Nuit noire.
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Re: Nuit noire. ─ Dim 16 Sep - 13:23
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Ysomir semblait complètement perdu. Qu’avait-il dit ? Qu’avait-il fait ?

Il inspira.

Tout l’air qui gonflait ses poumons jusque là semblait s’échapper comme dans un ballon percé, il avait perdu son assurance, sa confiance, sa présence. Tout comme un ballon percé, il se tassa. Il n’était déjà pas en grande forme et on l’avait vu plus présentable, mais la culpabilité l’accabla et il s'enfonça un peu plus dans la banquette.

Il venait de la blesser. Il le savait, il le sentait, et le souffle lui manquait tant il se sentait mal. Il avait voulu lui prouver qu’il était là pour elle, qu’il voulait l’aider et qu’elle était forte. Il n’avait voulu que son bien, la rassurer, l’apaiser, lui offrir un soutien, une épaule sur laquelle s’appuyer.

Mais il avait fait tout l’inverse. Comment ? Il n’en savait rien.

Était-ce ses maux qui le rendait si maladroit ? Comment avait-il pu faire autant fausse route ? Il s’était attaché à Anastasie, c’était une jeune femme droite et bonne. Il s’était attaché à elle, au bien qu’elle représentait, au bien qu’elle offrait autour d’elle. Un modèle de bonté. Mais en voulant lui montrer son attachement et sa confiance il l’avait terriblement blessée. Elle pouvait soutenir l’inverse, Ysomir le sentait.

Il pris une nouvelle inspiration, et n’osait plus rien dire.

Ses paupières se fermèrent et il tenta de dire quelques mots, ses lèvres tremblotèrent, puis un murmure tout juste audible s’en échapa, tout juste soufflé.

“Je… je ne voulais pas vous blesser… ni vous attrister… je vous demande pardon.”

Aucun mot de plus ne semblait pouvoir être prononcé par le baron qui faisait peine à voir dans un tel état.


Lorsqu’elle demanda comment il allait, il ne parvint même pas à répondre, ou alors il ne voulait pas répondre. Parce qu’il se sentait mal. Mal d’avoir blessé une personne chère.

Tremblotant, transpirant, presque recroquevillé sur son coin de banquette. On aurait dit un enfant qui ne savait pas pourquoi on le grondait. Il semblait si fragile tout à coup, brisé, seul. Le grand baron arrogant devenu un jeune chaton perdu, triste nuit.
Re: Nuit noire. ─ Dim 16 Sep - 18:07
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Il y eut un moment de silence. Anastasie se sentait toujours aussi mal, perdue entre sa culpabilité pour laquelle elle ne pouvait blâmer personne d'autre qu'elle, et le sentiment de solitude qui découlait de sa faute, ou plutôt de sa faiblesse. Le baron ne répondit pas à ses quelques mots, ce qui ne fut pas pour la rassurer du tout, et elle craignit en plus de tout de l'avoir blessé à son tour par le peu de reconnaissance qu'elle avait montré face à ses compliments. Elle entendit la profonde inspiration d'Ysomir et tourna doucement la tête vers lui. La faible lumière de la flamme l'éclairait en vacillant, et la prêtresse vit ses lèvres tremblantes et ses paupières fermées.

Il semblait si mal qu'elle en fut bouche-bée. Lui qui avait parlé sans aucun problème juste avant, lui qui avait soutenu avec intérêt qu'elle possédait des qualités et du courage... Peut-être s'était-elle trompée en imaginant qu'il allait mieux ? Ou était-ce un contre-coup de l'énergie qu'il avait mise dans sa réponse précédente ? Ana se sentait presque responsable de son état à présent. Il s'était donné du mal et n'avait rien reçu en échange. Elle l'avait fait gâcher sa force. L'inquiétude lui tordit le ventre assez fort pour qu'elle ne songe plus à sa tristesse un instant, et elle aurait aimé pouvoir lui intimer de se taire lorsqu'elle entendit le murmure si faible qui réussit à se glisser hors de ses lèvres.  Ses excuses alourdirent encore le cœur d'Anastasie. Elle avait l'impression d'avoir fait tant de mal, à quelqu'un de si bienveillant...

-Ce n'est sans doute qu'un malentendu, et c'est à moi de vous demander pardon. Vous ne pouviez pas vous douter.

Elle n'avait pour autant pas la force de lui détailler les choses ou de les lui expliquer plus clairement, et il faudrait qu'il se contente de cette phrase pour le moment. Mais elle n'obtint jamais de réponse sur son état de santé et ce fut sans doute ce qui l'inquiéta encore un peu plus. Elle attrapa le bougeoir et s'approcha doucement du baron qui s'était recroquevillé dans un coin de la banquette au milieu des coussins. Elle dévisagea un instant son corps tremblant, poisseux, elle observa l'expression de son visage et sa position. Il n'aurait pas aimé qu'elle ait pitié, Ana le savait. Mais le pauvre, tout de même... Elle posa sa main sur l'épaule d'Ysomir avec toute la douceur du monde, malgré la fatigue qui rendait ses gestes moins assurés et moins précis.

-Monseigneur ?
Appela-t-elle presque dans un murmure à son tour.

Elle ne put pas s'empêcher de s'approcher jusqu'à pouvoir réarranger les coussins sur lesquels reposait le baron, afin de l'aider à se mettre dans une position plus confortable. Sans un mot, elle le fit bouger en déplaçant doucement ses genoux pour éviter qu'il ne reste recroquevillé, ce qui ne l'aiderait pas à respirer et ne calmerait sans doute pas non plus ses tremblements. Il avait dit qu'il pouvait marcher mais elle l'avait soutenu, et elle avait presque l'impression de l'avoir négligé ensuite. Un air inquiet avait repris place sur son visage épuisé. En tâtonnant parmi les très nombreux coussins elle finit par en choisir un qui semblait plus rigide que les autres, et plus petit. Toujours en silence, la prêtresse s'installa carrément à côté d'Ysomir et entreprit de lui faire un peu de vent à l'aide du coussin. C'était sans doute bien peu, mais toujours mieux que rien au milieu de cette nuit à la chaleur oppressante.

-Est-ce de la fatigue, ou de la douleur ?
Finit-elle par lui demander, cherchant à savoir de quoi pouvait bien être victime le baron. Si c'est trop difficile, ajouta-t-elle en se rappelant de ses lèvres tremblotantes un peu plus tôt et la peine qu'il avait pris à lui répondre en pleine crise quand elle était arrivée, ne dites rien.


Re: Nuit noire. ─ Ven 12 Oct - 13:19
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“Vous savez que je ne veux pas de pitié Anastasie, et vous savez que je n’en ai pas non plus.”

Il se redressa légèrement en esquissant une grimace, les muscles tendus et la peau toujours humide. Il refusait, même au fond du trou, lorsque rien n’allait, d’avoir si piètre allure. Comme si cela surpassait tout le reste, il se redressa pour retrouver une position digne de lui.

Il étouffa un grognement d’insatisfaction.

“Je ne voulais pas vous blesser, ni vous faire culpabiliser, ou je ne sais quoi… j’étais juste sincère.. et amical.”

Ses yeux restèrent fixé sur la flamme de la bougie, qui éclairait à peine autour d’elle.

“Je voulais juste ne pas être seul…”


Ses yeux se clorent et il prit une grande inspiration. Le genre d’inspiration qui vise à apaiser, à calmer, ou à reprendre son souffle après avoir dit quelque chose de dur à avouer.

“Et pour vous… répondre. Je n’ai plus aussi mal, même si la douleur reste présente.. j’ai surtout la très désagréable sensation de froid, puis de chaud, comme si je passais des frontière du nord à ici régulièrement. Tantôt glacé, tantôt brûlant. C’est.. déstabilisant. Je hais être vulnérable.”


La nuit était toujours aussi sombre, et les gouttes de sueur perlant sur le front du baron ressemblaient à de minuscules diamant à la seule lumière de la bougie de la prêtresse aux cheveux de feu.

“J’aimerai réussir à dormir.. je dois mener un duel amical contre mon lieutenant dans deux jours, et je n’ai pas intérêt d’être dans cet état.. il progresse vite.”



Un soupire s’échappa de ses narines, mais un très faible sourire vint saisir ses lèvres. Un sourire calme, et doux, celui d’un homme fier, sans doute de cet homme dont il parle.

“Il progresse bien plus vite que ce qu’il m’a été donné de voir à vrai dire.. Mais bref… je m’égare.”


Son regard brun fit réaparition, et il semblait presque doré à la faible lumière de la bougie, cela rendait les iris du baron encore plus percante qu’à l’habitude.

“Ne vous tracassez plus pour moi, je pense que la crise est passée, je vais me reposer et je prendrais un bain glacé demain, je pense que c’est ce que je peux faire de mieux… non ?”


Le doute était rare chez le baron.. cela ne faisait que très rarement partie des tons qu’il employait à l’habitude, surtout le fait qu’il s’agisse d’un questionnement destiné à Anastasie. Il lui demandait conseil, simplement, ce qui était assez rare pour être noté.
Re: Nuit noire. ─ Ven 12 Oct - 14:55
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-Ce n'est pas de la pitié !
S'exclama-t-elle assez fort pour que ce soit presque surprenant de sa part. Je m'inquiète pour vous, voilà tout, parce que je vous apprécie.

Il n'était pas dans les habitudes de la prêtresse de parler si ouvertement de ses sentiments, même amicaux. Elle était d'une nature timide et n'osait que rarement dévoiler sa pensée quand celle-ci ne concernait pas un savoir sûr qu'on lui aurait transmis, comme en matière de religion ou de médecine. Ses joues étaient un peu rouges et elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle s'était peut-être montrée un peu hardie d'oser dire les choses ainsi. Le baron lui avait fait une très bonne impression : celle d'un homme pieu et combatif, attentif et bienveillant.

-Vous n'êtes pas seul,
répondit tout doucement Anastasie lorsqu'il lui avoua que c'était ce qu'il avait cherché à fuir.

C'était peut-être un reproche, peut-être voulait-il dire qu'il aurait apprécié qu'elle se confie à lui autant qu'il l'avait fait. Ana ne savait pas trop. Ce n'était pas par manque de confiance qu'elle n'avait pas réussi à expliquer ses problèmes. Certes, ils se connaissaient depuis relativement peu de temps, mais elle avait bien senti qu'il saurait conserver un secret sans la juger. Et encore, ce n'était même pas le secret de la chose qui l'avait retenue. C'était juste... Trop difficile. Trop douloureux. Alors elle se contenta d'écouter ce qu'Ysomir lui disait, et un sourire naquit sur ses lèvres en même temps que lui. Il était impossible de ne pas entendre et sentir ce petit éclat de fierté, ce petit quelque chose qui signifiait que ce fameux lieutenant était sans doute le fruit de nombreux entraînements auxquels le baron n'était pas étranger. Ana ne se souvenait pas très bien – en partie parce que les arts militaires lui étaient tous plus étrangers les uns que les autres- mais elle songea qu'il s'agissait peut-être de la personne qu'elle avait aperçue à son arrivée. Elle allait poser la question, heureuse de trouver un sujet plus léger au sujet duquel converser, mais le baron mit fin à ce qu'il qualifia « d'égarement », et la prêtresse ne dit donc pas un mot pour le moment.

“Ne vous tracassez plus pour moi, je pense que la crise est passée, je vais me reposer et je prendrais un bain glacé demain, je pense que c’est ce que je peux faire de mieux… non ?”

Ana comprit le message : elle en avait assez fait et il était tant de le laisser tranquille sans l'importuner davantage avec cette sollicitude et cette inquiétude qu'il prenait pour de la pitié. Le doute était néanmoins surprenant. Le baron avait toujours fait preuve d'une assurance impressionnante, même quand il s'attendait à ce qu'Ana puisse l'aider et le remettre sur pieds. L'entendre poser une véritable question au sujet de ce qu'il devrait faire montrait bien que le pauvre devait souffrir bien plus de ces crises qu'il ne l'avait laissé entendre, du moins c'est ce qu'en pensa Anastasie.

-Je ne pense pas, monseigneur. Vous risqueriez de vous rendre malade... Mais quand j'aurai pu me reposer, je vous préparerai quelque chose qui pourra vous soulager, du moins je l'espère. En attendant, eh bien... J'ai cru comprendre que vous voudriez profiter d'un peu de tranquillité, alors je vais peut-être me retirer,
prévint-elle avec la même douceur, loin de prendre sa demande pour un affront.

Elle reposa le coussin avec lequel elle n'avait pas cessé d’éventer le baron avec les autres, et un sourire gêné prit place sur son visage.

-Si vous avez besoin de moi je ne serai pas très loin, n'hésitez jamais à m'appeler, vous avez bien vu que je vous entends...
Le sourire s'agrandit un peu mais elle détourna les yeux, mal à l'aise. Avez-vous besoin de quelque chose, avant que je parte ? Est-ce que vous voulez que je vous accompagne jusqu'à votre lit ? Ou que je vous laisse la bougie ?

Elle regretta un peu sa dernière proposition quand elle songea qu'elle devrait traverser les couloirs dans le noir, mais pour une fois rien ne parut sur son visage. C'était le grand retour de sa bienveillance et de son attention envers les autres, celle qu'elle n'aurait jamais pour elle-même.


Re: Nuit noire. ─ Hier à 19:33
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Il resta assit sur la banquette, mais tenta de se redresser un minimum.

“Besoin de tranquillité je ne sais pas… mais je commence à fatiguer, et les douleurs se sont calmées. Et, je ne voudrais pas vous demander trop de temps.”

Les douleurs avaient beau avoir presque disparu, il ressentait encore la crispation de ses muscles, qui l'empêchaient notamment de reprendre pleinement sa respiration.

“Je suis navré si je vous ai blessé tout à l’heure… je suis encore quelque peu ailleurs, les douleurs brouillent mes sens, même si cela ne m’excuse en rien.”

Il essaya de prendre pleinement son souffle mais ses muscles crispés le firent tousser. Plaquant son poing contre sa bouche, il tenta de ne rien laisser transparaître de la douleur qui l’atteignait encore.

“Vous… vous êtes une personne en or Anastasie, et je le pense sincèrement. Merci pour tout ce que vous faites pour Aquila, et… merci pour ce soir, je ne sais pas dans quel état je serai sans vous.”

Ses iris restèrent fixés sur la prêtresse alors qu’il reprenait lentement le souffle que la toux venait de lui voler.


“Je crois que je vais rester dormir sur le balcon. Merci infiniment Anastasie. Que les trois veillent sur vous.”
Re: Nuit noire. ─
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