Nuit noire.
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Re: Nuit noire. ─ Jeu 28 Juin - 13:38
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-Vous ne m'avez pas dérangée. Je vous l'ai déjà dit je ne dormais pas et... Je ne faisais rien de bien constructif, j'en ai peur. De toute façon, il est de mon devoir de vous aider, seigneur, et ce n'est pas l'heure qui m'effraie. Quel genre de personne serais-je, si j'attendais le jour pour aider quelqu'un qui a besoin de moi la nuit ?



Le parchemin était resté désespérément vierge et la lettre qu'elle avait voulu écrire n'avait pas encore vu le jour. Elle n'avait fait que lutter péniblement contre le sommeil par crainte de ce qu'il apporterait avec lui, et pourtant la crise d'angoisse était tout de même venue à elle lorsqu'elle avait entendu le premier cri, déchirant, qu'avait poussé le baron. Anastasie avait le sentiment d'avoir échoué sur tous les tableaux jusque là, et elle ne comptait pas laisser passer sa chance de faire qu'il en soit autrement. Au moins elle était sincère, qu'il la réveille, qu'il l'appelle, qu'il la fasse chercher s'il avait besoin d'elle : elle ne se plaindrait jamais de l'heure. La maladie n'attendait pas le jour, elle en savait quelque chose, et il ne fallait pas à tout prix se retenir d'appeler à l'aide alors même qu'il était possible de recevoir du secours. Elle attrapa le bougeoir.

-Je vais chercher l'eau, le linge et le vin, je reviens tout de suite.

Elle omit de préciser qu'elle ne comptait pas boire d'alcool. Dès qu'elle le pouvait elle l'évitait, le goût ne lui plaisait pas vraiment et elle avait tendance à bien plus souffrir des effets secondaires qu'à profiter de ses vertus. Maigre et épuisée comme elle l'était, ce serait une bien mauvaise idée que d'en consommer.
Elle reposa le bougeoir en regardant avec hésitation derrière elle, en direction de l'intérieur des appartements du baron. Si elle le prenait, elle risquait d'avoir du mal à tout apporter. Si elle ne le prenait pas, elle aurait du mal à voir et... L'idée de se promener seule dans les ténèbres ne la rassurait pas, surtout en ayant en mémoire la panique qui l'avait saisie en entendant un unique cri un peu plus tôt. Si elle était dans le noir et que le baron souffrait d'une nouvelle crise ? Elle essaya de ne pas y penser et se releva en prenant soin de rabattre ses manches correctement jusqu'à ses mains. Elle n'en avait que pour une ou deux minutes, tout au plus.
Anastasie tourna les talons et quitta le balcon à pas lents. Trouver la commode, l'ouvrir, prendre le premier vêtement ou tissu qui venait sans l'examiner, refermer le tiroir... Ce ne devait pas être bien difficile, et elle se débrouilla de manière méthodique pour accomplir ces quelques tâches. Mais il faisait noir, il faisait chaud... Elle attrapa ensuite le pichet rempli d'eau. Son bras fatigué trembla un peu. Son regard s'était perdu dans les ombres, et elle avait cru voir... Non, rien, ce n'était rien. Sa respiration s'était emballée, les battements de son cœur également, mais elle se le répéta plusieurs fois : ce n'était pas réel, il n'y avait rien là-bas dans ce coin de chambre qui puisse lui faire du mal. Elle prit plusieurs grandes inspirations pour se calmer mais une chose était sûre : elle ne voulait et ne pouvait pas rester seule dans le noir, encore moins avec cette chaleur étouffante. Cela lui rappelait trop son enfermement et ce n'était pas le moment du tout.
Elle se rendait compte qu'elle avait pris plus de temps qu'il n'en fallait pour effectuer sa mission d'approvisionnement à cause de ce moment d'égarement, et qu'elle n'avait même pas tous les ingrédients demandés. Mais le baron ne lui avait pas dit où trouver son vin et honnêtement elle ne sentait aucune envie de fouiller sa chambre dans le noir pour remettre la main dessus. D'un pas rapide et surtout un peu précipité, elle se dirigea vers la lumière faiblissante de la bougie allumée sur le balcon. Elle posa ce qu'elle avait récupéré par terre avant de s'agenouiller à nouveau près du baron.

-Je...Je suis désolée, je n'ai pas trouvé le vin.

C'était un mensonge. Elle n'avait pas voulu prendre le temps de la chercher. Et comme elle mentait très mal, son seigneur allait bien vite se rendre compte de quelque chose. Voilà qui ne l'aidait pas du tout à se calmer. Changer de sujet. Revenir aux choses connues. Elle agrippa le linge entre ses doigts fins et délicats.

-Je pense pouvoir aider certains muscles à se décontracter, mais pour d'autres il faudrait que vous vous étiriez, et comme ce n'est pas possible, autant essayer le froid...



Elle attrapa de sa main droite le pichet et entreprit de verser un peu d'eau sur le linge d'un air mal assuré.


Re: Nuit noire. ─ Mer 4 Juil - 9:04
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Lorsqu’elle revint finalement sans vin, il ne pu s'empêcher de réprimer une grimace, mais il ne fit aucune remarque, tant pis, il ferait sans.

Il l’observa approcher avec le pichet d’eau et les linges, hochants lentement à ses mots.

“Ce n’est pas grave, je survivrais sans, ce n’est pas grave. J’ai l’impression que les crises sont passées.. mais elles ont laissés mes muscles douloureux après tant de crispation.”

Il soupira, fermant les yeux en passant sa main sur son propre front, dans l’espoir de retirer la sueur qui y avait perlé.


“Il faut que je sois sur pied avant l’Aube.. je refuse de prier depuis mon balcon.. et je refuse encore plus d'apparaître dans un tel état au palais.. s’il vous plaît, faites quelques choses..”


Cela ne sonnait absolument pas comme un ordre ou une reproche, bien au contraire. Cela ressemblait à un encouragement, voire une supplication.

Il l’observa et remarqua à quel point elle semblait tendu, il lui semblait même la voir trembler légèrement en saisissant ce linge, ce qui l’étonna, alors il vint délicatement poser sa main sur l’avant bras de la prêtresse, réprimant une grimace à ce geste qui lui parut plus douloureux qu’il ne l’imaginait.


“Mademoiselle Lunétoile.. tout va bien ? Je ne souhaitais absolument pas vous mettre la pression… toutes mes excuses.. je..”

Il paraissait soudain si géné.. il s’attribuait la faute de l’anxiété et de l’état de la demoiselle, sans savoir qu’il n’y était pour rien..
Re: Nuit noire. ─ Mer 4 Juil - 9:45
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La supplication de son seigneur mettait Anastasie plus que mal à l'aise. Elle lui avait dit qu'elle ferait de son mieux, mais elle l'avait aussi prévenu qu'elle n'était pas en état de tenter les possibilités les plus compliquées. Il lui avait dit que ce n'était pas grave, et maintenant voilà qu'il... La prêtresse prit une grande inspiration. C'était normal qu'il lui demande de faire quelque chose, et elle était là pour ça. Que pouvait-on attendre d'autre d'un homme qui souffrait ?

De ses mains tremblantes elle entreprit de mouiller le linge qu'elle avait récupéré dans la chambre du baron. Tout allait bien se passer à présent, il semblait aller mieux et la faible lumière de la bougie brillait comme un halo rassurant. Plus de cris. Rien que la chaleur étouffante et les ombres pour la perturber. Si elle se concentrait, elle parviendrait peut-être à les oublier... ?

La main que posa le baron sur son avant-bras la fit sursauter. Elle s'était un peu perdue dans ses pensées et ne l'avait pas vu bouger. Ana remercia sincèrement les dieux qu'il ait eu la délicatesse de ne toucher aucune de ses cicatrices, et encore moins les plus récentes qui la troublaient toujours beaucoup. Sentir quelque chose en contact avec elles lui déclenchait la plupart de ses crises d'angoisses, et elle n'avait pas vraiment besoin de cela à cet instant. Néanmoins, ce mouvement de la part d'Ysomir ne fit que la mettre plus mal à l'aise encore. La prêtresse se força à relever les yeux vers lui, consciente qu'il cherchait sans doute à attirer son attention par ce geste. Peut-être avait-il dit quelque chose qu'elle n'avait pas entendu parce qu'elle était trop distraite et trop fatiguée ? Ou peut-être attendait-il qu'elle réponde à sa demande ?

“Mademoiselle Lunétoile.. tout va bien ? Je ne souhaitais absolument pas vous mettre la pression… toutes mes excuses.. je..”

-Ce n'est rien,
répondit-elle brusquement et d'un ton presque trop sec pour venir d'elle. Elle finit d'ailleurs par reculer doucement son bras pour se soustraire au contact de la main du baron. Tout va bien, ajouta-t-elle d'une voix qui commençait à trembler à son tour. Elle n'y croyait pas elle-même, et était presque surprise d'avoir pourtant réussi à dire ces mots.

Parce que tout n'allait pas bien. C'était même plutôt le contraire. Elle eut soudainement à nouveau envie de fondre en larmes, sans parvenir à dégager exactement ce qui semblait l'y pousser. La honte, sans doute, de se trouver devant son seigneur dans son état, la honte qu'il ait remarqué son trouble, la honte d'avoir si peur en ce moment alors que rien ne devait lui arriver ici. L'angoisse, le noir, la chaleur, la fatigue. Elle détourna le regard, tourna la tête vers la chambre d'Ysomir, et retint de son mieux les larmes qui venaient contredire son discours. Mais ça ne changerait sans doute rien. Elle mentait si mal...

Inspiration. Expiration. Reprendre le contrôle. Elle passa quelques secondes ainsi, le pichet dans une main et le linge dans l'autre, visage dissimulé de son mieux entre les ombres. Alors, elle se força à faire reparaître sur son visage un sourire qui pourtant ne parvenait pas à cacher tout le reste. Elle faisait néanmoins de son mieux.
Il fallait dire quelque chose. Sinon il allait poser des questions. Continuant alors dans son mensonge qui ne devait probablement tromper personne, elle reprit.

-La fatigue, c'est tout.

C'était crédible : tout le monde la disait fatiguée voire malade ces temps-ci. Mais ce n'est qu'à ce moment qu'elle réalisa que l'interrogatoire n'allait certainement pas se finir ainsi. Elle avait accusé la fatigue, alors qu'elle lui avait répété plusieurs fois qu'elle ne dormait pas lorsqu'il avait dit craindre de la déranger. Espérant de toutes ses forces que le baron ne relèverait pas les incohérences de cette justification, Anastasie reposa le pichet au sol et entreprit de déposer le linge frais et humide contre le torse du baron. Changer de sujet.

-Vous aviez déjà essayé certains remèdes contre vos crises ?
Demanda-t-elle timidement.


Re: Nuit noire. ─ Mar 31 Juil - 19:03
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Le baron fut quelque peu perdu. Quelque chose n’allait absolument pas, mais la demoiselle refusait d’en dire quoi que ce soit. Il comprenait. Elle n’en avait pas envie, et bien que l’état de ceux qui lui étaient proche était sa priorité, il ne la forcerai pas à lui parler. Anastasie Lunétoile était en Valacar depuis peu, et elle semblait être une jeune femme timide, réservée, et entièrement dévoué. C’était beau. Quelque chose de beau à voir, qu’Ysomir savait reconnaître, apprécier, et récompenser.

“Je comprend que vous n’ayez pas envie de parler de ce qui ne va pas à tous le monde mademoiselle Lunétoile, mais je suis votre Baron, et votre ami en devenir si vous le voulez bien… Alors lorsque vous aurez le coeur de discuter, je serais heureux, et j’aimerais vous aider autant que vous le méritez, autant que vous le faites avec les autres. Vous savez maintenant que je suis une oreille attentive, lorsque vous en aurez envie, que ce soit maintenant ou une autre fois. Je suis ici pour vous aider autant que vous le faites pour moi mademoiselle Lunétoile.”

Sa voix fut si faible sur la fin de sa phrase qu’il semblait manquait d’air, ou alors il voulait simplement mettre en valeur la valeur de confidence que prenait cette proposition, en une forme de sécurité intime. Il n’était pas là pour lui faire des reproches. Il voulait l’aider.

Lorsque le linge vint finalement se poser contre son torse, la fraîcheur le fit quelque peu haleter, juste quelques inspirations de surprises ou ses mains se crispèrent sur le pavé, avant qu’il souffle longuement en fermant les yeux, se détendant, lentement.

Il demeura ainsi quelques instants, profitant du silence et de l’appaisement offert par Ana. Il se sentait presque mieux tout à coup, ce regain de fraîcheur chassant la chaleur qui ensserait son torse. Sa respiration se fit plus calme et normale, tandis que ses muscles semblaient laisser derrière eux leurs crampes et leurs crispation.


“Vous savez, nous avons nous nos problèmes… et la honte m’accable que quelqu’un me voit dans un tel état… mais je suis sincèrement heureux que cela soit vous. J’ai confiance en vous, terriblement confiance même. Vous êtes sans doute possible, la personne la plus dévouée qu’il m'ait été offert de rencontrer, et... je trouve ça admirable. Je vous jalouserai presque d’avoir un coeur si profondément bon…”


Les paupières d’Ysomir se soulevèrent lentement lorsqu’un sourire vint prendre place sur ses lèvres, très léger, et sincère, sans artifice. Tout en simplicité. Il observa son interlocutrice en silence. Quelques instants.


“Ma mère vous aurait tout simplement adoré, vous vous seriez bien entendu. Je le sais, et je le sens.”


“Vous aviez déjà essayé certains remèdes contre vos crises ?”




L’espace d’un battement de cil, le début d’un petit rire le traversa, un rire nostalgique et attendri par les souvenirs évident de sa mère, qu’il faisait resurgir en l’évoquant.
Mais ses muscles douloureux le firent se raviser, avant de répondre calmement.


“Quelques huiles.. de je ne sais plus trop quoi… et des encens. Je crois. Enfin… rien d’efficace. Ces cauchemards reviennent sans cesses, quoi que je fasse. Depuis 1 an.”
Re: Nuit noire. ─ Mar 31 Juil - 19:43
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Les mots du baron mettaient Anastasie particulièrement mal à l'aise. Elle n'avait pas l'habitude de tant de sollicitude à son égard, les gens s'inquiétaient rarement pour elle. Après tout, ne devait-elle pas avoir les dieux de son côté ? Avait-elle le droit d'être triste ? Il n'avait pas l'air de mentir pourtant. La prêtresse jeta encore un regard vers l'obscurité derrière elle. Même si elle voulait tout lui expliquer, trouverait-elle seulement les mots justes pour qu'il comprenne ? Etant donné sa situation, il était pourtant celui qui serait le plus à même de comprendre réellement ce qui pouvait la mettre si mal à l'aise. L'hésitation et la gêne prirent place sur son visage encore un instant. Il n'y aurait jamais un seul moment où elle oserait venir le voir et lui confier quelque chose, elle le savait. Peut-être était-ce là sa seule occasion de se confier ? La dernière fois, ça c'était mal passé. Elle était en prison, à se justifier pour prouver son innocence, à parler à un inconnu qui s moquait bien de sa douleur. Et cette expérience de la prison, elle n'avait d'ailleurs pu s'en ouvrir à personne. Les larmes étaient à deux doigts de déborder, et elle savait ce qui l'attendait comme crise d'angoisse si elle les laissait prendre le dessus. Et il voulait qu'elle parle ? Il ne devait pas se douter. C'était normal. Anastasie savait que sa vie était étrangement mouvementée pour une prêtresse. Peut-être ne la croirait-il même pas.

Elle avala difficilement sa salive, tandis qu'Ysomir haletait. La fraîcheur du linge ? Il sembla commencer à se détendre en tout cas, et la prêtresse n'osa pas rompre le silence tranquille qui régnait. Elle ne put malheureusement pas s'empêcher de renifler légèrement, à cause de la crise de larme qui avait failli la submerger un peu plus tôt. Ses mains tremblaient encore un peu, mais si elle se concentrait assez elle parvenait presque à ne plus avoir l'impression que le noir l'envahissait encore...

Quand le baron décida de reprendre la parole, il fit de magnifiques compliments à Ana. Cette fois-ci ses joues furent rouges d'autre chose que de ses larmes, et il put sans doute le remarquer avec la lueur de la bougie qui les éclairait.

-Je... Vous me surestimez, Seigneur,
articula-t-elle doucement.

Elle ne le remercia pas : elle n'était pas d'accord avec ses mots. Elle n'avait rien de plus qu'une autre, était loin d'être aussi dévouée qu'elle aurait dû l'être, et seuls les dieux pouvaient juger son cœur. Le même cœur qu'ils emplissaient de cauchemars et d'angoisses depuis qu'ils l'avaient mise à l'épreuve. Se sortirait-elle un jour de tout cela ? La mention de la mère du baron fit sourire Ana d'un air gêné, alors qu'elle s'asseyait à côté du baron contre le garde-fou du balcon. Elle ne sut pas quoi répondre, et se contenta de parler de soins. De médecine. De choses simples, en fin de compte.

Un léger rire lui répondit. Elle se sentit un peu bête de lui avoir demandé : il était évident qu'il avait dû tenter quelque chose. Mais au moins il pourrait lui dire quoi exactement, et elle pourrait éliminer ces pistes. Ou rire aussi, si elles avaient été ridicules, quoiqu'Ana ne se permettrait sans doute pas une telle familiarité, encore moins dans son état. Elle enfouit ses mains dans les plis de sa robe beige trop grande pour son corps trop maigre, cherchant presque le mâlâ de Florimond autour de son poignet. Mais elle ne pouvait plus le porter à présent. Il appuyait sur sa cicatrice, et ça lui déclenchait des crises.

“Quelques huiles.. de je ne sais plus trop quoi… et des encens. Je crois. Enfin… rien d’efficace. Ces cauchemards reviennent sans cesses, quoi que je fasse. Depuis 1 an.”

-Comme les miens,
s'entendit-elle répondre sans réfléchir.

Elle lança un regard étrange à Ysomir, où se mélangeaient honte, peur, et gêne. Il ne serait sans doute pas rassuré d'avoir à côté de lui quelqu'un qui souffrait d'un mal si proche du sien, bien qu'il ne se manifeste pas exactement de la même manière. Elle sentait à nouveau les larmes sur le point de la submerger, quelques unes coulèrent sur ses joues, sa respiration s'emballa. Non. Inspiration. Expiration. Les mêmes conseils que ceux qu'elle avait donné au baron. Elle reprit à peu près son calme, attirant vers elle la bougie qu'elle avait apportée. Elle ramena ses genoux contre elle, cachés dans la longueur du tissu qui l'habillait.

-Je ne peux pas vous raconter,
dit-elle d'une voix tremblante. Pas maintenant. Si je raconte... Je... Je pourrais plus vous aider.

Elle se rendait compte pourtant qu'elle aurait bien aimé pouvoir parler. Prenant une grande inspiration, elle s'accroupit à nouveau auprès de son seigneur, délaissant le garde-fou, et saisit entre ses doigts son bras pour le faire s'étirer doucement et le détendre de son mieux. Rester inactive ne l'aidait pas. Elle espérait qu'il comprenait ce qu'elle voulait dire, quand elle disait qu'elle ne pourrait plus l'aider, et qu'il ne pensait pas qu'elle se moquait de lui. Mais faire une crise d'angoisse à côté d'un homme qui ne pouvait pas se lever – en tout cas pas seul, pour le moment – ne lui semblait pas la chose à faire.

Ce serait égoïste,
poursuivit-elle. Mais je... Je vous remercie. D'avoir proposé.

Elle aurait lui dire qu'une autre fois, oui. Que s'il insistait, peut-être. Parce qu'elle sentait bien que cela la libérerait d'un poids. Mais elle avait un devoir à accomplir, et elle ne pouvait pas s'y dérober pour son petit plaisir.


Re: Nuit noire. ─ Mar 7 Aoû - 17:13
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“Plus tard, si vous en ressentez l’envie. Un jour, si vous en avez besoin. Je ne suis pas ici pour vous oppresser mademoiselle Lunétoile. Je voulais simplement que vous sachiez que vous n’êtes pas à mon service, mes relations sont donnant donnant. Je ne saurais comment vous remercier d’être là, pour moi, en cet instant, lorsque j’en ai besoin. Alors vous pouvez compter sur moi lorsque viendra votre tour d’en avoir besoin. C’est.. c’est tout.”

Une petite inclinaison de tête respectueuse du baron paru un mouvement d’une profonde lenteur. La douleur s’estompait peu à peu, mais il restait engourdit.
Le souffle du baron semblait s’être enfin calmé. Désormais plus régulier, moins fébrile, mais pourtant très lourd, témoignage du calme qu’il tentait de garder par dessus tout.

“Et je ne vous surestime pas. Lorsque je dis ce genre de chose, je ne le prends pas à la légère. Je suis peut être un baron excentrique et désinvolte aux yeux des gens, mais sachez que la sincérité fait partit de mon credo. Je ne suis pas mon père, le mensonge et la filouterie ce n’est pas fait pour moi.”

Un petit sourire naquit sur ses lèvres, son regard venant se perdre dans la contemplation de la flamme, seule source de lumière du lieu. Les souvenirs de son frère, assit près de son père, penché au dessus d’un énorme livre relié, renfermant les finances du domaine.

C’est son frère qui avait été préparé à gérer ce palais et cette baronnie, pas lui. Mais pour une fois, ces souvenirs familiaux le firent en effet sourire. Une nostalgie mélancolique. Mais mis à côté des cauchemars qui l’avaient accablé de ces douleurs, ces souvenirs du passé semblaient doux. Lointain et disparu, mais doux. De beaux souvenirs.
La lumière qui filtrait au travers des jasmin couvrant le balcon ou il se trouvait en cet instant, éclairant les visages d’Eomir et de Dorané. Le sourire fier de son père, suite au calcul juste de l'aîné, puis un regard lancé vers Ysomir. Un regard tout aussi fier. Heureux, épanoui. Rare sont ceux qui virent un sourire un jour orner le visage de l’ancien baron Doran Valacar. Mais les souvenirs de ceux-ci n’en étaient que plus beaux encore.

Le sourire doux, léger, et pensif d’Ysomir rendait son visage bien plus calme, contraste réel avec la douleur qui ornait ses traits quelques minutes plus tôt.


“Il faut que je parvienne à me débarrasser de ces maux… je ne peux présumer diriger ces terres si je ne dors pas la nuit. Il faut absolument que je trouve une solution.”
Re: Nuit noire. ─ Mer 8 Aoû - 12:49
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 - Je suis au service des dieux, Seigneur, et il est donc de mon devoir, je pense, de venir en aide à tous ceux qui en ont besoin.  

Elle vit le mouvement de tête du baron et sourit timidement. Il avait l'air si tranquille, maintenant que la douleur s'éloignait. Beaucoup plus tranquille qu'elle, même si le son régulier et profond de la respiration du baron avait quelque chose d'apaisant.

 - Et, vous pouvez m'appeler Anastasie si vous le souhaitez,
ajouta-t-elle après un instant de silence.  

Le baron de Valacar en faisait déjà plus que beaucoup en l'appelant par son nom plutôt que par son titre, et cela plaisait à Ana. Elle avait toujours été réduite à ce rôle et peinait souvent à faire comprendre qu'elle était aussi une humaine avec des sentiments et des intérêts propres face à ceux qui ne voyaient que la servante des dieux. Et en tant que personne avec des sentiments, elle préférerait mille fois qu'il l'appelle par son prénom. Comme elle ne pouvait ni ne voulait l'exiger, elle présentait la chose sous forme de possibilité. Après tout il était probable que le baron refuse. Peut-être qu'il estimerait ça trop familier, ou peut-être que ça le mettrait trop mal à l'aise de ne pas pouvoir lui proposer de faire la même chose.  

Le sourire qu'il lui offrit après lui avoir répondu qu'il ne la surrestimait pas apaisa un peu la prêtresse. Le baron semblait si paisible ! Il en devint silencieux, et elle n'osa pas l'interrompre. Oh, elle n'avait jamais douté de sa sincérité et n'avait jamais imaginé qu'il eût quelque avantage que ce soit à la flatter. Seulement, Anastasie était loin d'être aussi... Sympathique ? Que ce qu'il avait présenté. Savoir que le baron avait une telle estime d'elle alors qu'ils se connaissaient si peu avait quelque chose d'angoissant mais elle s'efforça de simplement le regarder sourire, et cela l'empêcha un moment de penser à ses peurs.  

Anastasie ne répondit pas, mais une chose était sûre:  elle se garderait bien de juger le baron, et encore plus d'écouter les rumeurs. Ce n'était pas son genre. Et elle en ferait de même pour son père, d'ailleurs, qu'elle n'avait pas connu et ne connaîtrait jamais.

“Il faut que je parvienne à me débarrasser de ces maux… je ne peux présumer diriger ces terres si je ne dors pas la nuit. Il faut absolument que je trouve une solution.”

Ana saisit doucement le linge humide qui recouvrait le baron. Elle l'essora à côté d'elle sans pitié aucune pour le sol du balcon où une flaque apparut. Avec la chaleur, elle ne ferait pas long feu. La prêtresse mouilla alors à nouveau le linge, avec l'eau encore froide de la carafe, pour rafraîchir Ysomir au  mieux. Elle le remit doucement sur lui.

 - Nous trouverons quelque chose, ne vous en faites pas. Je réflechirai et je vous proposerai mes idées,
dit-elle doucement. Étrangement tranquille par rapport à ses frayeurs précédentes, se concentrant à nouveau sur ses devoirs plus que sur sa peur.  

Elle disait ça sur un ton si doux et calme qu'il était difficile d'imaginer qu'elle pût être atteinte du même mal ou presque. Mais en ce qui la concernait elle croyait encore qu'elle pourrait gérer, que c'était son lot, une épreuve des dieux à surmonter, là où elle voyait un véritable problème à régler pour Ysomir.

 - Souhaitez-vous que je vous aide à vous installer ailleurs ? Ou peut-être que je vous apporte un ou deux coussins ?
Finit-elle par proposer.  

Elle ne savait pas depuis combien de temps exactement il était assis là, mais en tout cas il l'était déjà quand elle était arrivée. Anastasie était soucieuse de son bien-être et tenait à faire de son mieux pour le soulager ou lui rendre service, il lui semblait tout naturel se proposer ainsi son aide. Le baron était un guerrier, elle ne l'oubliait pas, et elle savait d'expérience tout le mal qu'ils avaient parfois à demander de l'aide ou accepter leurs faiblesses.

 - Je suis là pour vous aider alors... N'hésitez pas, si je peux faire quelque chose ce sera avec plaisir.


Re: Nuit noire. ─ Lun 13 Aoû - 20:51
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Lorsqu’elle lui proposa de se relever ou de lui apporter des coussins, il se rendit compte pleinement de sa situation, d’à quel point il passait pour un nécessiteux. Cela le frustra, et presque pour se prouver à lui même qu’il n’avait besoin de personne, il plaqua ses mains contre la rambarde de pierre derrière lui, et s’en servit comme appui pour, tant bien que mal, tenter de se redresser.

Ce mouvement fut légèrement douloureux, ravivant l’écho de la douleur de certaines crampes. Mais c’était largement supportable après les pics de souffrance qu’il venait de passer. Alors il se releva, lentement, centimètre par centimètre, respirant calmement sans montrer de signe de faiblesse.

“Je pense pouvoir avancer... avec un peu d’aide.”



Si la demoiselle fut d’accord pour l’aider, il s’appuya sur son épaule, légèrement, pour avancer en direction des banquettes ornant les bords du balcon. Celle ci, tout juste visible dans la lumière du bougeoir posé au sol, étaient recouvertes de divers coussins et draps, un véritables amas de tissu confortable invitant à s’affaler dedans.

C’est bien ce que fit le baron, s’écroulant parmi les coussins en soupirant d’aise lorsqu’il pu quitter sa position verticale.

“Je.. j’aurais vraiment besoin d’un verre de vin je vous l’avoue… cela noierai la douleur un minimum. Je n’aimerai pas devoir prendre des opiacés.. je m’y suis toujours opposé. Mais si cela continue.. je ne vais pas avoir d’autre solutions.”


Il ferma les yeux quelques instants, récupérant le linge que la prêtresse lui avait apposé contre le torse. Il le pris délicatement pour le poser sur son front, réprimant un frisson sans pour autant pouvoir cacher sa chair de poule.

“Bien que vous ne dormiez pas, j’ai interrompu votre nuit.. aussi troublée soit elle. Vous devriez vous aussi vous reposer. Asseyez vous Anastasie… vous semblez en avoir envie et besoin.”
Re: Nuit noire. ─ Lun 13 Aoû - 21:56
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Anastasie avait sous-estimé la fierté que pouvaient avoir les guerriers. Elle ne devrait pas leur en tenir rigueur, elle savait bien qu'elle avait eu la même lorsque Zaël avait voulu la porter dans la forêt mais qu'elle avait insisté pour marcher jusqu'à l'épuisement. Mais tout de même, son œil de médecin ne pouvait que désapprouver ce genre de comportement. Le baron sembla plus piqué au vif que rassuré par sa proposition et commença à se relever tout seul, comme s'il souhaitait prouver quelque chose. Ana aurait voulu lui dire qu'ici, entre eux, il n'y avait rien à prouver. Elle aurait aimé lui dire que peu importe combien il pouvait avoir mal, il pourrait être sincère et qu'il n'y aurait d'ailleurs que comme ça qu'elle pourrait lui être utile : en connaissant la vérité. Mais visiblement le baron était arrivé à la limite de ce que sa fierté pouvait supporter, et la prêtresse se promit d'amener les choses plus subtilement la prochaine fois.

Ysomir se relevait tout doucement, et Anastasie bondit presque sur ses pieds à côté. Elle n'osa pas le toucher, bien sûr : il lui semblait qu'elle ferait bien mieux de le laisser faire cela seul. Mais elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui et craignait par dessous tout qu'il ne vienne à tomber, et possiblement à se blesser un peu plus. Elle restait donc tout près, prête à le rattraper ou à le soutenir au moindre signe de faiblesse. Heureusement pour elle, le seigneur finit par reconnaître que pour marcher il aurait besoin de quelqu'un. Elle sourit.

-Bien sûr,
dit-elle simplement en le laissant prendre appui sur son épaule tandis qu'elle glissait doucement une main dans le dos d'Ysomir en même temps.

Elle sentait bien qu'il essayait de ne pas peser de tout son poids sur elle. Elle aurait aimé lui dire qu'elle le soutiendrait coûte que coûte mais cela n'aurait sans doute pas été crédible. Elle peinait à monter les morts sur les bûchers funéraires, elle aurait difficilement pu faire croire qu'elle empêcherait un guerrier plein de muscles comme Ysomir de tomber s'il n'avait eu un peu de force pour se retenir. Ses bras étaient bien trop maigres, et c'est sans doute pour ça qu'elle ne put pas l'accompagner pour qu'il s'installe tranquillement. Le baron se laissa tomber avec un soulagement presque communicatif au milieu des coussins de la banquette du balcon.

Anastasie n'osa pas bouger. Elle resta debout, guettant ce qu'il pourrait lui demander, et prévoyant déjà d'aller récupérer le bougeoir déjà trop loin à son goût. Ysomir avait réussi à lui remonter le moral et à éloigner les ténèbres un temps c'était vrai, mais avec la fatigue, la chaleur, et ce qu'elle avait déjà surmonté ce soir, elle n'osait pas trop les tenter. Il demanda du vin, sans qu'Ana sache trop s'il s'attendait vraiment à ce qu'elle aille lui en trouver ou non. Elle avait dit qu'elle ne l'avait vu, mais en vérité elle ne l'avait surtout pas cherché, et voir ainsi les espoirs que le baron fondait sur cette boisson la faisait culpabiliser. Il allait bien falloir qu'elle y aille... La demoiselle fit donc demi-tour pour attraper la petite lumière sans laquelle elle ne se voyait pas retourner en expédition.

“Bien que vous ne dormiez pas, j’ai interrompu votre nuit.. aussi troublée soit elle. Vous devriez vous aussi vous reposer. Asseyez vous Anastasie… vous semblez en avoir envie et besoin.”

Elle lui offrit un doux sourire, qui ressemblait drôlement à celui qu'on offre aux enfants quand ils disent quelque chose d’étonnamment sensé mais de faux tout de même parce qu'il leur manque une partie des connaissances requises pour parvenir à la bonne conclusion. Mais au moins il l'avait appelée par son prénom, et c'était déjà très sympathique de sa part.

-Je n'avais pas prévu de dormir, vraiment, vous n'avez rien interrompu d'autre qu'une vaine tentative d'écrire une lettre,
dit-elle doucement. Je vais retourner vous chercher du vin, seigneur, je reviens.

Il pourrait peut-être comprendre. Ou pas. Il s'était couché, lui, en sachant très bien ce qui risquait de lui arriver pourtant. Anastasie commençait à trop craindre ses cauchemars, ses réveils, ses angoisses et ses cris pour pouvoir se coucher. Elle savait bien qu'il fallait qu'elle dorme, elle n'osait plus le faire. Elle s'endormait un peu n'importe où quand la fatigue devenait insurmontable, et se réveillait en hurlant sans avoir l'impression de s'être reposée deux minutes. La journée au moins elle ne repensait pas trop souvent à ce qui lui était arrivé. Cela ne revenait que la nuit après les cauchemars. Ou quand la fatigue la poussait à bout, comme ce soir.

Bougeoir à la main, elle prit une grande inspiration et retourna d'un pas hésitant en direction des appartements du baron. Même si les lieux étaient toujours intimidants, elle se sentait un peu mieux, assez pour pouvoir chercher un peu sans menacer de fondre en larmes. Prenant son courage à demain elle osa observer un peu partout et finit par mettre la main sur une bouteille visiblement ouverte. Elle eut un peu de mal à prendre avec elle la coup qui l'accompagnait, ayant les deux mains plutôt prises, mais finit par s'en sortir et par rejoindre Ysomir. Elle déposa le tout par terre avec un soupir de soulagement et servit un verre au baron avant de le lui tendre. La prêtresse n'avait rien ramené pour boire elle-même : elle ne buvait que très rarement de l'alcool et le supportait mal. Se rendre ivre était probablement la pire idée qu'elle pourrait avoir de la soirée.

-Voilà pour vous, seigneur.

Anastasie s'installa alors sur la banquette, assez proche pour l'entendre facilement et pouvoir se rapprocher si besoin était, assez loin pour ne pas avoir à le toucher. Les coussins étaient si confortables qu'ils donnaient envie de s'y vautrer et d'y dormir, et la fatigue de la demoiselle lui fit fermer les yeux, juste une seconde...

Elle sursauta et se redressa brutalement. Hors de question de se laisser aller. Hors de question de dormir, pas ici, et encore moins en compagnie du baron. Sentant bien que sa réaction devait paraître disproportionnée, elle adressa un sourire des plus mal à l'aise et gêné à Ysomir. Elle se sentait si fatiguée et si seule, au fond.


Re: Nuit noire. ─ Mar 14 Aoû - 21:14
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A peine la coupe de vin fut-elle remplit par Anastasie et à portée du baron qu’il l’attrapa pour la porter à ses lèvres. Gorgées par gorgées, il vida une première fois la coupe, puis, en soupirant d’aise une fois désaltéré, entreprit de la vider une seconde fois

“Merci infiniment…”

Sa respiration fut plus calme, instantanément, comme si le nectar fermenté l’avait profondément apaisé. Il passa sa langue sur ses lèvres pour en effacer la coloration violacée laissée par le raisin, puis s'enfonça de nouveau dans les coussins, sa coupe pleine dans la main.


Quelques secondes de paix et de silence, à la fin desquels le baron rouvrit les yeux, et aperçut la silhouette d’Anastasie assise près de lui. Elle était épuisée.. elle s’endormirait en un battement de cil si elle le voulait… et pourtant elle luttait. Elle luttait contre ce sommeil qui semblait si perturbé, si effrayant pour elle.

Pourquoi ?

Ysomir avait toujours été curieux, mais le respect le forçait à calmer ces questions qui se bousculaient dans sa tête.


“Quelle que soit les raisons qui vous poussent à ne pas dormir… et je ne doute aucunement du fait qu’elles soient bonnes… vous devriez dormir Anastasie, votre corps cri à l’aide, il a besoin de repos malgré tout..”

Il se redressa légèrement pour poser une main, avec un extrême légèreté, contre son épaule. Il avait compris qu’elle n’était absolument pas à l’aise avec les contacts, et qu’elle avait peur qu’il remarque ses cicatrices, alors il se montra d’une douceur immense, réconfortante, voir protecteur.

“Je.. je ne fait que supposer. Mais si vos nuits peuvent se montrer similaires aux miennes, et que vous avez peur que quelqu’un l’apprene.. Dormez ici, dans mes appartements personne ne fera attention, et personne ne vous jugera. Au moins pour cette nuit. Il y a la chambre des invités, qui reste prète et…”

Il s’arréta quelques instants, pensif.

Almarine.

Cela lui semblait si loin, la dernière fois qu’une personne avait occupé cette chambre. Bon sang, qu’elle lui manquait.

Il se racla la gorge, réalisant qu’il s’était interrompu net.

“... Et vous devriez vraiment prendre du repos. Sinon j’ai peur que la chaleur et la fatigue ne deviennent nocive pour vous Anastasie. Juste cette nuit, prenez la chambre, reposez vous. Au moins cette nuit, s’il vous plait.”
Re: Nuit noire. ─ Mer 15 Aoû - 0:40
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- Je sais.

Le murmure lui échappa juste avant qu'elle sente une main se poser sur son épaule. Un long frisson parcourut son dos mais elle ne chercha pas à fuir le contact cette fois. Ça avait quelque chose de rassurant. De plus rassurant que les mots. C'était physique. C'était vrai. Et il n'avait aucune chance de toucher une cicatrice à cet endroit. La prêtresse se laissa aller à nouveau dans les coussins, un peu comme si c'était la main d'Ysomir qui l'y avait ramenée. Il reprit doucement la parole.

Est-ce qu'elle avait peur que quelqu'un l'apprenne ? Un peu, oui, peut-être. Elle n'était plus tout à fait certaine. Elle avait peur de les réveiller, tous ces gens qui dormaient là tout près, de l'autre côté des murs. Mais peur qu'ils sachent ? Anastasie ne savait pas. Ce qu'elle savait c'était qu'elle ne dormirait pas ici. Mais comme le baron avait paru coupé en plein élan elle n'osa pas le contredire avant de connaître la fin et attendit, le regard dans le vide, qu'il continue.

Il lui... Demandait de dormir ? Après lui avoir proposé de le faire il le lui demandait. La prêtresse ne s'était pas attendu à cette demande. Elle n'avait pas imaginé qu'il s'intéresse à ce point à son sort. Elle soupira doucement. Ana était touchée, bien sûr. Mais elle n'avait aucune idée de ce qu'elle avait pu faire pour mériter cette attention et la fatigue ne l'aidait pas à réfléchir.

- J'irai dormir, dans ma chambre.

Le pire était toujours le réveil. En dehors de la possibilité de se réveiller en hurlant - ce qui arrivait mais pas à chaque fois - il y avait celle, qui se réalisait bien plus souvent, de faire une crise d'angoisse. C'était moins bruyant et de loin, même si ça ne passait pas inaperçu non plus. Seulement, la prêtresse savait que ce serait pire encore si elle se réveillait dans un lit qui n'était en fait pas le sien. Dans une chambre qui n'était pas la sienne. Elle en avait fait les frais pendant son voyage jusqu'à Aquila... Devait-elle expliquer cela au baron ? Il pouvait se vexer qu'elle refuse son offre. Il pouvait croire également, connaissant sans doute la pudeur de la demoiselle et sa discrétion, que c'était pour d'autres raisons. Mais non, il n'y avait que celle là. Pour une fois Ana se montrait égoïste.

- Juste... Juste une minute. S'il vous plaît.

En vérité, elle n'avait pas vraiment envie de partir. Elle avait enfin trouvé quelqu'un qui puisse la comprendre à ce sujet ! Mais peut-être que s'il voulait qu'elle aille dormir, c'était aussi parce qu'il voulait avoir la paix et rester seul. Peut-être que sa présence gênait. Anastasie espérait que non. Elle serait bien restée discuter là, sur ce balcon, encore un moment. Mais à défaut d'oser demander, elle partit du principe que peu importe la raison il la chassait un peu. Et elle demanda juste une minute. Parce qu'il y aurait la chambre à traverser, les couloirs, les escaliers, tout ça pour se retrouver à nouveau seule. Ysomir craignait l'effet de la chaleur et de la fatigue sur elle mais elles étaient déjà là. Il n'y avait que la solitude qui pouvait croître encore. Elle prit une grande inspiration.

- Quand je ferme les yeux trop longtemps je... Je revois des choses. Quand je les rouvre, il suffit de sentir le vent ou de voir les étoiles pour que tout aille mieux, parfois. Parfois non. Mais ça ne change rien, ce soir: nous n'avons ni l'un ni l'autre.

Le vent, les étoiles, la lumière. Tant de choses dont elle avait été si injustement privée, à au moins deux reprises. Elle jeta un regard en coin à son seigneur. Un sourire un peu triste passa sur son visage quand elle se dit qu'elle avait eu l'impression de faire plus pour lui en apportant du vin que tout ce qu'elle aurait pu faire d'autre. Elle avait senti, àsa manière de parler ensuite, qu'il était mal à l'aise. Anastasie ne lui en voulait pas. Il pouvait être délicat de parler à quelqu'un sans savoir de quoi on parlait exactement, et elle avait senti en même temps la pointe de curiosité que les gens parvenaient rarement à dissimuler. La petite indiscrétion, celle qu'elle aurait voulu oublier de toutes ses forces en temps normal. Mais la fatigue la poussa à être directe cette fois-ci. De toute façon, au point où ils en étaient...

- Je sais que vous vous posez des questions, seigneur, je commence à avoir l'habitude. Posez les, je vous en prie. D'autres n'ont pas attendu cette invitation, et comme je n'ai malheureusement pas eu le temps de me faire des amis par ici, j'imagine que si quelqu'un doit avoir une réponse ce doit être vous.




Re: Nuit noire. ─ Mer 22 Aoû - 6:55
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“Je vous comprend totalement. Il suffit souvent de si peu pour que tout aille mieux, que l’on retrouve le monde réel. Je revois des choses chaque nuit depuis un an maintenant. Ce n’est même pas la guerre qui m’a laissé ces marques. Les marques du combat, je les connais, ses souvenirs sanglant, ses défaites, ses victoires. Tout cela j’y suis habitué, je suis un soldat. Mais de ces souvenirs en émergent d’autres. Mon père, mon frère, ma mère. Tous ces souvenirs lointains et douloureux, ces disparitions soudaines. Tous ces instants que j’aurai préféré oublier, et pourtant j’en suis incapable. Je pensais avoir réussi à me rendre compte de cet isolement, de ces souvenirs que j’entretenais sans vraiment le vouloir ou le savoir. Je pensais, avant Durdinis, avoir réussit à sortir de tout cela. Grâce à elle. Mais en revenant des combats, tout est revenu si vite, et plus sombre encore… Elle m’avait fait ouvrir les yeux sur ce que je vivais, sur comment je vivais, avec ces souvenirs, ces spectre du passé que je refusais d’oublier. À trop vouloir les oublier, je vivais en fait parmi eux, en feignant de m’en rendre compte.”


Une grande inspiration, un clignement des yeux nerveux, sa main qui se refermait sur un coussin, comme pour encaisser une douleur qui cette fois-ci n’était pas physique.
Son regard aux reflets ambrés finit par se figer sur la prêtresse une nouvelle fois, suivi d’une nouvelle inspiration.

“Pour vous c’est les étoiles, ou le vent. Et les dieux savent que ce sont aussi mes seuls repères depuis qu’elle n’est plus là. Je pense que c’est cela. Comme si on m’avait retiré l'amarre qui m'empêchait de me perdre dans les flots sombres et profonds du passé, des regrets. Cette ancre qui me permettait de regarder au loin, vers le futur, plutôt que derrière moi. La perte de mes proches fut aussi douloureuse qu’elle me rapprocha de ma foi et du Trimurti. Je sais que sans cela je serais déjà devenu fou. Aujourd’hui, je n’ai plus que les dieux, car elle est loin, elle. J’aimerai aller la voir, mais cette ville à besoin de moi. Des gens compte sur moi, et je dois tenir la promesse que j’ai faite à mon père. Rendre nos terres plus belles, plus grandes, rendre notre peuple plus fier, plus heureux.”

Ses paupières tombèrent sur son regard qui devenait peu à peu humide, au fur et à mesure de ses paroles.

“J’aimerai tant qu’elle puisse revenir près de moi. Je pense qu’elle est là la solution… l’unique solution.”

Chacun de ses mots, chacune de ses expressions semblaient criantes de sincérité. Comme une braise qu’il n’osait tenir de peur de se brûler. Il vidait son coeur. En avait-il besoin ? Faisait-il aveuglément confiance à Anastasie ? Les deux, sûrement.

Mais la douleur était passé, les crampes s’évaporaient, alors la place étaient maintenant aux souffrances du coeur.

Il avait bien entendu l’invitation aux questions d’Anastasie, mais il l’avait pour l’instant mise de côté.

“Voilà ce que je peux vous dire sur mes souffrances, mes peines, mes inquiétudes. Je n’ai pas peur, simplement mal. Voilà l’estime que je vous porte, celle de vous confier toutes ces choses que je ne confierait à presque personne dans ce palais. Vous savez bien des choses sur moi. Je… c’est une preuve sincère de cette confiance que je vous accorde, alors si vous en avez envie, vous avez toute ma confiance. Je ne me permettrai pas d’être l’interrogateur de choses enfouis en vous. Mais si le coeur vous en dit, je serais l’oreille qui écoute ces douleurs.Ni moi ni rien d’autres ne vous obligeront jamais à raconter quelque chose que vous souhaitez garder enterrer au plus profond de vos souvenirs ou de votre coeur.”
Re: Nuit noire. ─ Mer 22 Aoû - 11:08
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Anastasie avait toujours été plus douée pour écouter que pour se confier. La fonction l'exigeait : on ne voulait pas entendre une prêtresse se plaindre, on voulait au contraire qu'elle sache écouter et consoler les âmes en peines. Combien de fois Ana avait-elle dû trouver les mots pour soulager quelqu'un de son deuil ou de sa douleur ? C'était toute sa vie. C'était tout ce qu'on avait toujours attendu d'elle, et c'était tout ce qu'elle avait toujours voulu faire. Voilà sans doute pourquoi elle préférait attendre les questions plutôt que de tout livrer, comme le baron le faisait. Il était difficile de savoir que dire quand on n'en avait pas l'habitude. Et comme, en plus de tout ça, l'histoire était fort longue...

Elle sentait bien, au fil des mots d'Ysomir, qu'il devenait nerveux. Quand elle aperçut sa main serrer avec force un coussin, comme si cela évacuerait la tristesse ou la douleur plus vite, Anastasie s'approcha lentement de lui sur la banquette. Elle posa tout doucement une main sur celle du baron et lui adressa un sourire aussi doux que triste. Anastasie espérait ne pas se montrer trop intrusive, mais que pouvait-elle dire ? Rien. Il fallait attendre d'abord que le seigneur ait terminé, qu'il ait laissé partir tout ce dont il avait besoin de se soulager. Ana ne coupait jamais la parole à qui que ce soit. Il était important de laisser du temps à chacun, en particulier quand il acceptait d'ouvrir son cœur.

-Je suis touchée, seigneur, et comme je vous l'ai promis votre confiance ne sera pas trahie.

Il avait parlé avec tant de sincérité, qui n'aurait pas été ému de cette confession ?

Je suis heureuse de savoir que quelqu'un réussit à apaiser vos tourments. Je prierai pour votre réunion, et... Vous pourrez toujours compter sur moi, je vous le promets également.


Elle n'avait personne, elle. Peut-être Florimond, son si cher ami, mais elle n'aurait jamais le courage  de l'ennuyer avec ces histoires et encore moins dans ses lettres. Ses amis se faisaient bien rares ici, et ceux qu'elle avait en Terresang lui semblaient désespérément lointains. Zaël, qui avait disparu sans laisser ni traces ni nouvelles... Et tous les autres, auxquels elle tenait, mais qui ne pourraient ni lire ni répondre à une quelconque missive qu'elle enverrait.Quant à quelqu'un qui serait plus qu'un ami... Sa famille l'avait probablement oubliée, et même si ce n'était pas le cas cela ne changeait plus rien à présent, et il n'y avait vraiment aucun prétendant à des kilomètres.

Ana se sentait tout de même gênée. Comment pourrait-il croire à cette promesse si elle ne faisait pas un pas vers lui également ? Jusque là, elle avait été là pour lui, oui, du moins autant qu'elle l'avait pu. Mais pour que la confiance dure il fallait qu'elle soit réciproque, ce qui était bien évidemment le cas, mais surtout que les deux concernés le sachent et en soient convaincus. La prêtresse se sentait bien obligée de raconter quelque chose, en réponse aux confidences du baron, mais par où commencer ? Que dire ?

Vous êtes bien plus courageux que moi, seigneur, ça ne fait pas de doute. Je n'ai jamais combattu, moi, et pourtant je suis aussi abîmée.Vous avez mal, et moi j'ai peur.
 Elle retira sa main de celle du baron, mal à l'aise. Elle cherchait ses mots. Vous avez trouvé les mots pour décrire ma situation, je trouve, j'ai... Enfoui des choses. Peut-être que c'est cela qui les retient dans mon esprit.

Un rire particulièrement nerveux échappa à Anastasie, qui ne manqua pas de s'en excuser à de nombreuses reprises et d'un air confus.

-Je sais que vous les avez vues. Les cicatrices. Vous n'avez rien dit, je vous remercie...

Elle laissa un silence s'installer, avant de se décider à remonter ses manches pour observer les traces et laisser peut-être le baron les voir un peu mieux.

-Quand je voyageais jusqu'ici, un soldat les a vues. Il a dit... Il a dit que... Que c'étaient des marques de forçat. Que je m'étais sans doute échappée et que...J'avais probablement tué une prêtresse pour prendre sa place. Je...


Anastasie sentit les larmes se mettre à couler sur ses joues.

-Je suis désolée.

Désolée de ne pas réussir à tout dire, à tout expliquer, à tout partager avec cet homme qui avait ouvert son cœur devant elle. Elle le connaissait si tant et si peu à la fois. Mais la honte, la timidité, la pudeur, la peur et la douleur... Voilà qui la retenaient de tout dire. Elle n'avait pas expliqué d'où lui venaient ses marques. C'était trop dur pour le moment. Elle n'avait pas expliqué cette nuit horrible en prison, ces gens torturés sous ses yeux, l'accord passé avec le soldat. C'était trop dur et elle paraissait de paraître bien trop idiote et ridicule. Elle parlait à un guerrier. Il ne pouvait sans doute pas comprendre sa terreur, lui qui avait passé sa vie à combattre. Alors la prêtresse tâcha de sécher ses larmes sans rien ajouter.


Re: Nuit noire. ─ Sam 1 Sep - 9:44
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“Je suis le baron de ce domaine, certes, mais je ne suis ni au dessus des lois, ni au dessus des  dieux. Par quel droit me serait-je permis de vous interroger sur ses cicatrices ? Oui, je les ai vu. Tout le monde à ses cicatrices, ses blessures, mais toutes ne sont pas visibles. Les vôtres sont au poignet, les miennes sont enfouis au plus profond de moi même. Ironique pour un guerrier… non ?”

Lorsque la demoiselle commença à s’affaiblir et à laisser couler les larmes, le baron se redressa lentement, prenant son souffle. Puis ses doigts vinrent froler cette joue humide, afin d’en faire fuir les larmes qui y perlait.

“Vous êtes bien plus courageuse que la plupart des gens de ce monde Anastasie… ne laissez pas les propos d’un soldat aviné vous faire du mal. Ce genre de pic stupide devrait venir se briser sur vous comme les vagues sur les rocher. Vous n’avez aucune raison de vous sentir faible, coupable, ou fragile. Vous êtes forte. Bien plus que vous ne l’imaginez. Je le sais, je le sens.”



Un doux sourire se dessina sur les lippes du baron, qui essuya d’un revers du pouce les dernière larmes sur ses joues. Un geste tendre, protecteur.

“Votre foi est inébranlable, et croyez moi, c’est une des plus belles qualités qu’il soit. Aux yeux extérieur je peux paraitre excentrique, paradeur ou fou. Mais sachez que j’ai hérité de mon père ses instants de réflexion, d’analyse. J’ai toujours su cerner les gens, et je vous le répète, vous êtes une âme forte Anastasie. Une personne forte et puissante. Ce n’est peut être pas à coups de flamberge que vous vous exprimez, mais croyez moi, vous êtes une personne exceptionnelle.”

Les dernières larmes séchées, il revint s’appuyer contre la banquette en laissant échapper un léger soupir de satisfaction.

“Et si je dois faire un excès d’autorité ridicule pour ce soir, c’est de vous interdire d’en penser autrement.”

Son regard s'égara quelques instants sur les cicatrices d'Anastasie, quelques secondes, puis un soupir vint, retenant une douleur de crampe qui le relancait.



“Vous l’avez vu ce soir, nous avons tous nos faiblesses, nos secrets. Alors ne vous pensez pas plus faible qu’autrui. Je suis persuadé que vous êtes encore plus forte que moi, au plus profond de vous.”

“Ne baissez jamais les bras Anastasie, ne faites pas la même erreur que moi. Sans elle, je ne m’en serait sans doute jamais rendu compte.”
Re: Nuit noire. ─ Sam 1 Sep - 15:32
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Ysomir ne pouvait pas savoir. Il présentait les choses comme si Anastasie se plaignait d'une simple remarque déplacée, sans se douter sûrement qu'on l'avait arrêtée et enfermée sur cette supposition. Comment aurait-il pu se douter que ce soldat avait été jusqu'à torturer deux brigands devant elle dans l'espoir qu'elle craque et avoue un méfait qu'elle n'avait pas commis ? L'entendre parler de courage et de force devenait tout simplement ridicule. Il pensait qu'elle se plaignait d'une remarque idiote d'un homme saoul et prenait la peine de lui dire qu'elle était courageuse ? Il ne pouvait que se moquer d'elle. Alors, malgré la douceur de son geste quand le baron essuya ses larmes, le coeur d'Ana s'alourdit et se referma presque. Elle avait voulu lui raconter mais elle avait échoué et ils ne s'étaient pas compris. Elle aurait dû en dire plus, ajouter des mots et des explications, mais elle en avait été incapable. Et maintenant elle ne pouvait que sécher ses larmes de son mieux, et faire une croix sur la compréhension qu'elle avait cru pouvoir trouver pour le moment. Elle n'avait pas le courage de lui expliquer qu'il n'avait pas compris, et que c'était bien plus qu'une simple pique ou un problème de susceptibilité. Quelle piètre image il devait avoir d'elle, pour imaginer qu'un simple mot d'un inconnu pouvait la heurter avec tant de violence ! Elle ne savait pas ce qu'elle devait conclure de tout cela. Ysomir restait gentil, mais il pourrait lui répéter en boucle ce qu'il venait de dire pendant des heures, elle ne le croirait pas plus. Une personne exceptionnelle ? Elle soupira en entendant ces mots. Non, elle n'avait rien qui sorte de l'ordinaire. Aucun courage enfoui à l'intérieur. Il n'y avait là qu'un amas de viande trop tendre pour ce monde. Elle aurait voulu lui demander sincèrement de ne pas se moquer d'elle mais ses quelques mots sur l'usage de son autorité l'en empêchèrent. Anastasie se sentait bien mal à l'aise et bien seule, alors même que le baron était là. Quelque chose s'était brisé.
Elle savait, elle sentait qu'il la regardait. Qu'il regardait ses cicatrices. Elle ne le cacha pas, c'était trop tard et inutile, mais elle ne dit plus rien à ce sujet. Ce serait trop dur, et elle craignait trop d'entamer une autre explication qu'elle n'aurait pas la force de terminer. Il serait bien douloureux que le baron se méprenne par sa faute une seconde fois. Car tout était bien de sa faute à elle, et si elle avait su trouver la fameuse force dont il ne faisait que parler elle ne serait sans doute pas là à geindre d'un air pitoyable. Elle s'en voulait tellement...

 - Je ne baisse pas les bras.  


Malgré la voix mal assurée et faible de la prêtresse on sentait une étrange fermeté dans ces quelques mots. Les dieux comptaient sur elle, autant que ses semblables, et elle ne pouvait pas les abandonner. Elle aurait beau souffrir plus que quiconque, elle ne se résoudrait pas à laisser tomber parce qu'elle n'en avait pas le droit ni même le possibilité. Ce n'était même pas une force, c'était simplement être trop têtue et ne rien avoir d'autre dans sa vie que la foi. Ysomir, il avait cette "elle" qui était venue donner du sens à sa vie et lui apporter un réconfort dont il avait eu besoin. Mais Anastasie n'avait personne. Pas de famille, pas d'amis en Valacar, pas le courage de tout dire dans une lettre à ceux qui auraient pu en recevoir. Alors elle ne pouvait que continuer à avancer en traînant ses chaînes et en priant les dieux pour qu'un jour elles s'allègent.

 - Je suis désolée de vous avoir ennuyé avec mes menus problèmes,
dit-elle après un instant de silence.  

Ses problèmes étaient loin d'être "menus", sauf peut-être dans son esprit, mais elle avait vraiment le sentiment de s'être bien trop plaint et comme elle n'en avait pas retiré le réconfort qu'elle aurait souhaité, elle le regrettait. Le baron était protecteur et sans doute bienveillant, mais elle n'avait ni la force de poursuivre ni celle de recommencer.

 - Je n'ai personne pour tenir le rôle que cette femme tient pour vous, mais ce n'est pas grave,
et on sentait bien qu'elle ne le pensait pas tout à fait quand elle dit, parce qu'Ana avait toujours voulu être entourée de gens qu'elle aimerait et qui l'aimeraient et que ça n'avait jamais vraiment été le cas depuis qu'on l'avait abandonnée. Les dieux me guident, alors ça ira. Ne vous inquiétez pas pour moi.

Elle espérait que cela suffirait à signifier qu'elle ne souhaitait plus parler de ses tourments. Elle était bien gênée et se sentait inutile. Le baron avait l'air d'aller mieux, il pouvait marcher seul et n'avait pas eu l'air de souffrir de la moindre crampe depuis un moment.

 - Comment vous sentez-vous ?


Voilà une question qui la ramenait en terrain connu: écouter, débarrasser les autres de leurs souffrances et taire les siennes. Malgré la fatigue c'était toujours le plus simple.


Re: Nuit noire. ─
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