Souvenirs d'un baron solitaire.
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Souvenirs d'un baron solitaire. ─ Sam 5 Jan - 13:59
Ysomir Valacar
Ysomir chuta lourdement au sol, propulsé par le manche de la hallebarde qui venait de lui faucher les jambes. Il grogna, et cacha ses yeux du soleil avec le dos de sa main, éblouit par la lumière de l’astre.


“Tu es trop hargneux Ysomir, tu ne pense qu’à charger, sans regarder ce que fait ton adversaire. Tu agis comme un buffle sans cervelle”


Doran était à quelques mètres de la place d'entraînement, assit sur un beau fauteuil en bois situé à l’ombre d’une toile tendu. L’été de cette année 1234 se montrait particulièrement chaud, et les valariens, bien qu’habitués à la chaleur, devaient lutter pour trouver de l’eau fraîche ou de l’ombre.


Aldana s’était redressé, face à Ysomir, le dos droit, la hallebarde à la main. Le capitaine des gardiens de l’Aube se montrait toujours d’une droiture et d’un sérieux sans faille, obéissant au doigt et à l’oeil à son baron.


Ysomir n’était âgé que de 14 ans en cette année, et pourtant, c’est contre Aldana que son père le faisait entraîner aujourd’hui.
Frustré d’avoir été si brusquement propulsé au sol, Ysomir récupéra son sabre sur les pavé, et se releva avec agilité.


“J’ai été éblouie par le soleil père, il m’a volontairement poussé à me placer à contrejour.”


“Bien sûr qu’il l’a fait, Ysomir. Un guerrier n’est pas un simple pantin avec une épée, il est capable d’utiliser tout ce que la nature lui offre. Il doit connaître son terrain, ses avantages et les défauts de son adversaire. Il doit voir chaque faiblesse, et savoir comment les utiliser. Observer chaque faille, chaque ouverture. Si tu te contente de lever ton sabre au dessus de ta tête, tu sera mort dès ton premier duel.”


Ysomir détestait perdre, il détestait être humilié. Les dents serrés, il dénoua son poignet en faisant tournoyer un instant son épée avant de se remettre en garde, calmant sa respiration.


Aldana jeta un oeil vers le baron Doran, qui lui fit un hochement de tête. Brandissant sa hallebarde en avant, Aldana se mit donc en garde face au jeune valarien.


Prenant un grande respiration, celui-ci fit un bond en avant, dégageant la hallebarde de son adversaire sur le droite pour tenter de réduire la distance imposé par le capitaine. Il y parvint, mais à peine eut-il le temps de pénétrer la garde du soldat que celui ci leva son pied contre sa poitrine, renvoyant le blondinet sur le pavé et son sabre quelques mètres plus loin.


Le souffle coupé par l’impact de la botte sur son thorax, Ysomir porta ses mains contre sa poitrine en retenant un gémissement plaintif.
Imperturbable, Aldana se remit au garde à vous, comme si de rien n’était.


Soupirant légèrement, Doran se leva de son siège pour s’approcher de son fils et s’accroupir près de lui. Son visage était neutre, et froid. Pourtant, son regard était celui d’un père aimant et attentif. Il voulait le meilleur pour ses enfants, cela brillait au fond de ses prunelles d’ambre. Sa main vint se poser sur l’épaule du jeune homme, délicatement.


“Mon fils… tu dois accepter d’apprendre, tu dois savoir chuter. Tu as une fougue et un courage incroyable, je le sais, mais il te faut apprendre à canaliser cette force, sans quoi, ce qui pourrait être une qualité immense se transforme en une immense faiblesse. Tu n’es pas un buffle, ni un taureau. Tu es un lion. Tu as le courage, l’agilité, la force et la détermination. Il ne te manque plus que la patience et l’analyse pour devenir l’un des meilleurs combattant que nos terres n’aient jamais connus.”


Il se redressa, avant de tendre son bras à son fils qui s’y accrocha pour se redresser, avant d’aller chercher son sabre et le replacer à sa ceinture. Avant de retourner près de son père, Ysomir offrit un léger sourire malicieux à Aldana, puis s’inclina à son encontre.


“Merci, capitaine.”


Ce salut formel et courtois fit apparaître quelque chose de rare chez Doran. Un sourire. Il commençait à bien connaître son fils, et lire sur son visage était chose aisée du moment qu’on le côtoyait souvent. Ysomir détestait perdre, et même s’il respectait Aldana, il s’entrainerait jour et nuit jusqu’à pouvoir prendre sa vengeance et lui rendre la monnaie de sa pièce.


“La rancune peut être une grande faiblesse Ysomir.”


“Ce n’est pas de la rancune père, c’est une promesse de revanche.”


Aldana esquissa un sourire, avant de s’incliner face à son baron et son fils, puis de retourner à la caserne, de l’autre côté du palais.


Doran vint poser son bras sur l’épaule de son jeune fils.


“Va visiter ta mère Ysomir, elle voulait te voir, et j’ai fort à faire avec ton frère.”


“Oui père.”


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“Sire ! Sire !”


Un gardien de l’aube poussa le rideau de la tente pour se mettre au garde à vous face à Ysomir.


“Les hommes sont prêt pour l’assaut Sire, il n’attendent que vous.”


Tiré de ses souvenirs par son soldat, Ysomir était resté penché au dessus de la carte. Les reliefs représentés étaient ceux de Durdinis, et plusieurs pions représentaient les différentes forces armées présente sur le front.


“Je serais là dans un instant.”


Le soldat quitta la tente de son baron tandis que ce dernier se redressa et attrapa sa lance alors que les paroles prononcées par son père il y a de cela des années, résonnaient encore dans sa tête : “Tu es un Lion.”

Il était temps de prouver cela. Une bonne fois pour toute.