus en plus vite. Revoir ces scènes comme si elles se déroulaient dans l'ombre du palais la terrorisait tout à fait mais au moins elle n'avait pas crié. Elle se sentait glisser, perdre pied, plonger dans l'angoisse la plus vive, loin, très loin de la réalité... Si loin qu'elle avait l'impression que ses cicatrices la brûlaient autant que lorsqu'elle les avait acquises. Si loin qu'elle peinait à respirer, entre sanglots et souffle court.
Ce fut un bruit qui la ramena à la réalité. Un bruit sec, un bruit de chute. Il la fit sursauter, détourna son attention des ombres qui la terrorisaient, et elle réussit à se calmer un peu grâce à cela. Mais de quoi s'agissait-il ? Le râle de douleur qui suivit la fit frissoner et faillit la faire replonger mais elle tint bon. Plusieurs questions lui venaient mais ce n'était pas le moment.

Anastasie se concentra sur sa respiration, se força à inspirer profondément... Parfois elle se mettait à tousser comme si elle allait s'étouffer, mais petit à petit sa respiration finit par redevenir   presque normale. Elle tremblait toujours, appuyée contre le garde-fou de son balcon. Elle aurait toujours bien besoin d'air frais et d'une présence rassurante. Mais au moins elle ne confondait plus ces ténèbres avec ceux de son enfermement.
Il lui sembla entendre une voix mais elle ne comprit pas ce qu'elle disait. Devenait-elle complètement folle ? Elle avait cru l'être lorsque Lina était venue la chercher:  elle s'était demandé si la présence de la mercenaire n'était pas une invention de son esprit malade. Mais non, Lina était bel et bien venue... Il ne fallait plus y penser! Elle ferma les yeux. Repenser aux temples qu'elle avait visité, aux beaux jardins du palais, au jardin qu'elle aimait tant à Nacre dans le collège des clercs... Elle pleurait encore un peu, laissant doucement la tension retomber.

“Par le trimurti...qu’ai-je fait pour mériter un tel sort..?”


En temps normal la prêtresse aurait fait une réflexion sur le fait qu'il n'était pas correct d'utiliser l'appellation des dieux ainsi. Mais les circonstances étaient loin d'être habituelles et ce n'était pas le vocabulaire qui attirait son attention.

 - Y a quelqu'un ?!
Demanda-t-elle sur un ton aussi surpris qu'apeuré en avalant un sanglot.

Elle sentit son coeur accélérer, sa respiration aussi, mais elle tint bon. Anastasie n'était vraiment pas en état de se rappeler toutes les précisions que le baron lui avait données sur les emplacements des chambres, et elle n'aurait  de toute façon même pas su dire d'où venait la voix qu'elle avait entendue. Ou cru entendre. Elle était loin de se douter de l'identité de son interlocuteur.

 - Qui est là?
Reprit-elle de sa voix tremblante, encore essoufflée.

Et surtout: depuis quand ? Ana n'aimait pas l'idée que quelqu'un l'ait plus ou moins surprise, encore plus dans un moment pareil. Mais ce n'était pas de sa faute, elle avait fait de son mieux et s'il n'y avait pas eu cet horrible cri un peu plus tôt peut-être que...
Peut-être que rien du tout. Entre la fatigue, la chaleur et l'obscurité il était évident qu'elle passerait une mauvaise nuit. Elle se raccrocha au moins au fait qu'elle n'avait pas crié, et donc que si quelqu'un avait été réveillé ce n'était pas de sa faute. Bien maigre consolation.


Re: Nuit noire. ─ Sam 16 Juin - 16:34
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“Y a quelqu'un ?! Qui est là?”

La voix raisonna jusqu’à ses oreilles, entre deux grognements alors qu’il se tenait le genou. C’était bien la voix d’Anastasie, à l’étage d’en dessous, c’était elle qui pleurait ? Yso restait quelque peu embrumé, autant par la douleur, que par la chute et l’interruption de son sommeil, mais il lui semblait bien que c’était la voix d’Anastasie.

L’os de son genou semblait encore résonner du coup, lui infligeant cette désagréable sensation de vibration couplée à son esprit déjà embrumé.
Il voulu répondre tout de suite à la voix féminine, mais il n’y parvint pas, articulant tout juste un grognement maladroit avant de finalement réussir.

“Oui.. je suis là haut. Ysomir.”


Ses yeux se clorent et il bascula la tête en arrière, contre le garde fou, respirant lourdement mais lentement.

“J’espère ne pas vous avoir réveillée.. il est vrai que je ne vous ai pas prévenue.”

Malgré la désagréable sensation provenant de son genou, il parvient peu à peu à se calmer, se concentrant sur sa respiration. La nuit était toujours aussi sombre, mais, une fois les yeux fermés, comment voir la différence. Toujours aucun vent, au grand malheur du baron qui aurait tout donné pour sentir la brise chargée d’iode contre son visage.
Mais les questions subsistait dans son esprit.. Pourquoi pleurait-elle ?
Re: Nuit noire. ─ Sam 16 Juin - 18:33
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La première réponse qu'elle obtint fut un genre de... Grognement ? Elle tenta de faire le moins de bruit possible pour en avoir le coeur net, frissonnant malgré la chaleur qui n'avait pas diminuée. Oui, il lui semblait bien qu'il s'agissait de grognements... Mais pourquoi ?

“Oui.. je suis là haut. Ysomir.”

Ana leva ses yeux encore embués de larmes. Comment ça " là haut"? Sur le balcon au dessus ? Ce devait être ça pour qu'ils puissent discuter si facilement sans élever la voix, les autres possibilités étaient trop lointaines. Au moins elle n'avait pas rêvé, elle n'était pas seule.
Il lui fallut au moins une dizaine de secondes pour analyser également l'identité de son interlocuteur. Elle n'avait pas pour habitude de désigner le baron par son prénom! Mais ce prénom ci n'était guère courant et son porteur finit par lui revenir en mémoire. Quand elle comprit de qui il s'agissait elle se sentit soudainement bien mal élevée de lui avoir parlé comme elle l'avait fait, mais comment aurait-elle pu se douter que ce serait lui ? Elle renifla assez bruyamment, tout en ramenant ses jambes contre sa poitrine pour les enserrer de ses bras. Devait-elle s'excuser?

“J’espère ne pas vous avoir réveillée.. il est vrai que je ne vous ai pas prévenue.”

Anastasie soupira, avant d'espérer que le baron n'ait rien entendu. Ce n'était pas à cause de lui, mais plutôt parce que le sommeil était un idéal qu'elle pensait ne plus pouvoir atteindre... Du moins le sommeil paisible.

- Ne vous en faites pas... Je ne dormais pas,
répondit-elle en hoquetant encore un peu, toujours troublée par sa récente mésaventure autant que par la découverte de la présence du baron.

Elle avait répondu sans trop se poser de questions mais à présent les paroles du baron la faisaient réfléchir. Pourquoi aurait-elle dû être réveillée ? De quoi aurait-il pu la prévenir? Elle n'eut pas à se torturer l'esprit trop longtemps pour avoir une petite idée...
C'était sûrement lui qui avait crié. Il était assez proche pour qu'elle l'entende depuis sa chambre, il était réveillé, et il craignait de l'avoir empêchée de dormir... N'étaient-ce pas des preuves suffisantes ? Anastasie n'oserait pas poser la question de manière si directe: le baron avait probablement entendu sa crise de panique et elle n'avait elle-même aucune envie de devoir s'expliquer, elle ne tenterait donc pas de le lui imposer. Cependant... Il avait crié, si elle ne s'était pas trompée dans sa déduction, et elle avait entendu des grognements... Il fallait bien réagir, non ? Quel genre de prêtresse serait-elle si elle se désintéressait de son prochain ?

- Et, euh... Vous allez bien ?
Demanda-t-elle timidement.

La formulation pouvait paraître maladroite, mais elle était au contraire très soigneusement choisie. Sur le moment, Ana n'avait pas pu trouver mieux. Si le baron allait bien, ce dont elle doutait, ou s'il ne souhaitait pas en parler, il pourrait aisément clore ce chapitre de la discussion. La formulation n'était pas trop intrusive, pas trop précise. Si, au contraire, il n'allait pas bien et souhaitait en parler, ou demander de l'aide, il le pouvait tout à fait.
Ana se racla la gorge. Elle aurait vraiment dû garder un pichet d'eau sans sa chambre, il faudrait qu'elle y pense la nuit prochaine... Elle se rappela de la lettre qu'elle était censée écrire avant que tout ceci n'arrive... Quelle étrange soirée.


Re: Nuit noire. ─ Sam 16 Juin - 20:40
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“Et, euh... Vous allez bien ?”

Il resta ainsi assis sur les dalles du balcon, adossé contre les petits piliers du garde fou, tête basculé en arrière et yeux clos.
La voix basse et légère d’Anastasie lui paraissait lointaine tant cela bourdonnait dans sa tête, entre les battements de son coeur, la chaleur et les écho douloureux de ses muscles, il parvenait tout juste à comprendre ses mots.

Il se racla la gorge avant de répondre.

“Hum.. bien, je ne dirais pas cela. Habitué serait plus juste.”

Il hésita à lui retourner la question, mais cela été inutile, les pleurs venaient forcément d’elle, et le ton fébrile de sa voix ainsi que ses secondes d’hésitation tendaient à le confirmer. Alors il ne le fit pas, laissant un long soupir s’échapper de ses narines. Que pouvait-il faire ? Il n’était plus habitué à être surpris dans un tel état de faiblesse, et il avait horreur de cela.
Paraître fragile et faible, il tenait cela en horreur et s'efforçait de ne rien montrer.

Mais après tout.. elle était une servante des dieux, et dès le premier jour il lui avait accordé sa confiance, sans réellement savoir pourquoi. Elle était douce, et dévouée, elle lui avait tout de suite inspirée confiance alors… pourquoi pas la laisser entrevoir cette faiblesse ?
Peut-être qu’elle pourrait l’aider ?

“Si vous ne dormez pas… peut être pourriez vous monter me rejoindre ? J’avoue que je ne serais pas contre une coupe de vin dans l’instant.”


Il essaya de bouger une jambe, mais le souvenir d’une crampe se fit sentir et l’incita à ne plus bouger, retenant quelques instants son souffle dans l’appréhension de cette crispation qu’il haïssait.
Re: Nuit noire. ─ Sam 16 Juin - 21:14
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Il y eut un moment de silence, puis le baron se racla la gorge et il finit par répondre.

“Hum.. bien, je ne dirais pas cela. Habitué serait plus juste.”

Habitué. Anastasie se demandait si elle arriverait à l'être un jour, ou si elle se débarrasserait de ce fâcheux problème de sommeil avant de parvenir à ce stade. Elle ressentait un certain élan de compassion envers le baron, sans trop savoir ce qui le mettait dans cet état... Ni même quel était exactement cet état, en fait. Que lui répondre ? Anastasie ne savait pas trop. Elle frotta ses joues humides avec ses mains encore tremblantes, cherchant ses mots, mais le baron reprit avant elle.

“Si vous ne dormez pas… peut être pourriez vous monter me rejoindre ? J’avoue que je ne serais pas contre une coupe de vin dans l’instant.”

- Euh...


Anastasie ne put pas s'empêcher de montrer son hésitation. Elle mentait déjà mal en temps normal, elle n'avait pas tellement la force de retenir sa sincérité dans ce genre de circonstances.
Ce n'était pas que la compagnie du baron lui déplairait, ni même qu'elle craignait pour sa réputation. Anastasie n'était pas du genre à s'inquiéter de ces choses là. Le problème était plutôt qu'elle n'était pas certaine d'être présentable, ni même de bonne compagnie. Enfin, le baron avait probablement tout entendu... Il devait savoir à quoi s'en tenir, non ?

- J'arrive,
finit-elle par répondre après avoir délibéré avec elle-même.

S'appuyant de son mieux sur la rembarde blanche, elle se remit doucement debout. Son équilibre était mal assuré, et ses yeux scrutaient toujours les ombres, sur le qui-vive. Elle prit une profonde inspiration. Le baron avait demandé sa présence, elle allait le voir. Ana remit en place sa robe, avant de traverser sa chambre à petits pas. Elle ne redressa pas la chaise tombée et n'emporta rien avec elle à part son petit bougeoir qu'elle avait pris la peine de rallumer: s'il avait été blessé il le lui aurait dit, non ?
Traverser le couloir, les escaliers pour monter d'un étage, encore un couloir... La demoiselle ne souhaitait pas se faire attendre mais elle se remettait seulement à peu près de son angoisse et cet état ne permettait pas vraiment les courses effrénées. De plus, elle craignait toujours de réveiller quelqu'un et prenait soin de ne pas faire de bruit, même si ses quelques reniflements résonnaient dans le couloir...
Quand elle arriva enfin devant la porte du baron, sans surveillance, elle prit une profonde inspiration et frappa tout doucement pour s'annoncer.
Comme elle savait qu'elle était attendu, elle ouvrit lentement la porte sans attendre de réponse: elle détestait rester dans le couloir. Elle espérait que le baron n'y verrait pas là une trop grande impolitesse mais après tout il venait de l'inviter à le rejoindre en pleine nuit dans ses appartements et ce n'était pas non plus summum du respect des convenances.
Avançant d'un pas, elle referma derrière elle mais n'osa pas pénétrer plus avant dans la pièce.

- Seigneur ?
Appela-t-elle doucement.

La faible lueur de la bougie faisait briller ses joues encores humides et permettait de voir ses yeux rougis et ses cheveux quelques peu décoiffés si on n'était pas trop loin. Elle portait toujours sa robe de prêtresse et son collier représentant Tamas: elle ne s'était pas changée puisqu'elle n'avait pas prévu de dormir.
Scrutant l'obscurité elle se sentait profondément mal à l'aise et resserra ses doigts un peu plus fort sur le bougeoir. Où était le baron ?


Re: Nuit noire. ─ Dim 17 Juin - 21:12
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elle ci prenne cela comme une proposition déplacée.. ni comme un ordre. Mais juste comme une invitation.
Il avait rarement été dans un tel état.. et visiblement elle n’était pas bien non plus, alors tant qu’à faire, autant se serrer les coudes…

Il entendit finalement les quelques coups sur la porte, puis celle ci s’ouvrir. Il tenta de s’accrocher au garde fou pour se redresser, mais les crampes étaient trop vive pour s’autoriser autant de mouvement, alors il laissa échapper un râle contenu de douleur.

Ysomir n’avait donc pas bougé. Il reprenait son souffle lentement sur le balcon, comme s’il cherchait désespérément la brise, la fraîcheur inexistante de cette sombre nuit de plomb.

“Seigneur ?”


Il se racla la gorge, tentant désespérément de dissimuler ses douleurs.

“Hum.. je suis ici, sur le balcon. Je n’ai pas de lumière.. pardonnez moi. Vous pouvez entrer, vous êtes ici comme chez vous..”


Il avait malgré tout honte de se trouver en telle posture et dans un tel état devant elle, mais bon… elle ne semblait pas en grande forme non plus, et il avait confiance en elle. Si il y avait bien quelqu’un dans ce palais avec qui il pouvait partager un moment aussi déshonorant, c’était elle, il ne faisait suffisamment confiance à personne d’autres dans son palais...
Re: Nuit noire. ─ Lun 18 Juin - 4:48
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Un bruit de gorge attira soudainement l'attention de la demoiselle et la fit presque sursauter. Comme elle ne voyait pas grand chose dans le faible rayon de sa petite bougie, le baron était trop loin pour qu'elle devine sa silhouette dans les ombres. Peut-être que c'était mieux: ça lui évitait d'angoisser en attendant d'être certaine que c'était bien lui.

“Hum.. je suis ici, sur le balcon. Je n’ai pas de lumière.. pardonnez moi. Vous pouvez entrer, vous êtes ici comme chez vous..”

Cette voix... Le baron avait une manière de parler qui ne laissait pas indifférent, en temps normal, sans qu'Anastasie ne soit vraiment capable de décrire l'impression qu'elle lui faisait. Mais là, impossible de ne pas sentir la douleur contenue, et donc impossible de ne pas sentir son coeur se serrer quand on était quelqu'un de sensible comme Ana.
Elle approcha timidement du balcon, essayant de tenir sa lumière aussi loin en avant que possible. Il y avait deux raisons à cela: la première était de faire reculer les ténèbres, la deuxième était d'éclairer le moins possible son visage. Ce n'était pas le moment d'ennuyer le baron avec ses problèmes, inutile donc d'attirer l'attention sur son visage trop transparent.
Malgré ce qu'elle avait senti, Ana se serait presque attendue à trouver le seigneur des lieux accoudé tranquillement au garde-fou pour regarder la mer, comme lorsqu'il lui avait fait visiter ses appartements pour la première fois lors de son arrivée. La prêtresse avait une image de lui qui respirait une espèce de force tranquille, et il lui était difficile d'imaginer son seigneur autrement. Elle le cherchait à hauteur d'yeux et lorsqu'elle dut les baisser pour apercevoir qu'il était assis par terre, sa main tenant la bougie trembla un instant encore. Elle entendait sa respiration lourde et profonde, et voyait bien dans son attitude et sa posture qu'il était mal en point. Comment expliquer, sinon, qu'il ne porte même pas de chemise alors qu'il avait lui-même prévu la venue de la demoiselle ? Ana aurait détourné le regard en temps normal, non pas par gêne mais par respect pour le baron. Elle ne le fit pas: le moment semblait mal choisi pour ce genre de réaction.
Anastasie finit par approcher doucement, et une fois qu'elle fut à côté du baron elle s'agenouilla près de lui. Déposant son bougeoir sur la carrelage froid, elle leva une main vers l'homme mais n'osa tout d'abord pas le toucher, comme si elle allait lui faire encore plus de mal.
Elle aurait bien demandé ce qui lui arrivait mais la question semblait presque indiscrète.

 - Comment puis-je vous aider ?
Demanda-t-elle doucement.

Si sa voix n'était pas assurée c'était uniquement à cause de son propre état, et non de celui d'Ysomir. Ana n'était pas du genre à augmenter l'angoisse des gens qu'elle côtoyait dans ces moments là, elle savait tout ce que ça pouvait avoir de contre-productif. Il valait mieux agir avec douceur et essayer de rassurer son interlocuteur. Il ne la verrait pas courir partout d'un air paniqué.
Quand elle se rendit compte que la lumière basse de la bougie illuminait ses cicatrices, la prêtresse repoussa l'objet plus loin et les deux interlocuteurs se retrouvèrent presque dans le noir à nouveau. Ce n'était pas le moment.


Re: Nuit noire. ─ Lun 25 Juin - 14:53
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“Il...il m’arrive souvent, depuis presque un an, de faire des crises pendant mon sommeil. Des souvenirs douloureux, puis tous mes muscles qui se tendent, puis des crampes. Cela m’arrive souvent.. presque tous les soirs à vrai dire. Seulement ce soir, c’est la première fois que c’est si intense.”


Il se racla la gorge, et la prêtresse pourra clairement ressentir la honte de son baron. Lui qui habituellement ne laisse presque rien transparaître se retrouve complètement faible fac à elle.
Elle pourra sans difficulté se rendre compte du “privilège que lui fait le baron. Elle commence à un peu mieux le connaître et elle sait bien qu’il ne fait de confession à presque personne. Il est relativement solitaire et secret depuis quelques temps…

Alors cette instant de confidence ou il accepte d’ainsi se montrer à elle, c’est une chose rare qu’il n’offre à presque personne. Quoi qu’il en soit, il se trouve bien là, près d’elle, assis torse nu à même le sol, les muscles encore douloureux.


“Par tous les dieux.. je n’ai jamais eu de douleurs musculaires si vives et intenses, je n’arrive même plus à me lever. C’est.. honteux. Je suis navré de vous avoir ainsi.. appelée, mais je sais que je peux avoir confiance en vous. Ca fait des minutes que cela dure, rien ne passe, et ce satané vent qui refuse de souffler ce soir, j’ai l’impression d'étouffer.”

Malgré la faible luminosité en cette sombre nuit sur ce balcon, Anastasie verra le regard noisette du baron se poser sur elle, ses traits encore marqué par la douleur, les yeux légèrements plissés pour tenter de discerner les traits de sa comparse.

“Vous avez dit que vous ne dormiez pas.. quelque chose ne va pas ? Vous savez je-....”

Une douleur le coupa, son visage s’abaissant, ses traits fins se crispant, sa gorge laissant échapper un léger râle rauque et contenu tandis que ses poings se ferment. Son souffle se coupe, ses yeux se closent, et il ne finit pas sa phrase, figé par la douleur et la surprise.
Re: Nuit noire. ─ Lun 25 Juin - 16:46
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La prêtresse écouta attentivement ce que le baron avait à lui dire, et elle se sentit étonnamment proche de lui. Anastasie n'était pas noble, ne faisait en aucune façon de la politique, et était encore moins une guerrière. Seulement, elle aussi faisait des crises la nuit. Pas de crampes, seulement l'angoisse, la panique, les pleurs, et le contact avec la réalité qui s'estompe au profit de scènes cauchemardesques... Ils avaient un point commun qui n'était sans doute pas le plus agréable, mais ils en avaient un. Et il les avait réveillé ou tenus éveillés cette même nuit, pour qu'ils se trouvent chacun à leur balcon... Les dieux avaient parfois des desseins qu'on ne comprenait pas mais Ana leur faisait confiance.

Le baron semblait honteux de la situation. La clerc aurait aimé lui dire qu'il ne fallait pas l'être, qu'il ne fallait pas s'en faire pour ça et que c'était sans doute humain. Mais aucun mot ne lui vint: elle aussi, elle avait honte. Pas de son seigneur, bien évidemment, mais elle avait terriblement honte de ces crises qui la secouaient dès qu'elle se laissait aller à dormir plus d'une heure ou deux, qui lui donnaient l'air d'une folle qui verrait des choses qui n'existaient pas. Comment convaincre le baron, si elle ne l'était pas elle-même ? Elle aurait toujours pu lui dire qu'elle comprenait sa souffrance mais il ne la croirait probablement à moins qu'elle s'explique et elle ne le souhaitait pas.

“Par tous les dieux.. je n’ai jamais eu de douleurs musculaires si vives et intenses, je n’arrive même plus à me lever. C’est.. honteux. Je suis navré de vous avoir ainsi.. appelée, mais je sais que je peux avoir confiance en vous. Ca fait des minutes que cela dure, rien ne passe, et ce satané vent qui refuse de souffler ce soir, j’ai l’impression d'étouffer.”


Voilà donc l'explication. Le baron était là sur son balcon et sans chemise tout simplement parce qu'il était incapable de se relever, et encore moins sans doute de se déplacer. Ana lui adressa un triste sourire. Elle vit bien qu'il essayait de déchiffrer ses traits mais elle préféra détourner la tête pour éviter qu'il puisse trop bien voir son visage. Quel intérêt à le laisser voir ses cernes ? Étant donné le nombre de personnes qui lui avaient fait des remarques sur sa fatigue ou sa santé, ce ne serait même plus étonnant que le baron soit déjà au courant. Quel intérêt à le laisser voir ses joues humides ? Ses yeux brillants ? Aucun.

- Votre confiance ne sera pas trahie, seigneur, je vous en fais la promesse.

Et Anastasie, incapable de mentir, ne trahissait pas ses promesses. Elle savait très bien garder des secrets, et même si on pouvait aisément voir quand elle dissimulait quelque chose ça ne voulait pas dire qu'elle avouerait quoi. La prêtresse ne se sentait pas assez en forme pour tenter de préparer un remède au baron. Elle pourrait essayer quelques recettes censées aider à décontracter ses muscles, mais elle serait bien en peine de confection le dit remède dans son état. Elle n'était pas assez concentrée, ses mains tremblaient toujours, elle risquait bien trop de faire une erreur qui pourrait être dangereuse. Mais ça ne voulait pas dire qu'elle ne pouvait rien faire du tout. Ana allait poser quelques questions plus précises sur l'état actuel du mal du seigneur mais il parla avant elle.

“Vous avez dit que vous ne dormiez pas.. quelque chose ne va pas ? Vous savez je-....”

Le début fit fermer les yeux à Ana. Technique classique pour ne pas parler de soi: poser des questions sur les autres. Après ce qu'il venait de confier à la prêtresse, le baron était bien en droit d'attendre la confession réciproque... Même si la demoiselle n'avait aucune envie de la faire.
Elle n'alla pas cependant jusqu'à se réjouir de cette interruption! La fin brusque de la phrase lui fit rouvrir ses paupières et elle lança un regard inquiet au baron qui laissait échapper un râle de douleur qu'il essayait visiblement de contenir. Les yeux fermés, le souffle coupé, les poings serrés... Ysomir faisait peine à voir. Ana posa instinctivement une de ses mains sur l'un des poings du baron.

- Ça va aller, ça va aller,
répéta-t-elle doucement. Regardez moi.

Elle se plaça à regret un peu plus en face de lui. S'il ouvrait les yeux, il ne tomberait pas sur le plus beau visage de Valacar mais au moins elle se força à afficher un sourire doux à son attention.

- Respirez doucement, profondément, comme moi... Allez-y, vous pouvez le faire...

Anastasie ne cessa pas de montrer l'exemple au baron ni de l'encourager, prenant de grandes inspirations sonores pour qu'il ne soit même pas obligé de vraiment ouvrir les yeux pour suivre. Le voir dans cet état lui faisait énormément de peine.

- Êtes-vous capable de me dire où naît la douleur ? Au moins la douleur la plus vive...

Ana tenait entre ses mains les deux poings d'Ysomir pour qu'il sente sa présence mais sans l'étouffer davantage que la chaleur ne le faisait déjà. Elle guettait le moindre signe. Si jamais il ne pouvait pas parler, elle passerait sans doute sa main contre lui jusqu'à ce qu'il acquiesce d'une manière ou d'une autre. Pour essayer de l'apaiser, il fallait au moins savoir où il souffrait exactement. Il n'y avait chez la prêtresse plus aucune trace d'hésitation, ses réflexes étaient revenus seuls lorsque l'état du baron s'était aggravé sous ses yeux. Mais pour combien de temps ?
Au moins elle détournait ses pensées de ses propres problèmes, de ses pleurs, de ses cicatrices. Et le baron se détournait de ses questions à son sujet.


Re: Nuit noire. ─ Mer 27 Juin - 13:35
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Le baron garda les yeux clos, cependant, sa tête jusque là basculée en avant à cause de la douleur, bascula en arrière, pour s’appuyer contre le garde fou.
Etant donné que son torse était nu, même avec si peu de lumière, Anastasie pourra aisément se rendre compte que chacun de ses muscles était tendu à l'extrême, tous, sans exception.
Sa silhouette athlétique se dessinait encore plus que d’ordinaire, transpirante et secoués de brefs spasmes de douleurs.
Ses poings tout comme sa mâchoire étaient serrés, crispés de douleur tout autant que son souffle qui saccadait sans cesse.
On voyait qu’il essayait d’articuler, de répondre aux précieux et nombreux conseils de la prétresse qui lui faisait fasse.

Quelques minutes plus tôt, il était curieux de savoir ce qui avait tenue Ana éveillée, mais là, ses yeux restaient clos, tout aussi crispés que le reste de son corps.


Assaillit de crampes de toutes parts, il tentait d’articuler quelques mots en guise de réponse.

“Je.. j’essaye.. mais je…”


Ces efforts pour parler furent ponctuer par un mélange entre un grognement de douleur et un soupir où il parvint à expulser le peu d’air qu’il avait dans ses poumons.


“Tout mon corps… des crampes… partout…”


Soudain, tout disparu, et ses muscles se relâchèrent, son corps s’affalant un peu plus contre le garde fou alors qu’il prit une immense respiration, comme s’il sortait d’une longue apnée.
Un râle rauque de soulagement s’échappa d’entre ses lippes alors qu’il serra doucement la main de la prêtresse, les yeux toujours clos. Il serra délicatement cette main, comme une ancre à la réalité que la douleur et l’obscurité voulaient lui faire quitter.

Il trembla quelques secondes, brièvement, mais suffisamment pour qu’Ana puisse le ressentir, notamment au travers de sa main.


“Cela.. n’a jamais été aussi fort.. ni aussi long.. je ne comprend pas..”


Il reprenait tant bien que mal son souffle, luttant contre la chaleur oppressante, et contre ces crises douloureuses qui le privait de tout air respirable.
Son souffle se fit peu à peu plus lent, plus lourd, plus calme.
Puis il parla d’une voix plus rauque, plus calme.


“Par les trois…je suis désolé Anastasie.”
Re: Nuit noire. ─ Mer 27 Juin - 15:25
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“Je.. j’essaye.. mais je…”

Anastasie aurait aimé lui dire de se taire. Elle voyait bien qu'il faisait de son mieux, mais ses conseils étaient destinés à l'aider à supporter sa douleur, et non à l'aggraver en le poussant à parler pour rien. La seule réponse intéressante était celle qui devrait venir ensuite, du moins si le baron arrivait à la formuler. Ana sentit sa main trembler un peu contre celle d'Ysomir alors qu'il poussait un râle de douleur. Ce son lui était particulièrement désagréable depuis qu'elle l'avait associé avec la scène de torture à laquelle elle avait assisté. Mais elle tint bon, et continua de prendre de profondes inspirations assez fortes pour que son seigneur puisse essayer de les suivre à son tour. Tout allait bien se passer. Elle rapprocha la bougie d'une main, pour en laisser une sur l'un des poings du baron, et put mieux observer ses muscles tous tendus par un effort anormal. Anastasie essaya en même temps d'oublier que grâce à cela, lui aussila verrait mieux.

“Tout mon corps… des crampes… partout…”

Elle allait lui parler, lui répéter que tout irait bien pour essayer de le rassurer en même temps qu'elle cherchait une solution, mais elle vit soudainement qu'Ysomir se décontractait. Le regard de la prêtresse devint curieux. L'inspiration profonde qu'elle entendit confirma ce qu'elle avait cru voir et son sourire s'affirma un peu. Même si le problème n'était pas réglé la crise était passée, et cela soulageait Ana. Elle détestait voir les gens souffrir.
Le baron serra doucement la main de la prêtresse, maintenant encore ses yeux clos. Elle avait beaucoup de choses à dire et de questions à poser mais elle les retint un moment, soucieuse de préserver cet instant de répit pour son seigneur. Il valait mieux le laisser reprendre son calme et revenir complètement à lui. Anastasie sentit sa main trembler dans la sienne mais elle s'abstint de tout commentaire. Le pauvre devait être véritablement à bout...

“Cela.. n’a jamais été aussi fort.. ni aussi long.. je ne comprends pas..”


Le baron essoufflé finit par reprendre un rythme de respiration plus proche de la normale. Sa voix devint elle-même plus calme, et la prêtresse sentit les battements de son propre coeur s'apaiser.

“Par les trois…je suis désolé Anastasie.”

 - Je reconnais que je n'apprécie pas vraiment d'entendre quelqu'un jurer par le Trimurti, mais on va dire que pour cette fois ce n'est pas grave.  


Un air un peu amusé prit place sur le visage d'Ana. Elle se doutait que le baron ne pensait probablement pas à ça, ou en tout cas pas seulement. Mais il n'avait pas à être désolé! Son état ne dépendait pas forcément de lui, et la prêtresse voyait bien qu'il faisait ce qu'il pouvait pour surmonter tout ceci. Il avait sans doute pris la meilleure décision possible en cherchant de l'aide, et elle était honorée que ce soit vers elle qu'il se soit tourné.

 - Avez-vous bu autant d'eau qu'à votre habitude aujourd'hui? Si ce n'est pas le cas, ça pourrait peut-être expliquer la violence ou la durée de vos crampes.  

Anastasie remonta ses manches et leva ses mains, même celle que le baron tenait jusque là. Son regard tomba directement sur ses poignets marqués chacun d'une cicatrice circulaire comme un bracelet, sur ses avant-bras également marqués mais de manière différente. Elle détourna les yeux de son propre corps pour observer la peau d'Ysomir, et finit par relever les yeux vers lui.

 - Vous permettez ?  

Elle n'attendit pas vraiment sa réponse pour poser délicatement ses mains sur le bras du baron. Il n'allait sans doute pas refuser qu'on le touche pour essayer de l'aider et elle n'était même pas sûre qu'il puisse se débattre. Appuyant avec précision et délicatesse sur quelques points particuliers, elle remonta vers son épaule de la même manière et finit par froncer les sourcils d'un air plus mécontent qu'inquiet qui ne dura pas bien longtemps. Peut-être suffisamment pour angoisser le baron s'il cherchait à décrypter son visage déjà triste et fatigué.

 - Je crois que certains muscles ne sont pas tout à fait détendus, c'est peut-être pour cela que vos crampes recommencent sans cesse. Vous vous sentez soulagé parce que la douleur s'amenuise, mais le problème n'a pas disparu.  


Elle adressa un sourire triste au baron. Elle était incapable de mieux.

 - Savez-vous où je pourrais trouver de l'eau fraiche et un tissu propre ? Le froid devrait vous soulager
, explica-t-elle. Elle rougit brusquement mais avec ses joues encore humides ça ne de voyait peut-être pas. Je ne suis pas en état de vous préparer un meilleur remède ce soir, j'espère que vous pe pardonnerez.


Re: Nuit noire. ─ Jeu 28 Juin - 12:59
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“Je crois que certains muscles ne sont pas tout à fait détendus, c'est peut-être pour cela que vos crampes recommencent sans cesse. Vous vous sentez soulagé parce que la douleur s'amenuise, mais le problème n'a pas disparu. “


“Oui… c’est exactement ça, et j’ai l’impression d’être coincé dans un cercle vicieux.. c’est frustrant en plus d’être terriblement douloureux.”


Il demeura immobile, s’étant laissé faire jusque là. Il ne se serait pas permis de se plaindre qu’elle l’osculte, d’autant plus que ce semblant de massage n’était pas désagréable.


“Savez-vous où je pourrais trouver de l'eau fraîche et un tissu propre ? Le froid devrait vous soulager. Je ne suis pas en état de vous préparer un meilleur remède ce soir, j'espère que vous me pardonnerez”


“Il y a un pichet d’eau sur la commode, non loin de mon lit, et prenez un linge dans ma penderie, peu importe de quoi il s’agit. Et… si cela ne risque pas d’aggraver les choses, je prendrais bien une coupe de vin. Prenez en une avec moi..”


Il ouvrit doucement les yeux pour observer quelques instants son minois qu’il cru voir rougir sans raison apparente, et cela l’interrogea, mais.. ce n’était pas la priorité du moment.
Il devait mettre fin à ses crises, la honte l'accablait déjà suffisamment.


“Et.. n’ayez aucune crainte, vous faites déjà bien plus que ce que j’aurai pu espérer en m’effondrant sur ce balcon.”


Pour lui signifier sa gratitude, il esquissa un semblant de sourire. Bien que très maigre, celui ci signifiait beaucoup vu l’état dans lequel il se trouvait.

“J’ai l’impression que cela se calme… espérons que cela dure. Je suis désolé de vous avoir dérangé pendant la nuit, vous avez toute ma gratitude.”
Re: Nuit noire. ─
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