Les blessures ça fait mal, mais être amoureux c'est mieux.
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Les blessures ça fait mal, mais être amoureux c'est mieux. ─ Mar 16 Oct - 18:07
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Les gardiens étaient rassemblés au nombre de 10 autour de l’aire de duel, près des haies bien taillées. Ils étaient droit et silencieux,  leur heaume calé sous leur bras et le sourire aux lèvres.

Devant eux, armes au clair, leur lieutenant et son casque à plume, équipé de son pavois aux couleur de Valacar et de son sabre. Son visage était dissimulé derrière le métal de son heaume, mais ses hommes imaginaient très bien son visage sérieux et concentré.

En face de lui, Ysomir portait son armure en cuir moulée, finement ouvragée. Légère et élégante, il la portait toujours pour les entrainement. Il entra finalement dans le cercle, saisissant sa lance sur le ratelier. Il la fit tournoyer quelques brefs instants avant de la faire claquer au sol. Il avait beau être arrogant, lorsqu’il y avait combat à mener, il était d’un sérieux irréprochable.


“Pouvons nous commencer Lieutenant Aldana ?”


“Quand vous voulez commandant.”

A peine eut-il terminé sa phrase que la lance du baron s'élança vers lui, venant heurter volontairement son bouclier.


“Les ennemis n’attendront pas que vous soyez prêt Lieutenant ! Du nerf !”

Aldana avait l’âge qu’aurait eu Eomir s’il n’avait pas été tué, ils avaient donc suivi le même enseignement. Mais Ysomir avait commencé plus jeune, il avait dédié sa vie au combat et au destin de commandant Valarien qui lui était promis. Lorsqu’il avait été nommé baron, Ysomir avait choisi de nommer Aldana Lieutenant, car il avait une confiance aveugle en lui. Et depuis, une fois par semaine, ils s'entraînaient, souvent sous les yeux des autres gardiens de l’Aube qui tentaient de comprendre chaque passe et échange des deux amis.

Le combat se poursuivit. Aldana jouait de son pavois pour parer le baron qui lui esquivait chaque coup, ou le déviait avec le manche de sa lance. N’importe qui ayant assisté à ce combat aurait pu témoigner de la rigueur de chacun de leurs gestes, de leur précision.

Là où le lieutenant possédait une défense sans faille, Ysomir faisait preuve d’une vitesse et d’une agilité rare. Les coups volaient, le métal s’entrechoquait dans un combat qui aurait presque pu paraître chorégraphié.


“Du nerf Lieutenant !”

La voix du baron était essoufflée et forte, pleine d’adrénaline. La sueur perlait sur son front, le soleil accablant de Valacar n’aidant pas au repos en plein combat.

Et c’est justement ce soleil qui fit commettre une erreur à Ysomir, il fut éblouit par le reflet d’un de ses rayons, sur l’armure d’un de ses gardiens. Une seconde de désorientation qui lui valu de se faire choquer par un estoc au bouclier qui le fit basculer au sol.


Le cuir eut beau amortir le choc contre la pierre blanche, cela n’empécha pas son genou de se tordre dans une position assez peu naturelle. Un craquement eu sans doute été audible, mais il fut couvert par le son métallique de la lance tombant au sol, très rapidement suivit par le râle de douleur d’Ysomir qui ne put rien faire à part subir la douleur émanant soudain de son genou.

“Bordel de…”


Un nouveau râle suivit lorsque instinctivement, il forca pour remettre sa jambe dans une position normale, le visage tordu par une grimace douloureuse.


Les armes du lieutenant finirent également au sol lorsqu'il ôta son heaume pour s’agenouiller près de son seigneur.

“Commandant ?! Tout va bien ?!”

Saisissant l’avant bras tendu par Aldana, Ysomir se redressa pour pouvoir tâter son genou, le souffle légèrement retenu.

“Tout va bien. Ça va. Ce n’est rien.”

Aldana souffla légèrement du nez en tapotant l’épaule de son ami et seigneur.

“Et bien c’est la première fois que je vous met au sol commandant. Vous pensiez à autre chose.”


Après avoir penché la tête sur le côté pour faire craquer sa nuque, Ysomir se mit à rire doucement lui aussi, se tenant toujours d’une main à l’avant bras de son lieutenant.

“Je crois que je rouille.. Un Valarien aveuglé par le soleil, quel scandale.”

Il se mirent à rirent tous les deux, bien que le souffle du baron semblait évidemment pris de court par son souffle.

Finalement il passa son bras par dessus les épaules d’Aldana qui le soutenu pour qu’il puisse se relever sans poser sa jambe au sol.


Il laissa échappa un nouveau grognement de douleur, s’appuyant solidement sur son lieutenant pour ne pas tomber au sol à cause du vertige causé par ce qui semblait être une blessure plus sérieuse qu’il ne l’avait estimé.

“Aldana..Je.. je crois qu’il faut que je vois mademoiselle Lunétoile…”
Re: Les blessures ça fait mal, mais être amoureux c'est mieux. ─ Mar 16 Oct - 19:26
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Anastasie était d'une humeur plutôt morose ce jour là. Cela lui arrivait souvent quand elle venait à célébrer les funérailles de quelqu'un, peu importe sa condition. Il était toujours difficile de garder sa bonne humeur et son optimisme devant des gens qui souffraient, c'était une évidence, et si Ana s'efforçait de leur indiquer de toutes les manières possibles que ce qui attendait les défunts était beau et qu'il ne fallait pas les pleurer, mais plutôt fêter leur union nouvelle avec les Trois, elle avait souvent besoin d'un moment de calme et de tranquillité, seule avec elle-même, pour passer à autre chose.

Les pleurs et les larmes la hantaient toujours un peu, c'était un fait, même après avoir passé autant d'années à servir Tamas. Comme elle l'avait dit à son plus grand ami quelques années auparavant, elle ne pourrait jamais se faire à la mort de quelqu'un, et le jour où elle ne se sentirait plus obligée de faire de son mieux, et touchée par les malheurs des autres, ce seraient sûrement le jour où toute flamme l'aurait quittée, et où elle ne serait plus une véritable prêtresse. Elle espérait que ce jour serait celui de sa mort.

Assise, dans l'obscurité tranquille du temple où quelques rayons du soleil semblaient faire voler quelques poussière dans l'allée centrale, Anastasie avait les yeux fermés. Elle tenait entre ses doigts fins le mâla que son ami lui avait confié, et les phrases de prières se succédaient une à une dans son esprit, se glissant parfois jusqu'à ses lèvres pour s'en échapper dans un murmure. Souhaiter encore une fois le meilleur au défunt, dans la quiétude tranquille d'un temple presque désert, au milieu de la chaleur valarienne. La porte ouverte laissait passer les bruits de l'extérieur, mais ils étaient plutôt rares dans l'enceinte de la citadelle. Il y avait parfois des échos lointains d'armes entrechoquées, des bruits de pas de quelqu'un qui passait devant, le chant d'un oiseau. Mais Ana n'écoutait pas, tournée tout à fait vers les dieux.

Il fallut un raclement de gorge, suivit d'un appel, pour qu'elle ouvre les yeux et tourne la tête en direction de l'entrée.

-Ma mère ?

La lumière vive, dans le dos des silhouettes qui se tenaient là, ne lui permit pas de les reconnaître tout de suite. La voix aurait pu être un indice largement suffisant, mais la prêtresse était un peu ailleurs et préféra se lever pour aller voir tout de suite de quoi il pouvait s'agir. Quand on venait simplement prier on n'avait pas besoin d'attirer son attention, ce qui suffisait à l'intriguer quand on prenait la peine de l'interpeller, et il n'était pas du tout dans ses habitudes de mépriser qui que ce soit au point de l'ignorer sciemment.

Elle approcha doucement, ne se doutant pas le moins du monde encore de ce qu'on pouvait lui vouloir. Lorsqu'elle fut à côté de la porte, la lumière l'aveugla au point qu'elle doive lever une main et détourner le regard un instant, mais elle finit par s'y habituer à peu près. Reconnaissant alors les deux hommes qui se tenaient là, Anastasie s'inclina avec un profond respect devant le baron.

-Monseigneur,
dit-elle avec sa voix douce mais à peine audible, à cause de l'habitude du silence du lieu. Heureusement, le bruit résonna assez entre les murs pour que cela soit entendu. Elle se racla la gorge avant de poursuivre, se tournant alors vers le lieutenant Aldana. Mon fils, l'appela-t-elle alors.

Anastasie le connaissait un peu. Depuis qu'elle était là, elle ne l'avait jamais vu manquer la moindre célébration et il n'avait pas manqué non plus de venir prier. Ils avaient déjà eu de longues discussions au sujet des Trois, et la prêtresse ne doutait pas un seul instant de la piété et de la gentillesse d'un homme tel que lui. Elle lui avait demandé comment l'appeler, sans trop savoir ce qu'il convenait de faire pour un militaire, et il avait humblement répondu de le traiter comme un autre. Cela avait fait une forte impression à Ana, qui l'appréciait d'ores et déjà sans même le connaître énormément. Il était toujours étrange d'appeler « mon fils » quelqu'un de plus âgé, elle ne se ferait sans doute jamais tout à fait à cet usage là non plus, mais elle voyait toujours avec quel air paisible il accueillait ce titre, et ne songeait pas le moins du monde à en changer.

-Que me vaut votre vis...

Il ne fallut que quelques secondes à la demoiselle pour comprendre la raison de leur visite, et elle ne prit pas la peine de terminer sa phrase. En dehors du fait que le lieutenant soutenait son baron d'une manière qui ne laissait pas de place au doute, elle avait bien remarqué qu'il ne posait pas tout à fait sa jambe à terre et qu'il n'avait pas l'air en grande forme. Elle s'écarta tout de suite de l'entrée. La morosité et la tranquillité qui habitaient Anastasie fondirent aussi brusquement que s'il s'était agi de neige au milieu d'Aquila.

-Je vous en prie, entrez, asseyez vous,
proposa-t-elle d'une voix qui ne masquait pas l'inquiétude qu'elle pouvait ressentir, tout en désignant de la main le banc de bois le plus proche.

Peut-être préférerait-il regagner le palais. Ana ne lui en voudrait pas, mais elle songeait surtout à le laisser tranquille et à éviter à tout le monde la corvée de faire gravir des escaliers au baron tout de suite s'il voulait se rendre dans sa chambre ou dans celle de la prêtresse.


Re: Les blessures ça fait mal, mais être amoureux c'est mieux. ─ Mer 17 Oct - 19:47
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Ysomir ne se fit pas prier et se laissa conduire vers le banc de bois. Il souffla un moment une fois assit, de soulagement.

“Merci Anastasie. Je suis navré de vous importuner pendant vos prières…”


Même si la douleur était présente, le baron accusait le coup et s'efforçait de ne rien laisser paraître. Il portait toujours son armure de cuir, mais c’est Aldana qui tenait le casque de son baron. Il faisait chaud, très chaud, et le combat n’ayant pas aidé, le front d’Ysomir ainsi que sa chevelure blonde étaient trempés.


“Je ne pense pas que cela soit grand chose, mais cela faisait longtemps que je n'avais pas fini au sol lors d’un duel. Et j’ai bien mal chuté. Ma jambe a craquée je crois et… je ne préfère pas bouger le genou vu comment cela tire.”

Anastasie ayant appris à lire un minimum sur le visage d’Ysomir, elle était sans doute en mesure de dire qu’il souffrait, pourtant, le rire qu’il avait partagé avec son lieutenant un peu plus tôt donnait à son visage un air plutôt serein.

Son regard était jusque là posé sur la prêtresse, lorsqu’il lui parlait, mais il finit par observer le temple, autour de lui, sa pénombre et sa fraîcheur. Il ne venait que très rarement en dehors des grandes occasions, il préférait cultiver sa foi au dehors. Le vent, le soleil, la mer, il avait besoin de tout cela pour se sentir proche du Trimurti. Ce n’était pas dans la quiétude et le silence froid de la pierre, c’était dans la vie sauvage, la nature. Sentir le vent iodé, l’entendre, observer le soleil se refléter à la surface de l’eau, brisé par l’écume.
Mais il aimait ce temple malgré tout, il avait quelque chose d’apaisant.
Sa tête tournait quelque peu, il avait mal au genou, mais il était calme. Il se sentait bien, contre toute attente.
Re: Les blessures ça fait mal, mais être amoureux c'est mieux. ─ Mer 17 Oct - 20:37
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-Vous ne me dérangez pas,
répondit-elle avec autant de fermeté qu'elle le pouvait. Le baron semblait avoir l'habitude de s'excuser très souvent, du moins auprès d'Anastasie, et elle n'était que rarement d'accord sur le bien-fondé des dites excuses. Il venait la trouver parce qu'il avait besoin d'aide, tout simplement, et elle aurait bien mal accompli son devoir si elle avait songé un seul instant que cela la dérangeait plus qu'autre chose. Être prêtre c'était être au service des autres, voilà la leçon la plus élémentaire qu'on pouvait recevoir à Nacre.

Dés qu'Ysomir fut installé sur le banc de bois sombre, Anastasie ne se fit pas prier. Elle s'approcha, et sans plus de cérémonies s'agenouilla sur les dalles froides du temple. L'ombre les empêchait de se réchauffer, même lorsque la température extérieure était aussi chaude que ce jour là. La sensation de fraîcheur sur ses genoux la fit presque frissonner.

“Je ne pense pas que cela soit grand chose, mais cela faisait longtemps que je n'avais pas fini au sol lors d’un duel. Et j’ai bien mal chuté. Ma jambe a craquée je crois et… je ne préfère pas bouger le genou vu comment cela tire.”

La prêtresse tenta d'observer le genou du baron, mais sous son épaisse genouillère de cuir il était difficile de se rendre compte de l'étendue des dégâts. Son regard remonta un instant jusqu'au visage d'Ysomir, et Ana n'eut pas grand mal à remarquer que le pauvre homme souffrait malgré ses traits en apparence paisibles. Elle commençait à le connaître, voilà tout, et elle aurait beaucoup aimé lui dire que ce n'était pas la peine de dissimuler sa douleur devant elle, mais elle n'osa pas. Le baron était un guerrier, il avait donc une fierté de guerrier : s'il n'avait pas eu le choix il aurait peut-être laissé paraître sa souffrance mais devant son lieutenant la chose semblait presque improbable au yeux de la demoiselle.

-Attention, cela risque d'être douloureux, j'en suis navrée.

Sans dire un mot de plus, la prêtresse entreprit de délasser la protection d'Ysomir pour voir de quoi il pouvait s'agir exactement. Ses mains s'acquittèrent de cette tâche avec leur douceur coutumière, mais surtout avec une dextérité qui aurait pu en surprendre plus d'un. Elle ôta la pièce de cuir sans la moindre hésitation ni la moindre difficulté, tout simplement parce qu'Ysomir était bien loin d'être le premier guerrier à devenir son patient et que l'habitude avait fini par l'emporter. La prêtresse sentit le regard curieux d'Aldana par dessus son épaule, mais ne fit pas de commentaire à ce sujet. Mais malgré ses gestes précis il y avait fort à parier que le cuir avait maintenu quelque peu le genou du baron en place, et que l'ôter devait être fort douloureux. Ana fit de son mieux.

Le point positif était qu'il n'y avait pas de fracture ouverte, même si le baron l'avait sans doute déjà compris, mais cela ne suffisait pas pour être sûr et certain du problème. Anastasie soupira néanmoins. La partie la moins amusante s'annonçait. Surtout pour Ysomir.

-Je vais devoir bouger votre jambe et palper votre genou pour savoir de quoi il s'agit exactement,
annonça-t-elle doucement.

Mais comme elle imaginait tout à fait la douleur que ce pourrait être pour le baron, Anastasie se tourna vers le lieutenant qui se trouvait encore là.

-Mon fils ? Savez-vous où se trouve ma chambre ?

Le pauvre homme eut l'air bien surpris de la question. Il était vrai qu'en temps normal, Ana ne l'aurait jamais posée et encore moins aussi directement et en ces termes. Elle aurait probablement rougi si elle n'était pas si concentrée sur le genou de son seigneur.

-Pourriez-vous vous y rendre, et m'en rapporter quelque chose ? C'est une petite fiole, il y a écrit « pavot » sur l'étiquette.


Après tout, le lieutenant savait sans doute lire et il aurait été bien ridicule de perdre du temps à lui détailler plus précisément le contenu. Il s'agissait surtout de donner au baron quelque chose qui l'aiderait à supporter la douleur – s'il acceptait de le prendre – parce que si les suppositions d'Anastasie se révélaient exactes après examen... Le pauvre risquait d'avoir bien mal.[/b]


Re: Les blessures ça fait mal, mais être amoureux c'est mieux. ─ Dim 21 Oct - 18:13
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“Vous pouvez y aller, n’ayez pas peur de me faire mal, je sais endurer.”

Il lui offrit un sourire simple et calme, en profitant pour prendre une grande inspiration.


“Je n’ai pas besoin de pavot, et je préfère savoir assez rapidement ce que j’ai, alors faites, je me reposerai ensuite.”


La douleur ne faisait pas peur à Ysomir. Il ne l’ignorait pas, évidemment, il souffrait comme tout le monde, mais tout comme la peur, il la gardait contenu. Des années d’entrainement acharné. Pour être un soldat, un guerrier, manier les lames et savoir se mouvoir étaient essentiels, mais savoir lutter contre les maux était tout aussi important. Un combattant qui se faisait blesser ne pouvait pas se permettre d’abandonner, de baisser les bras, il devait resté debout, se battre, lutter.


Et puis, connaissant un minimum le baron et sa grande estime de lui, ce n’était pas si étonnant. S’il refusait souvent de se montrer réellement tel qu’il était, il en allait de même pour la douleur. Montrer qu’il souffrait le montrerait vulnérable, et devant son lieutenant, et cela même s’il avaient grandit ensemble, il ne pouvait se le permettre.

D’ailleurs, à force de renfermer les expressions de ses sentiments ou de ses ressentis, à force de les garder enfouit, pour lui même, cela les gommais partiellement. Comme ces dirigeants tyrannique, qui à force de répandre le mal et de semer le chaos, ne se rendait même plus compte de leurs actions. Tout comme ses personnes inconsciente de ce qu’elles gardaient enfouits, Ysomir ne montrait ses faiblesses qu’à de rare personne.


Anastasie en faisait partit, lorsqu’elle l’avait surpris en pleine crise, lors de cette nuit noire et lourde. Il lui faisait confiance, et n’aurait aucun mal a être sincère quand à ce qu’il ressentait, mais au vu de la situation, cette fiole d’opiacé lui semblait optionnel, non nécessaire.



“Faites, ne vous en faites pas pour moi. J’ai l’habitude.”
Re: Les blessures ça fait mal, mais être amoureux c'est mieux. ─ Dim 21 Oct - 19:11
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-J'insiste,
annonça tout simplement Anastasie en tournant à nouveau la tête vers le pauvre lieutenant Aldana qui semblait bien confus face à ces consignes contraires. Au cas où monseigneur Ysomir changerait d'avis.

Il n'en fallut pas beaucoup plus pour que le soldat hoche la tête et accepte la mission que la prêtresse lui avait confiée. Celle-ci, profitant alors d'une véritable intimité avec le baron, reprit donc.

-Je ne pensais pas forcément vous en faire prendre tout de suite. Simplement, j'ai une petite idée de ce dont vous pouvez bien souffrir, et si elle s'avère exacte vous aurez bien besoin d'en être soulagé, je puis vous l'assurer.


Le baron s'imaginait sans doute souffrir cinq minutes, puis profiter d'un bon repos tranquillement dans son lit pendant une heure ou deux et repartir s'entraîner dès le lendemain. Si c'était le cas, il était bien optimiste, et Anastasie avait déjà bien du mal à le croire quand il annonçait qu'il se « reposerait ensuite ». C'était toujours ainsi : les patients promettaient de se reposer, mais quand ils comprenaient l'ennui et l'immobilité que cela leur apportait souvent, ils finissaient par vouloir aller à l'encontre de toutes les contre-indications. Il suffisait qu'on interdise l'équitation à quelqu'un qui n'aimait pas ça pour qu'il se découvre une soudaine passion pour la chose. Ce ne serait pas la première fois. Mais s'il refusait de suivre les consignes, Ana était prête à prendre les paris : combien de temps tiendrait-il avant de tomber dans les pommes ?

Enfin, elle pouvait bien commencer son auscultation. La douleur devrait être vive mais supportable, et suffirait peut-être à lui faire prendre conscience de ce qu'il risquait de vivre. La demoiselle posa très délicatement ses doigts sur le genoux du baron, qui avait une apparence un peu particulière. La rotule paraissait avoir bougé, à moins que ce ne soit autre chose ou qu'il ait simplement beaucoup enflé. Elle allait commencer quand il reprit. Il devait certainement être impatient.

-Eh bien pas moi
, répondit-elle un peu sèchement alors qu'il annonçait avoir l'habitude. Elle l'aurait fait plus gentiment en temps normal, mais le pauvre l'avait un peu coupé alors qu'elle se concentrait. La suite fut largement plus aimable. Il n'est pas dans mes habitudes de torturer mes patients quand on peut leur éviter de nombreuses souffrances, monseigneur. Si vous espérez que j'agisse comme...Elle se tut un peu, frissonnant presque rien qu'au souvenir de l'homme qui avait torturé ses compagnon de cellule sur le chemin pour Valacar, et comme Ysomir commençait à bien la connaître il pouvait aisément remarquer que quelque chose semblait gravement la perturber à cet instant. Comme un bourreau, je ne pense pas convenir et j'en suis désolée : il vous faudra trouver quelqu'un d'autre. Enfin, je vais déjà voir si mes soupçons sont fondés, peut-être est-ce moins grave que ce que je crois.

Elle entreprit de tâter avec le plus de douceur possible, tout en serrant les dents. Ysomir n'aimait pas se montrer vulnérable, elle le savait, mais elle craignait trop tout de même d'entendre sa douleur. La prêtresse n'avait aucune envie de voir encore les visages de ces hommes dont on coupait des bouts de doigts pour des informations ridicules s'imposer à son esprit parce qu'elle entendait quelqu'un souffrir à son tour. L'idée même que le baron choisisse de souffrir au lieu d'être soulagé la plongeait dans une abyme de perplexité.

Elle dut néanmoins appuyer un peu pour comprendre tout à fait ce qui avait bien pu bouger, et essaya de tendre lentement la jambe du baron. Si, comme elle le croyait, la rotule avait bougé, il ne devrait pas être possible de lui faire tendre tout à fait. Aldana ne devrait pas tarder à revenir avec ce qu'elle lui avait demandé, du moins s'il trouvait la fiole en question, mais ce ne devrait pas être trop compliqué étant donné qu'Anastasie avait tout bien rangé jusque là.


Re: Les blessures ça fait mal, mais être amoureux c'est mieux. ─
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