Arnes, le Griffon Rampant
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Arnes, le Griffon Rampant ─ Mar 11 Déc - 13:38
Arnes Folkmer

Arnes Folkmer


“Non, je ne rampe pas”



32 ans
Originaire de Durdinis
Vassalité : Croix des Espines
Statut social : Noble
Son métier : Chevalier


Caractère


200 mots minimum : Afin de vous aider voici un exemple de la manière de procéder :

Établissez une petite liste d’adjectifs (entre 3 et 5) pour caractériser votre personnage, en prenant soin de mettre des qualités et des défauts. Ensuite commencez rédiger. Il faut penser à aborder les points suivants :

- Sa façon de penser,
- Ses expériences traumatisantes,
- Ses manies,
- Ses qualités et ses défauts,
- Ses vices cachés,
- Ses éventuelles folies.... Bref, tout ce qui fait sa personnalité, mais on évitera les clichés So darky.

N’oubliez pas que personne n’est parfait. Et qu’il est toujours mieux de trouver des raisons au comportement de son personnage. Il est méchant ? Très bien. Pourquoi ? Posez-vous ce type de questions. Il a tel trait de caractère, mais a-t-il toujours été comme ça ? A quel moment a eu lieu le changement ? Pourquoi ? Faites un peu de psycho de comptoir, ça n’a jamais tué personne.


Physique


200 mots minimum : Voici ce que l'on attend pour la description physique :

- Taille(n'oubliez pas qu'au moyen âge les gens étaient plus petits qu'à notre époque !!),
- Corpulence,
- Couleur des yeux et cheveux et peau,
- Signes distinctifs,
- La manière de s'habiller, de parler, de marcher

Pensez à développer la manière dont le personnage se voit et celle dont les autres le voit. Est-il séduisant ? Se trouve-t-il séduisant, mais pas les autres ? Est-il beau sans le savoir ? Complexe-t-il pour rien ? Ou pour de bonnes raisons ? Comment s’habille-t-il tous les jours ? Aime-t-il son style vestimentaire ou rêve-t-il de s’habiller autrement ? Toutes ces questions peuvent trouver des réponses.


Histoire


Un bruissement de plus en plus sonore sortit peu à peu Arnes de sa torpeur, le réveillant pleinement lorsqu’il se mua en un claquement métallique. Relevant la tête, Arnes découvrit alors le corps roidi de son compagnon d’infortune, Rulf, étendu sur le côté. Il prit alors conscience que c’était ses chaînes qui avaient fait du bruit, alors qu’il glissait lentement dans la mort. Le garçon d’à peine quinze ans avait finalement succombé à ses profondes blessures, à moins que ce ne soit le froid mordant qui l’ait fait périr. Arnes soupira. Sans doute était-ce les deux à la fois.



Dans le campement thoréen au sein duquel il était retenu prisonnier, les hommes s’affairaient à tout, sauf à s’occuper des captifs. Rulf avait deux lésions atroces à l’abdomen, et s’était battu durant trois jours contre la fièvre et la gangrène, mais personne n’en avait eu quelque chose à faire. Aucun guerrier ne s’était levé pour aller voir de ses yeux les immondes blessures suppurantes. Les Thoréens affichaient le même mépris, la même suffisance qui faisait tourner la tête des vainqueurs. Ils avaient gagné, et les conquis avaient perdu. Ils étaient faibles et ne méritaient aucune pitié. Ainsi allait la vie, en Thorée nouvelle.



Arnes, entravé à son poteau, remonta quelque peu son dos contre celui-ci et gronda un instant. Il avait résisté tant bien que mal au froid, mais ses jours de captivité à manger des racines et boire de l’eau croupie l’avait considérablement affaibli. Même le bétail du camp était mieux traité que lui, qui aurait donné tout pour manger les restes que l’on préférait donner aux porcs. Ses yeux mi-clos étudièrent le campement un instant. Ils étaient tous installés, écaillant du poisson, buvant de l’hydromel, jouant aux osselets ou mitonnant quelque succulent plat. Dire qu’il y a de cela quelques mois, ils auraient rendu gorge à pleine vitesse pour s’être installé sur ces terres. Ses terres. Les terres de sa famille. Nostalgique, à moitié endormi par le froid, son esprit fit abstraction du corps et se mit à vagabonder où bon lui semblait, se remémorant de lointains souvenirs...



Les Folkmer avaient toujours été de bons et loyaux vassaux des ducs durdiniens. Maintes discordes avaient éclaté entre eux, mais ils s’étaient toujours réconciliés avant que le sang ne coule. C’était une époque de mariages, de célébrations, de camaraderie. C’était une petite famille, certes. Mais elle avait toujours eu bonne réputation et avait produit de nombreux chevaliers à travers les âges. Wolder l’Ancien était de ces grands hommes. C’était un roc solide, sur lequel les haches thoréennes s’épuisaient et se brisaient. Une montagne avide de gloire et de grandeur, à qui la vie avait souri. Une magnifique femme, et une myriade de petites têtes blondes pour former sa maisonnée. Toutes blondes ?



Arnes soupira dans l’air glacial. Les gens de maison avaient du mal à garder les rumeurs et les sobriquets secrets. Avec sa tignasse noire et ses yeux gris, certains l’appelaient dans son dos le Mouton Noir. Toute sa famille arborait la même chevelure couleur de blé, excepté lui. Wolder avait attendu quatre jours avant de le reconnaître comme son puîné. Les ragots allaient bon train, et d’aucuns prétendaient qu’il s’agissait d’un bâtard de la belle Gerda, sa mère. D’autant plus qu’un autre noble avait visité le château de Wolder et bu de son hydromel, ce peu de temps avant la grossesse. Arnes balaya ces sombres pensées de son esprit. Les racontars pouvaient répandre leur venin sans mal, car dans son cœur, c’était aux Folkmer qu’il appartenait.



Ce n’était pas l’avis de ses deux aînés, Wolder le Jeune et la grande Brunehaut. Ils s’étaient toujours montrés distants, voire méprisants. Arnes ne trouvait grâce qu’aux yeux de son cadet Hauer, un jeune et timide bambin qui le suivait comme son ombre. Il y avait aussi ses deux autres sœurs, Susanne et Marianne, deux adorables fillettes qui n’avaient de cesse de tourmenter les vieux serviteurs de leurs parents en changeant certains objets de place. Arnes se rappela soudain de ce collier appartenant à la lavandière qu’elles avaient placé sur la couche de l’intendant des cuisines. Se croyant volée en entrant dans la chambre, elle avait demandé à son immense mari de coller la tête de l’intendant dans les latrines. Il avait fallu l’intervention de Wolder et la découverte de toute la farce pour éviter au petit intendant de se retrouver nez à nez avec ce que tous avaient mangé hier soir.



Cette pensée lointaine raviva quelque peu le cœur d’Arnes, qui voguait à présent vers des jours plus heureux. Des jours où il avait fugué du château parce qu’il ne voulait pas devenir prêtre, ou lorsqu’il avait commencé son entraînement à l’épée avec l’oncle Alfred, dit l’Allongé. Il n’était pas particulièrement grand, mais il savait frapper loin et avec force. Arnes l’avait admiré toute sa vie, depuis bambin jusqu’à devenir un homme. Et pourtant, ce rude gaillard l’avait sans doute bien plus frappé et blessé que n’importe quel ennemi sur le champ de bataille. Petit, c’était à force de raclées qu’il avait appris à se défendre. Plus tard, lorsqu’il était devenu solide et avait percé le secret de ses appuis et de son jeu de jambes, le vieil oncle lui avait enseigné à bien frapper. Mais là encore, du plus loin qu’il s’en souvienne, c’était encore avec force qu’il avait été bastonné, au contraire de son frère aîné, pour lequel était réservé un traitement de faveur.



Arnes n’avait jamais méprisé Wolder le Jeune. C’était un érudit bien plus intéressé par la plume que par l’épée, mais dont la malédiction serait d’être à jamais l’héritier d’un grand guerrier. Peut-être était-il moins bon que son frère puîné, cependant, personne ne lui aurait dit. Arnes était celui dont on parlait le moins au sein de la famille, et pourtant celui à qui l’on demandait le plus. Un mélange de respect courtois et de froideur sentimentale s’était installé entre les deux frères. Au moins Wolder n’avait-il pas sifflé d’insulte vile à Arnes, au contraire de l’acariâtre Brunehaut, qui l’avait déjà traité ouvertement de bâtard au détour d’un couloir.



Un Thoréen le tira de ses pensées. Il s’était accroupi près de lui, et avait souri de ses dents taillées dans lesquelles ils aimaient à faire couler un peu de sang pour se rendre plus terrifiants. Le guerrier avait montré le cadavre de Rulf, puis s’était dirigé vers lui, toujours accroupi, pour lui saisir la tête et la tourner vers moi. C’est là que je vis son visage, gris mais serein, qui me fixait de ses yeux vitrifiés par la mort, abandonnés par son âme.



Arnes la sentit soudain poindre, cette bête immonde qui se démenait en lui. Elle tenait de briser les minces chaînes retenant son corps musculeux, ruant dans la cage qu’elle occupait, là, juste sous le cœur. Les ruades en accéléraient le rythme, et le sang endormi se mettait à bouillonner. Arnes dut faire un énorme effort, et effectua calmement les exercices de respiration qu’il avait appris, répétant les mots qu’on lui avait enseigné. La bête ne sortirait pas aujourd’hui, ni devant le corps raidi de Rulf ni devant l’un de ses assassins. Le monstre tapi au fond de son être perdit alors de ses forces, et le cœur reprit ses harmonieux battements, tandis qu’à l’intérieur de la cage commençait à s’assoupir l’animal et son ivresse sanguinaire, comme bercée par la mélodie des inspirations, des expirations et des douces mantras.



Le Thoréen eut l’air déçu quand Arnes rouvrit les yeux et planta son regard dans le sien. Il lâcha le cadavre et se releva, avançant d’un pas vers le prisonnier survivant pour le frapper du revers de sa main. Arnes encaissa avec dignité, même lorsqu’il sentit sa lèvre s’ouvrir légèrement. Il n’en était plus à ça près. Il regarda ensuite le guerrier s’éloigner vers un feu de camp, où trois hommes buvaient sans modération aucune le fruit de leur pillage. Ces sauvages étaient la naissance de tous ses problèmes. La raison pour laquelle tous ses malheurs avaient commencé. Ces païens lui avaient tout volé, tout pris…



Comme ce jour, près du gué des Folles. Des Thoréens s’étaient introduits sur les terres de son père, dont les forces déclinaient à mesure que le temps et la maladie le rongeaient comme un chien sur un os. Diminué mais encore lucide, il décida d’envoyer Arnes et Hauer, fraîchement accolés, mener une expédition punitive. Arnes l’avait vu comme la chance de sa vie, celle qui pourrait prouver à son père qu’il était bel et bien digne de lui, et prouver à sa famille qu’il était un véritable Folkmer. Hauer était ardemment décidé à faire ses preuves lui aussi, et avait expressément fait mander un barde pour accompagner le voyage, afin que leur exploit guerrier soit aussitôt mis en vers par un poète. L’expédition était alors forte d’une dizaine d’hommes choisis par son père. Les rapports disaient que les Thoréens n’étaient plus très nombreux, et que la moitié des leurs était déjà rentrée au bercail.



Ils découvrirent avec horreur que non seulement les Thoréens étaient encore tous là, mais pis encore, leur nombre était deux fois supérieur au leur. Pris sur le fait, ils avaient commis l’erreur des jeunes chevaliers en quête de guerre, et avaient chargé pour la gloire. Ils avaient traversé le gué à pied, et c’est à l’orée d’une forêt qu’ils avaient livré bataille. Une escarmouche vicieuse et sanglante, durant laquelle nombre d’hommes périrent. Le son de l’acier s’entrechoquant et le bruit des mourants éveilla quelque chose au plus profond d’Arnes. Il voyait tout autour de lui les soldats de son père se faire éventrer, et les Thoréens gagner du terrain. Il sentait le danger peser sur lui et sur son frère Hauer, en difficulté. Il n’y avait plus qu’une poignée de braves lorsque la bête s’éveilla en lui. Oh, il avait déjà senti sa présence à quelques reprises au cours d’entraînements un peu trop véhéments, perdant le contrôle pendant quelques secondes à peine contre lesquelles son oncle lui avait bien dit de prendre garde. Ici, en revanche, il n’y avait rien de comparable. La bête n’avait pas fait que s’immiscer doucement dans son esprit comme les autres fois. Elle s’était brutalement saisie de son corps, plantant ses griffes en ses bras, et beuglant à travers sa bouche béante d’immondes blasphèmes.



Arnes avait recouvré la mémoire tandis qu’une fulgurante douleur lui tenaillait les poings. Fermés et sanglants, ils fracassaient impitoyablement le tronc d’un arbre, donc l’écorce était devenue vermeille. Il s’était arrêté tout de suite, regardant ses jointures rougies et ses doigts éraflés. Il n’avait plus d’arme, et l’avait cherchée en tournant le regard. C’est là qu’il avait vu le monceau de cadavres près du gué. Thoréens et Durdiniens étaient à présent égaux dans la mort, massacrés comme du bétail. Il n’y avait pas énormément de Thoréens cependant, et les survivants s’étaient sans doute enfuis. En remontant vers les corps sans vie de ses compagnons, son sang se glaça, et son cœur fut comme transpercé par un pieu ardent, car devant lui gisait Hauer, appuyé contre celui d’un Thoréen mort…



Avec la lame d’Arnes entre les côtes. Par les Trois, qu’avait-il donc fait en ses troubles instants ?



Arnes avait ramené le corps de son frère avec une honte dépassant le plus haut sommet de l’Echine des Dieux. Jusqu’à la mise en bière, toute sa famille n’avait cessé de le regarder, avec cette lueur de colère dans le regard. Une nouvelle fois, les rumeurs l’avaient attaqué. Un répugnant bruit de couloir, qui prétendait que c’était lui, dans un accès de rage, qui avait occis son frère. Et même s’il n’avait plus en tête le moment fatidique durant lequel il aurait commis l’acte contre-nature dont on l’accusait, il avait vu l’épée plantée dans le corps, et les yeux morts mais terrifiés de Hauer accusant son meurtrier. Un cauchemar qui hanterait à jamais ses nuits.



Il n’avait jamais été le même, après ce tragique accident. Chaque nuit, un fantôme venait le réveiller. Un fantôme arborant le visage de Hauer. Son angoisse avait laissé place à la bête, toujours à l’affût pur venir s’emparer une nouvelle fois de son corps. Lorsqu’il s’entraînait, il la sentait se réveiller, prendre peu à peu les rênes, si bien qu’il finit par s’arrêter de porter les armes lorsqu’il brisa le dos de son nouvel écuyer. Pour sa famille, les preuves étaient accablantes ; il était fort possible que ce soit Arnes qui ait tué Hauer. La rumeur enfla si fort qu’elle finit par tuer Wolder l’Ancien, que la mort faucha dans la cinquantaine. Arnes avait alors décidé de s’en aller du château, auquel il ne se sentait plus appartenir. Tous le méprisaient et se tenaient à distance du prétendu fratricide, dont la sauvagerie avait entaché l’honneur de la famille.



Arnes avait fui à travers l’Empire. Il avait vagabondé durant des semaines, hagard, en proie à ses angoisses et au démon tambourinant dans sa cage thoracique. Il avait perdu le compte de ses absences, qui se faisaient à présent dans des lieux éloignés de la civilisation, où il brisait de jeunes arbrisseaux et tuait des bêtes sauvages. La bête assouvissait ses plus bas instincts à chaque fois qu’Arnes revivait la mort de son frère. Colère, angoisse, rage, carnage. Il semblait perdu, abandonné au mal le rongeant de l’intérieur. L’espoir s’effilait comme un chandail usé, tandis que sa carne devenait l’antre du plus abominable des ennemis de l’Homme.



Il aurait pu mourir, là comme ça, sur le bord de la route. Écrasé par un cavalier, ou par une charrette, il ne demandait plus que ça. Mais c’est un vieux prêtre qui l’a trouvé sur le chemin de terre battue. Un homme pas plus haut qu’une table, ratatiné par le temps, et dont la sagesse n’avait nul égal sur cette terre. Vespérin était son nom. Il avait ramassé l’épave humaine qu’était devenue Arnes et lui avait fait reprendre des forces. Alors qu’ils discutaient, Vespérin proposa au pauvre hère d’entreprendre un grand pèlerinage vers Nacre, à ses côtés. D’abord dubitatif, Arnes se résigna à suivre le saint homme jusqu’au bout du monde s’il le fallait, tant que cela se trouvait à l’opposé de son foyer. Ils effectuèrent le voyage ensemble, et sur les chemins cahoteux menant à l’Île Sacrée, une amitié peu commune se tissa entre les deux pèlerins.



Arnes sourit légèrement en se remémorant la marche en compagnie d’un si bon compagnon. Ce grand philosophe lui avait enseigné des choses étonnantes sur la vie, sur l’amour et la raison. Il lui avait également appris certains exercices afin de calmer son âme et d’apaiser ses démons intérieurs. Ce fut un voyage riche d’apprentissages pour Arnes, qui se découvrit une seconde nature qu’il ne soupçonnait guère. A Nacre, il était plus posé, plus mûr dans ses décisions. La bête ne le hantait plus comme alors, et les images de la mer déchaînée se brisant contre les falaises de l’île s’étaient substituées aux relents de carnage qui prenaient d’assaut l’esprit d’Arnes. Il s’était érigé de puissantes falaises, repoussant les impétueuses vagues de son vice. Il resta deux ans à Nacre afin de perfectionner ce nouvel être, façonné par la contemplation et la méditation.



Vespérin s’était éteint juste avant son départ, et avait fait partie des raisons pour lesquelles il ne pouvait plus rester à Nacre. La mort du vieux prêtre l’avait beaucoup affecté, bien qu’elle ait été attendue. Vieillard malade, atteint d’un cancer, il avait entrepris ce pèlerinage pour voir une dernière fois les lieux de son noviciat et purger son âme de toute mauvaise action. Arnes avait réuni ses biens, qu’il avait laissé dans un coffre sous scellé durant sa retraite spirituelle, et avait acheté un cheval pour revenir la tête haute en Durdinis, là où il espérait retrouvera sa famille et se réconcilier avec eux.



Le retour n’avait pas été aussi chaleureux qu’il l’aurait souhaité. Sa mère Gerda s’était retirée en couvent, laissant Wolder le Jeune gérer l’ensemble du castel et du domaine. Brunehaut était promise à un autre homme et se trouvait sur les terres de son futur époux. A la vérité, seules ses deux plus jeunes sœurs étaient là pour l’accueillir avec une joie non dissimulée. L’aîné, à présent seigneur des lieux, l’avait autorisé à entrer et à manger au château, mais seulement parce qu’il était son frère. Le temps n’avait pas arrangé les choses, et deux ans était un délai trop court pour refermer les plaies qui lardaient encore l’âme de Wolder. Arnes ne lui en avait pas voulu. Lui-même n’avait pas encore totalement guéri, à l’époque.



Puis vint la guerre et sa folie furieuse. Arnes avait redouté revoir un jour le champ de bataille. Vespérin lui avait bien fait savoir que s’il retournait se battre, ce serait l’ultime épreuve. Celle qui confirmerait sa main-mise sur la bête, ou jetterait à bas tout ce qu’il avait patiemment construit durant sa retraite chez les Triarques. Wolder l’avait pourtant bombardé maréchal, et lui avait susurré : « Reviens couvert de gloire, mon frère. »



En d’autres termes, ne reviens pas.



Car la campagne durdinienne s’était avérée désastreuse, sur tous les plans. L’horreur des massacres l’avait rattrapé, et Arnes ne pouvait plus faire marche arrière. Il s’était battu avec force, il s’était battu avec vigueur. Mais lorsqu’il s’était retrouvé encerclé par l’ennemi, dos à dos avec le jeune Rulf, ce garçon de quinze ans fils d’un riche seigneur durdinien, il avait senti la bête se cabrer. Ses entrailles s’étaient échaudées, et son cœur n’avait fait qu’un avec les tambours de guerre. Elle avait presque atteint sa gorge sèche, lorsqu’il s’était ressaisi grâce aux exercices proposés par Vespérin, inspirant, expirant, calmant ses maux avec des mantras apaisantes comme une douce chanson. Un onguent pour son cœur. Un baume pour son âme.



Il n’avait peut-être pas vaincu les Thoréens, ce jour-là. Il avait peut-être été fait prisonnier, roulé dans la boue et la neige de campement en campement, sans connaître un repos ni un repas digne de ce nom, mais en définitive, il avait réussi à la vaincre. Il avait repoussé la bête, et s’était affranchi de son emprise démoniaque. S’il avait cédé, les dieux seuls savent s’il aurait réitéré le carnage, et tué Rulf. Posant une dernière fois son regard sur le jeune homme décédé, il se rendit compte que le résultat avait été le même, car le garçon était mort.



Mais il ne l’avait pas tué lui-même. Et de le savoir, son âme se sentit moins lourde, au contraire de ses paupières. Libéré d’un poids énorme, il se mit à somnoler malgré le froid. La nuit tombait, et les feux s’allumaient. Une chouette hululait, et son esprit était enfin en paix…







Il se réveilla en sursaut, sorti de son dangereux sommeil par des cris et des bruits de bataille. Tout autour de lui, il faisait à la fois sombre et brillant. Le feu des brasiers et des torches reflétait l’acier des lames et le fer des mailles. Un Thoréen passa devant lui, fuyant vers la forêt, et une flèche lui traversa le gosier dès qu’il passa le cadavre gelé de Rulf. Soudain pleinement réveillé, Arnes observa plus attentivement le combat. Les barbares se prenaient une peignée, et étaient massacrés comme du bétail. De l’autre côté, il reconnut des armures de facture euratienne, et se prit soudain à espérer qu’ils soient la fameuse contre-attaque que feu l’Empereur Bjarkison avait promis à son peuple.



Il observa en silence les Thoréens se faire tailler en pièce, jusqu’à ce que le dernier cri d’agonie retentisse, mêlé d’un couinement plaintif. Le campement était fouillé de fond en comble par les soldats, qui n’avaient pas pris leur temps pour trouver le dernier prisonnier encore vivant. Un homme s’approcha avec une torche, et Arnes plissa les yeux. Il vit une silhouette de femme descendre de cheval et se diriger vers lui, tandis qu’un autre Euratien fracassait les chaînes de son épée pour les briser. Il entendit alors la femme s’exprimer avec un fort accent thoréen :



- Herbert, une fois qu’il sera libéré, hissez-le sur votre cheval.



Arnes n’entendit pas la réponse du soldat. Mais il se sentit hissé vers le haut, afin de revenir sur ses guibolles. Il ne parvint pas à se tenir debout cependant, trop faible. Le sang lui explosa au cerveau, à cause de ce mouvement trop rapide, et un mal de crâne naquit dans sa tête. Il grogna, et se sentit légèrement nauséeux. Traîné vers un hongre bai à l’oeil terne, il fut assis sur la selle avec force par deux autres hommes, qui réajustèrent sa position. C’est à ce moment précis qu’il commença à sombrer dans l’inconscience, fixant la femme qui venait de lui sauver la vie.



Elle avait les cheveux de jais, et ses yeux irradiaient la puissance et la détermination.


Compétences



  • Armes blanches (épée longue) - Niveau 3

  • Equitation - Niveau 2

  • Erudition (méditation) - Niveau 2

  • Bagarre - Niveau 2

  • Politique - Niveau 2

  • Etiquette - Niveau 1

  • Sport (joute) - Niveau 1


  • Derrière l'écran



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