Blond et Vermillon bons à finir gris [Ysomir Valacar]
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Blond et Vermillon bons à finir gris [Ysomir Valacar] ─ Mar 12 Mar - 18:53
Le Vermillon

Blond et vermillon bons à finir gris



Avec Ysomir Valacar



Vous voulez la vérité ? Le Vermillon, la couleur, ce n’est même pas rouge.  Elle tire vers l’orange, pas vraiment vers le sang. C’est plus foncé que l’incarnat. Juste un pigment obtenue en broyant des cochenilles, des parasites des grands chênes, de la vermine où en fouillant le sol comme un porc retourne la bout. Rien de prestigieux. Rien de grand, là dedans.

Mon maître a voulu se donner des airs pompeux en teintant son étendard qui lui colle à la peau. Il a pris un mot aux nobles, probablement pour paraître un peu plus lettré que son analphabétisme criard le laisse penser. Mais la seule couleur qu’à toujours portée mon maître, c’est le gris. Celui des lendemains de beuveries.

Après qu’il m’ait tuée, son penchant pour la gnôle s’est quelque peu accentuée. Pas de tristesse, là-dedans : fichtre, n’allez rien penser ! Pas moins sentimental que cet homme-ci. Après une poignée d’année avec un cabot dans les pattes, il est juste laborieux de retourner au vide originel. Le mercenaire se trouvait d’un coût à la fois seul et suranné. Deux tracas contre lesquels il ne pouvait lever les armes ; alors il se retrouvait à les noyer dans la boisson. Se remplir pour ne pas laisser les penser le remplir. Et finir beurré comme un coing, ça, il connaissait trop bien.

La vivote l’avait mené à reprendre la route en suivant le chemin des oiseaux migrateurs. Pour se faire un peu de blé, il avait suivi quelques caravanes de voyageurs, faisant payé l’escorte sans prendre garde de la destination, laissant les dieux décider où il irait poser le pied. Avec le retour des beaux jours, les gens retournaient dans le sud. De Volg, il descendit à la Croix des Espines. De la croix des Espines, ses pieds le menèrent à Evalon. A Evalon, il dépensa tant qu’il finit complètement sur la paille. Et, parce que la mer lui manquait, et qu’il n’avait pas quitté le Nord et ses frontières belligérantes depuis une demi-éternité, il décida se joint à d’autres hommes avec qui il avait pris le temps de tenir palabres. Quelques un qui se souvenaient encore du mythe qui précédait l’homme. Parce que, croyez-moi, Enguerrand avait cessé de paraître légendaire. Il brillait encore comme un vieux sou, oublié mais que la bonne fortune nous offre de retrouver, alors, pour ne pas perdre cet éclat, Le Vermillon pris la route de Mellila.

Le truc que ce pauvre bougre avait oublié, c’est qu’il ne supportait pas le chahut des vagues. Quand il fallut prendre le bateau pour rejoindre Aquila, il se souvenu que son pied était plus adroit sur le plancher des vaches : à peine le temps de se pencher sur le bastingage que son dernier repas, arrosé de piquette suivit une trajectoire fétide avant de se perdre dans l’écume des vagues. Encore convulsé par le haut le cœur, l’homme en arme insulta copieusement les paltoquet qui passent leur temps à s’émouvoir de la grandeur des immensité salées : lui n’y voyait qu’une catin acariâtre, qui se soulève et retombe mollement, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça hurle comme une grand-mère sénille et c’est plus imprévisible qu’une armée de Khözs enragés. Non, vraiment, le Vermillon voulait qu’on lui rende ses champs de combats. Là-bas, ça sentait la merde et le cadavre, mais au moins, tant qu’on ne l’avait pas fendu en deux, il savait garder ses tripes à l’intérieur.

Débarquer dans le centre du comté d’Aragon fut un soulagement pour le rustre.

La colossale ville, fortifiée, avait ce on-ne-sait quoi d’élégant que les gens du Nord de savent plus bâtir : à force de connaître la guerre, les constructions ont cet air introverti et taciturne que les villes méliléennes ont enfouit sous des jolies architectures aériennes, bordées de jardins somptueux. Les valariens aussi, étaient plus ouverts. Plus bruyants, aussi. Passer dans les faubourgs passa l’envie au mercenaire de sortir de jour. Il préférait de loin les endroit où les gens craignaient de mettre le museau dehors à ces endroits bondés de badauds braillards.

Il ne se sentait pas à sa place par ici. Ce beau monde respirait la joie de vivre alors qu’il ne venait ici que pour broyer du noir.

Heureusement, des toges foncées, il en trouva. Et ses dernières le reconnurent aussitôt.

Il y a bien des années, Valacar avaient eu recours à l’emploi massif de quelques mercenaires d’excellence pour renforcer les rang de ses gardiens de l’aube. Un des homme qui l’interpelle était un très jeune poulain à l’époque. Il a pris de la carrure et du galon. Je m’en rappelle parce que mon maître aimer à nous sermonner jusqu’à l’humiliation l’un et l’autre tour à tour. Aujourd’hui, Enguerrand parait si terne qu’il a du mal à rabattre le caquet de cette élite militaire. Une chose entrainant une autre, Le Vermillon retrouva d’autres vieilles connaissance et encore d’autres. Des visages qui n’avaient pas été fauchées.

Le hasard voulut qu’il finisse à la caserne le soir même. Partout où il restait l’âme du fer, le Vermillon trouvait à tremper la cuillère dans l’écuelle. Il a toujours bouffé à tous les râteliers, celui-là.

La pire ironie, c’est qu’il était déjà à moitié vautré sur le comptoir, à reprendre avec un air hagard, le conte élogieux et déformé, passé au prisme de la pauvre gloire qu’ils en tiraient, de ce qu’avaient été leurs piètres histoires de guerre, quand Ysomir de Valacar, le baron des lieux se prit à passer prendre des nouvelles de ses gardes d’excellence. Au milieu, Le Vermillon faisait tâche.

Je vous l’ai dit : au milieu des bleus, même avec quelques touches de carmin et l’air rubicond de la troisième pinte entamée, Enguerrand ne ressemblait qu’à un vieux loup gris.

Mais ils buvaient, jouaient, pariaient et meuglaient comme des mufles. Si un seul s’enquit de ma disparition, il fut simplement rassuré : j’étais partie, pas disparue. Foutaises soufflées avec un soupçon de mensonge fétide.

[justify]Les hommes se retinrent quand le seigneur des lieux les rejoints. Sans se mettre au garde à vous, ils modulèrent un peu leurs éclats de rires gras et le volume sonore de leurs injures. Sur le haut de son siège, accoudé, il regarda ce jeune homme qui avait bien vieillit lui aussi. Il reconnut ses cheveux blonds qu’il avait vu tâchés d’écarlate et ses airs les plus furibonds. A l’image de l’arme qu’il maniait à l’époque, le garçon s’était allongé et tendu comme une lance en quelques années.

Par tous les temps, dans tous les âges, les hommes, pour quelques morceaux de terres, plus ou moins exposés, plus où moins convoités, ont à peu près convenu entre eux de se dépouiller, de se tuer, de s’égorger les uns les autres. Et pour le faire plus ingénieusement, avec plus se sûreté et de panache, ils ont inventé des jolies règles pimpantes : on appelle ce dogme hypocrite l’art militaire. Ils ont ensuite attaché à la pratique de ces règles la gloire, sorte de réputation compté au nombre de crânes détachées des épaules où ils se tenaient, pour enchérir, de siècle en siècle, sur la meilleure manière de se détruire réciproquement.

C’était à ce jeu, que le Vermillon et le bon sire s’étaient connus. Un souvenir qui portait l’emprunte du tranchant de leur lame et le goût du fer.  Il avait été là quand le seigneur avait morvé sur les dépouilles de quelques uns de ses hommes.

De quelques années son cadet, il fallait avoué que le blondinet avait mieux vieilli que lui : son corps était moins vouté, probablement moins bourré d’arthroses et joliment drapé dans une de ses étoffes qui faisait la renommé de son île.

Autrefois, à la guerre, mon maître voguait dans les grands fond alors qu’il avait vu le seigneur faire ses armes et quitter le banc de sable. Ici, il faisait juste tâche. Un oursin jeté dans un panier de soie. Il prit un autre verre au frais de ce noble garçon dont il gardait un grand souvenir. Familièrement, il siffla. Manquer de respect, il n’en avait que faire : si ses souvenirs étaient bons et fiables, si ce garçon avait le loisir de se payer une beuverie avec ses gens de main, c’est parce qu’il y avait eu des combattant pour lui sauver ses majestueuses miches.

Ventre Diable, le bleu va bien à mon sire, quand il n’est pas noirci par la bouse !

Petite pique. Pour qu’il situe. Parce qu'il avait dû grandir en seigneur à mieux savoir oublier les visages d’hier que ressasser les obédiences de la notoriété acquise dans la bauge.