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[Terminé] Patience dans l'azur
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[Terminé] Patience dans l'azur ─ Mar 25 Juin - 19:34
Almarine de Servalan
    Almarine de Servalan
    Artiste peintre
    Et puis, l’été était revenu. Avec lui, la brûlure, les ardeurs du soleil et les assauts de la fournaise. Almarine n’avait jamais vraiment aimé cette saison, avant : la lumière était belle et permettait de travailler fort tard, certes, mais il y avait bien trop d’inconvénients aux étouffantes journées confites dans leur immobilisme par un soleil implacable, que tempéraient à peine les brises marines qui battaient les îles de leurs flots brumeux. À Mellila, c’était encore pire : le ciel, bleu et vide, clouait d’un bout à l’autre tout ce qui était capable de se mouvoir, par la seule force de son éclat.

    Et pourtant, pourtant... À présent, tout ceci avait pris une saveur nouvelle, et il lui semblait ne plus pouvoir se plaindre ni des températures ni de tous les désagréments que cela lui causait, parce que toujours le crépuscule venait lui rappeler les douceurs venues apposer un fort doux souvenir pour toujours lié à ces jours interminables et à ces nuits bien trop courtes. Après tout, c’était au seuil d’un été, d’un été comme celui-là, qu’était revenue la lumière. Comme si, à bien y réfléchir, elle qui aimait tant les ombres du soir n’avait pu retrouver un semblant de paix que dans les ardeurs de la belle saison.

    Il y avait bien des choses, pour lui rendre goût à l’été. Bien des souvenirs, bien des seuils franchis à la lueur mordorée de ces mois indolents, et un visage aussi, ainsi qu’un nom, pour répondre de ce qui avait un jour chassé l’hiver auquel elle s’était condamnée.

    Les choses avaient bien changé, depuis. Elle avait bien changé. Peut-être plus qu’elle ne voulait l’admettre, peut-être plus qu’elle-même pouvait s’en rendre compte, mais pour ceux qui la connaissaient bien — et Benvenuto étaient de ceux-là, les progrès mesurés étaient étonnants. Depuis qu’ils avaient pris leurs quartiers dans la demeure du baron, c’était comme si d’invisibles liens s’étaient défaits, et qu’enfin, on lui laissait l’amplitude pour exister à sa mesure et pour être pleinement, sans entraves, elle-même.

    Pour autant, elle avait tenu à faire preuve de discrétion, soignant ses apparitions publiques, veillant à ne pas laisser de prise aux autres soupçons qui pouvaient peser sur toute dame que l’on savait dans la confidence du joli baron. À leur retour d’Uzé, l’année passée, elle s’était jointe à lui durant l’escale à Huesca où Ysomir avait rendu compte de sa fructueuse visite à Rivemorte : elle n’était apparue là qu’en sa qualité d’invitée, ce qui avait visiblement contenté la duchesse, mais n’avait pas manqué d’éveiller l’intérêt de son époux. Celui-ci avait manifestement compris qu’il ne s’agissait pas uniquement d’affaires diplomatiques, mais n’avait pas semblé contrarié de cela. Il en avait même ri, à ce qu’Almarine en avait su plus tard, ce qui en disait long autant sur l’incapacité notable d’Ysomir à dissimuler ses propres sentiments qu’à la propension du duc à s’amuser des déboires et des réussites amoureuses de son cousin.

    Almarine ne pouvait toutefois en tenir rigueur à l’honneur d'Ysomir de n'avoir pu réellement dissimuler les choses face à sa parentèle : après tout, c'était elle qui tenait à cette discrétion, pour ce que cela pourrait causer à sa réputation de n'être considérée que comme la maîtresse d'un de ses mécènes. Elle en parlait en riant à demi, mais au fond, elle savait bien à quel point c'était chose malaisée de faire fi de sa franchise, et combien lui-même avait tenté de surmonter cela, pour son bien à elle. Un rien d'indulgence la poussait à faire avec, en dépit du reste.

    – Monseigneur le duc t'a percé à jour, tu sais. Madame ma mère ne s'y trompait pas quand elle m'a suggéré qu'il serait sans doute profitable de t'apprendre à mentir.

    La pique fut lancée avec malice alors qu'Almarine faisait les cent pas autour de sa table de travail où Renaud achevait de cacheter le courrier qu'on venait de lui dicter. Ne pouvant cesser de mener ses affaires tambour battant, la peintre avait profité de leur escale à Huesca pour renouer des liens avec quelques patrons pour qui son père avait travaillé, et avait usé sans coup férir du peu de temps dont elle avait disposé après avoir été introduite, en sa qualité d'artiste, auprès de la duchesse et de son époux.

    Depuis, plusieurs lettres avaient été échangées, car il était évident que le couple ducal comptait parmi ces riches et munificents personnages qui aimaient autant d'entourer de gens de l'art que de s'entretenir avec eux : à plusieurs reprises, il avait été question de futurs déplacements d'Almarine dans les cités cordubéennes, lorsqu'Ysomir serait amené à s'y rendre pour des assemblées ou pour les célébrations qui avaient lieu chaque année à la cour. Il semblait déjà acquis dans l'esprit de Sebastian, ou du moins le feignait-il par amusement et par provocation, que le baron n'aurait de cesse d'emporter son amie partout où il se rendrait.

    – Il semble croire que l'affaire est entendue et que ce n'est qu'une question de temps avant que nous n'ayons à régner conjointement sur Valacar, reprit-elle en lui glissant un regard vif, où se glissa à nouveau un rien de moquerie.

    Renaud, ayant achevé son travail, se leva et prit congé rapidement, avant qu'Almarine ne prenne sa place, remuant quelques feuillets couverts de son écriture fine et serrée. Elle pinça entre ses longs doigts quelques pages, et puis se laissa aller sur son siège, les coudes posés sur les montants de bois, pour observer Ysomir.

    Depuis longtemps déjà, elle avait cédé aux ardeurs du soleil de Valacar et avait troqué ses cottes de drap néréen pour le costume plus typique des gens du sud, faits de superpositions d'étoffes légères et de formes amples qui dissimulaient plus efficacement le corps aux rayons les plus brûlants. Ses cheveux tressés en couronne étaient comme souvent recouverts par un fin voile de cotonnade claire coquettement drapé et piqué d'épingles qui en fixaient les plis gracieux à sa coiffure. Elle se faisait déjà bien plus aux usages du cru que lors de ses précédents séjours, comme un aveu à demi formulé de ce qu'elle avait laissé derrière elle d'attaches à sa terre natale, et déjà on lui voyait le teint cuivré par le soleil omniprésent dans ces confins méridionaux de l'empire.

    – À tout le moins est-il aimable que monseigneur ton cousin et que Sa Seigneurie la duchesse paraissent plutôt bien disposés à mon égard, reprit-elle avec un fin sourire.



         
    Re: [Terminé] Patience dans l'azur ─ Mer 26 Juin - 10:33
    Ysomir Valacar
      Ysomir Valacar
      Baron
      “Bien disposés ? Comment pourrait-il en être autrement ?”

      Accoudé à la fenêtre grande ouverte non loin du bureau, les fins rideaux blanc flottaient dans la brise légère qui n’annihilait malheureusement pas toute l’ardeur de la chaleur Valarienne. Le baron, vêtu avec élégance, avait aujourd’hui quelque peu délaissé le bleu et l’or pour revêtir du pourpre et de l’argent. Cela changeait, et depuis un an, il semblait apprécier bousculer un peu ses habitudes. La solitude s’en était allée, la poussières qui ornait ses appartements depuis le départ de son père avait laissé place à la touche d’Almarine, qui ne cessait d’orner les tables de bouquets de fleurs. Et Ysomir semblait tout autant revivre que les lieux. Lumineux et plein de vie, Valacar retrouvait le commandant des armées qu’elle connaissait avant le départ de feu son père.

      Son regard se perdant sur l’océan, un fin et doux sourire ornait ses lèvres, sa respiration se laissant guider par les mouvements calmes et lents des rideaux, au gré de la brise. Puis finalement, il se tourna, et posa ses prunelles noisettes sur sa bien aimée, un doux sourire joueur et tendre illuminant son visage.

      “Je t’avais prévenu, mon cher cousin comprendrait ce que tu représentait pour moi en moins d’une seconde. Il ne me connais que trop bien, et les moments que nous avons partagé lui et moi sont trop nombreux pour qu’il ne déchiffre pas mes pensées et mes regards.”

      Amusé, et taquin, il s'avança vers la demoiselle installée sur son fauteuil, et délicatement, plia les genoux devant elle pour s’accroupir à son niveau, plongeant son regard dans le sien tout en venant délicatement lier ses doigts au sien.

      “Si c’est d’un menteur que tu étais tombée amoureuse… je pense que tu serait au courant non ?”

      Il marqua une pause, et finalement, d’un tendre geste aimant, il vint déposer un baiser sur le dos de sa main.

      “Je doute réussir un jour à pouvoir mentir comme le font les autres dirigeant de ce monde… ton espoir de m’apprendre à le faire est touchant...Mais ne t’en fais pas, en ce qui concerne ma duchesse et son époux, je sais que je peux compter sur mon cher cousin pour appuyer notre demande lorsque nous la feront. Les problèmes viendront sans doute surement d’avantage de ton duc à toi...”


      Son regard était pétillant, plein de vie et d’envie, alors que, accroupie devant elle, son pouce effleurait tout doucement sa paume, sans que son regard ne semble vouloir s’échapper du sien. La voir s’adapter peu à peu, à la mode et au coutume d’Aquila, le remplissait de bonheur… elle le comblait de joie, et la voir elle aussi épanouie était le plus beau cadeau que les dieux pouvaient lui offrir.
      Re: [Terminé] Patience dans l'azur ─ Jeu 27 Juin - 16:51
      Almarine de Servalan
        Almarine de Servalan
        Artiste peintre
        Almarine esquissa un sourire, qui lui tordit le coin de la bouche avec un rien d'ironie.

        – Oh, tu sais bien, la politique a ses raisons que la raison ignore, ce genre de choses.

        Elle eut un petit geste de la main, comme pour suivre les premières mesures d'un refrain trop bien connu : il y avait parfois des prétextes bien curieux pour justifier le désamour de certains, et la méfiance d'autres. Pour avoir bien souvent séjourné et travaillé hors de son duché, elle savait bien quelles avaient été les conséquences bien concrètes des derniers démêlés entre leurs contrées.

        Son sourire s'accentua d'un rien, et la main qu'il saisit dans la sienne reçut un baiser comme le gage coutumier de sa plus grande honnêteté. Elle rit à ses paroles, trônant comme une reine au milieu du désordre apparent de sa table de travail, et effleura de la paume les boucles du chevalier qui oscillaient dans la brise.

        – Sa Seigneurie te connaît bien, et puis il faut avouer que tu n'es pas si difficile à déchiffrer, parfois,
        lança-t-elle avec un soupçon de moquerie. Mais enfin, laisse donc cela aux politiciens, va, tu as bien assez à faire avec tes jeux guerriers. Il y en a dont c'est le métier et tu sais combien j'y excelle.

        Ce disant, la peintre eut une de ces petites moues faussement modestes, abaissant le menton pour feindre une pudeur que démentait l'éclat de ses yeux bleus. Elle donna un baiser sur le front d'Ysomir, et puis son expression perdit un peu de sa gaieté alors que son regard s'égarait un peu sur la pièce autour d'eux. Elle y avait fait son nid, c'était certain : le vide et la poussière avaient vite cédé la place à son agitation habituelle et sa maisonnée avait tôt fait de prendre ses aises dans ces appartements bien assez grands pour loger une famille entière. Ce qu'elle avait emporté avec elle dans quelques malles en quittant Uzé s'était promptement enrichi de beaucoup de choses accumulées depuis son arrivée à Valacar, et cela n'était pas prêt de s'arrêter.

        Qu'il évoquât leur mariage n'était pas nouveau, non plus que surprenant, et plus d'une fois déjà Almarine s'était prise à se demander si c'était vraiment cela qu'elle voulait. Après tout, à quoi bon échanger les entraves de sa famille contre celles du mariage ? Elle n'avait jamais songé avoir à s'en préoccuper si tôt, parce que depuis toujours, il avait été acquis qu'elle n'aurait l'espoir de convoler en justes noces qu'une fois sa carrière bien établie et un pécule suffisant en poche : pour l'heure, c'était encore loin d'être le cas, mais dans l'esprit d'Ysomir, cela semblait néanmoins acquis.

        – Je n'ai point besoin de requérir la permission de mon seigneur pour me marier, tu sais,
        répliqua-t-elle doucement. Je sais en outre ma mère déjà plus ou moins convaincue de donner son accord, et mon père suivra ma décision, quelle qu'elle soit, le problème n'est pas là. Sa Seigneurie Magdalena, et son époux et toute la cour de Huesca peuvent bien voir la chose d'un bon œil, cela ne changera pas le fait que je n'ai pas la fortune pour prétendre demander ta main, et cela, je le crains, est notre plus grand obstacle. La sympathie des tiens à mon égard s'arrête là où commencent les choses du pouvoir, nous ne changerons rien de cela.

        Si un rien de résignation pointait dans sa voix, comme toujours chez elle, celle-ci faisait corps avec une détermination indéniable. Un jour, sans doute, un jour peut-être plus proche qu'elle ne le croyait, elle aurait à régler ceci.

        – La situation n'est pas idéale, reprit-elle en laissant sa tête basculer contre l'appui du siège.

        Elle leva les yeux au plafond, tordant entre ses doigts l'ourlet de son voile.

        – Je sais bien combien tu es las de feindre ce qu'il en est réellement de nous. Je n'aime guère cela non plus, car je suis certaine que tôt ou tard tous finiront par me savoir ta maîtresse, avant d'être un jour ta femme. Pour autant, j'aimerais avoir le temps d'exister, par mon nom seul, avant de porter celui d'un autre. Sans doute est-ce mon orgueil qui parle, mais qu'y puis-je ? J'ai travaillé si dur pour m'élever seule.



             
        Re: [Terminé] Patience dans l'azur ─ Jeu 12 Sep - 19:10
        Ysomir Valacar
          Ysomir Valacar
          Baron
          Les doigts du baron maintenaient la douceur de leur caresse sur les fins doigts de la peintre, qu’il ne quittait plus du regard. Un éternel mince sourire aux lèvres, il semblait pourtant bien pensif et contemplatif. Quelques longues secondes s’écoulèrent encore avant que sa voix ne vibre à nouveau.

          “Almarine… je ne suis pas un chasseur cherchant à mettre en cage un oiseau. J’ai la chance d’avoir à mes côtés le plus beau d’entre eux, et jamais je ne chercherai à te priver de tes ailes, je t’en fait la promesse. Je sais bien que tu aurait tous les accords que tu souhaite pour m’épouser, mais ce que j’aimerai savoir c’est ce que toi tu souhaite. Je comprend ton souhait de vouloir exister par ton propre nom, et je ne me permettrait pas de te priver de ce plaisir.”

          Après un ultime baiser sur le dos de sa main, il se redressa lentement pour retourner contempler la mer au delà du balcon, prenant une grande inspiration de cet air iodé qui l’avait vu grandir.


          “La dernière chose que je souhaiterai c’est te voir attristé par quoi que ce soit, tu peux me croire. Et je sais à quel point tu tiens à ta liberté, comme je tiens à la mienne. Pardonne moi si je me montre trop hâtif, c’est simplement que…”

          Il respira à nouveau, son dos se redressant face à la mer, alors que la fine brise marine faisait virevolter une ou deux petites mèches folles dans sa chevelure d’or.

          “Je n’ai jamais ressenti chose pareille, jamais je n’ai été confronté à une telle situation.. et comme tu le dis si bien, je suis un guerrier. Un stratège, certes, mais le fait que notre amour soit dressé comme un plan de bataille et la dernière de mes volontés. J’étais seul, et désormais, je ne le suis plus, tu m’a redonné vie, un second souffle, et je n’arriverai jamais à te dire à quel point je t’aime.”

          Il pris une grande inspiration, et demeura immobile, face à l’horizon lointain des rivages du continent, un long moment.

          Puis il murmura.

          “Alors dis moi. Dis moi ce que tu souhaite pour toi. Pour nous.”
          Re: [Terminé] Patience dans l'azur ─ Ven 13 Sep - 16:50
          Almarine de Servalan
            Almarine de Servalan
            Artiste peintre
            Almarine rit, tout doucement, et se leva. Sa longue robe déplia ses replis comme une rivière bruissante, pieds sur sur les dallages et les tapis, et sans bruit elle s'en fut encore ses bras minces autour de la taille du chevalier qui veillait dans les ombres de la loggia.

            - Laisse-moi faire, répondit-elle en posant sa tête contre son dos.

            Elle était si petite que son front s'appuyait contre ses omoplates, mais à cet instant, l'étreinte se fit aussi douce que si elle avait déployé pour lui de grandes ailes pour l'envelopper tout entier.

            - Ne te tourmente point plus avant, reprit-elle à voix basse, les yeux à demi clos dans la lumière aveuglante qui courait sur la mer. C'est à moi d’œuvrer, cette fois, pour que le monde me juge digne de toi. Et si cela doit passer par de vulgaires sommes d'argent, eh bien soit.

            La peintre se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue, et elle s'accouda à la bordure du balcon, près de lui. De loin, la rumeur océane se mêlait à la clameur de la ville et du port au creux des rochers, portée jusqu'à eux par le vent échevelé qui soufflait à perdre haleine dans les hauteurs. Elle s'y sentait déjà chez elle, plus qu'en tout autre lieu : l'agitation citadine et les joliesses de l'île lui donnaient tout son content de distraction et de travail, si bien que pas un instant elle n'avait regretté d'avoir quitté Uzé. Les perspectives qui s'ouvraient à elle étaient soudain bien plus aimables qu'auparavant, et parfois, parfois elle songeait à tout ce que ces épousailles pourraient amener.

            - J'ai besoin de temps, reprit-elle. Je sais combien tu n'es pas prompt à la patience, mais il en faudra : laisse-moi briller, moi aussi. J'ai besoin de vivre avant de devenir la femme d'un autre.

            Elle éleva les yeux, sourit un peu.

            - Je sais ce qu'on dira de moi, néanmoins. Après tout, me voilà sous ton toit, et nul ne peut vraiment ignorer la place que j'occupe à ta cour mais autant que faire se peut, je ne voudrais pas prêter plus le flanc aux rumeurs tant que rien n'est établi. Je mentirai à ta place, s'il le faut, ne t'en fais pas.

            Le sourire se fit un rien plus moqueur, comme pour essayer d'alléger la chose, mais elle l'observait avec son attention coutumière : qu'il était malaisé parfois de devoir composer avec les nécessités du temps, sans froisser les émois des autres ! Si cela n'avait tenu qu'à elle, Almarine aurait fait à sa manière, froidement et sans ambages, et sans reculer pour arriver à son but. La détermination obstinée qui était la sienne ne s'encombrait pas des mêmes scrupules qu'Ysomir, et d'une certaine manière, elle craignait presque son jugement, comme s'il avait d'elle une image trop lisse et bien trop idéale pour comprendre pleinement quelles noirceurs cruelles elle avait à l'esprit, parfois.

            - Il n'est pas dans ta nature de te salir les mains en intrigues et en mensonges, reprit-elle. Je suis une dame de cour, moi, cela me connaît. Si cela ne te rebute pas, je ferais à ma façon, quoiqu'elle ne soit pas toujours très honorable, et bien entendu j'en épargnerai le récit à tes chastes oreilles.



                 
            Re: [Terminé] Patience dans l'azur ─ Lun 16 Sep - 16:10
            Ysomir Valacar
              Ysomir Valacar
              Baron
              Lorsque Almarine laissera ses bras se glisser autour d’Ysomir, celui-ci posera ses mains sur les siennes, se laissant étreindre en fermant lentement les yeux. Il sentait le cœur de sa promise battre contre son dos, tout autant que le vent marin qui venait faire voler ses cheveux.

              “Je n’ai jamais eu l’intention d'empêcher de briller celle qui se trouve être ma lumière.”



              Il déclara cela en étirant un fin sourire un brin joueur, caressant doucement les paumes de la demoiselle avant qu’elle ne délaisse finalement son étreinte pour se placer à ses côtés.

              “Je saurais faire preuve de patience, ne t’en fais pas. Et tu as sur un fait : je n’aime pas mentir, et de tout façon, je ne sais que très mal le faire.”

              Il se tut un instant, pensif. Il lui arrivait si souvent de se sentir idiot et faible face à elle. Se sentir comme l’idiot du village ne lui était pas souvent arrivé, il y a trop longtemps qu’il ne s’était pas illustré, trop longtemps qu’il n'avait pas combattu et trop longtemps que son titre le tenait loin des écus et de la boue, des lances et du sang.


              “Je ne suis ni doué en intrigues, ni en mensonges lorsqu’il n’est pas question de combat ou de bataille. Mais je souhaite cependant une chose. Je veux que tu me dise tout. Peu importe tes manœuvres ou tes plans, je veux simplement le savoir, juste pour moi. Peu importe mes chastes oreilles, crois-moi lorsque je te dis que mes mains sont loin d’être chastes et propres.”

              Il fit une courte pause dans ses paroles.


              “C’est tout ce que je souhaite. Etre au courant.”


              Lentement, il se glissa entre Almarine et le garde-fou de pierre blanche, posant une main au creux de sa hanche et l’autre contre sa joue. Venant s’emparer tendrement de ses lèvres, puis avec un sourire taquin il ajouta.

              “Comment veux-tu que je n’ai pas hâte de te voir mon épouse ? Tes beaux cheveux ornés de fleurs, dans le temple de Valacar, à mes côtés..? Vilaine voleuse de cœur.”

              Le ton était tendre, blagueur mais tendre. Il demeurait alors contre elle, souriant et ancrant un regard aimant sur ce doux visage néréen.
              Re: [Terminé] Patience dans l'azur ─ Ven 27 Sep - 19:33
              Almarine de Servalan
                Almarine de Servalan
                Artiste peintre
                La figure d'Almarine se fendit d'un sourire étrangement amer, aux paroles d'Ysomir. Elle effleura son visage du bout des doigts, soulevant quelques mèches blondes, et leva vers lui un regard obscurci par un vague souci.

                - Si c'est là ton souhait, eh bien, soit. Tu sauras tout de mes manigances. Tu sais déjà combien je ne suis si sage que j'aime à le prétendre, alors, peut-être m'aimeras-tu même avec toutes mes fourberies.

                Elle craignait qu'il eut d'elle une image trop idéale, mais qu'en était-il d'elle-même ? C'était étrange, mais il lui semblait difficilement crédible d'entendre qu'il eut pu, à son tour, entacher une droiture qui lui semblait toute naturelle. Peut-être avait-elle envie d'y croire, à cette idée folle qu'il y eut pu avoir quelqu'un ici bas qui fut épargné par les bassesses de la vie et les petites entorses quotidiennes que l'on faisait à ses propres valeurs. Peut-être cherchait-elle à s'en convaincre, comme si cette pureté qu'elle lui trouvait était la compensation de ses propres cruautés, plus précieuse encore qu'elle savait le prix de la sienne depuis trop longtemps perdue.

                Le baiser qu'il lui donna ne fut qu'un infime réconfort, cette fois, et l'espièglerie du ton ne fut de taille à chasser ses réflexions. Néanmoins, elle feignit un sourire, lâchant un petit rire amusé.

                - Je te vois prêt à risquer beaucoup pour cela, dit-elle avec malice.

                La plaisanterie, encore une fois, ne le fut qu'à demi : elle était décidée à mettre en oeuvre bien des choses pour parvenir à arracher le droit de siéger à ses côtés et d'unir sa vie à la sienne sous le regard du Trimurti, mais lui semblait prêt à bien plus. Alors qu'elle le regardait encore, comme pour chercher la réponse au fond de l'éclat de ses yeux bruns, lui vint l'idée que sans doute il lui faudrait le protéger ses propres excès, tout comme il la gardait des siens, à sa façon. La complémentarité était là, en ceci comme en bien des choses.

                - Je ne veux rien avoir à sacrifier,
                reprit-elle. Nous gagnerons cela, sans rien céder. Je ne veux pas te voir mettre quoi que ce soit en péril pour le prix de cette union, aussi fort que nous l'espérions, toi et moi. Promets-le moi : pas de sacrifice, sinon celui de ton impatience.

                Et pourtant, ils avaient déjà failli perdre tant de choses par faute d'avoir pris trop de temps : Almarine gardait la mémoire de cette amère expérience, et elle ne s'apaiserait pas de sitôt. Il avait raison, à sa façon, de vouloir presser le temps, parce que cela pouvait leur coûter bien cher. Ah, que la route semblait périlleuse, pour arriver au but : d'équilibres instables en audaces grandissantes, comme si cela ne devait être fait que de contretemps et d'épreuves.

                Mais à tout prendre, se dit-elle en perdant son regard dans le sien, à tout prendre le jeu en valait bien la chandelle.

                - Même si cela doit prendre dix ans, dit Almarine à voix basse, cela viendra, mon amour. Les fleurs, la lumière et tout le reste. Tu sais, je n'avais jamais eu dans le projet de me marier avant bien longtemps, et voilà qu'il me plaît de songer que c'est avec toi que je voudrais vieillir.

                Elle vint se blottir contre lui, comme pour exorciser le spectre de tout ce qu'il lui restait encore à accomplir. Là, dans le secret de l'alcôve, dans ce royaume miniature qui n'appartenait qu'à eux, perché loin de tous au sommet de l'éperon qui était leur demeure, il n'y avait besoin de rien d'autre. Foin d'honneur, de rang, de richesses, au moins avaient-ils ce lieu pour eux, et pour eux seuls.

                Les yeux clos, le visage appuyé contre sa poitrine, elle écoutait battre son coeur, comme elle le faisait si souvent. Là, derrière ses paupières closes, elle ne percevait que la vibration du soleil éclatant, le souffle empli de son parfum, comme s'il ne lui fallait rien de plus.

                - Un jour nous aurons une famille à nous, murmura-elle. Des enfants pour porter ton nom.

                Elle en frissonnait presque, à évoquer cette seule idée, et ce futur inattendu qu'elle n'avait jamais imaginé pour elle, qui avait toujours été destiné à d'autres.



                     
                Re: [Terminé] Patience dans l'azur ─ Lun 7 Oct - 11:50
                Ysomir Valacar
                  Ysomir Valacar
                  Baron
                  En silence, durant de longues secondes de calme plat, il demeura ainsi, serrant contre lui sa demoiselle. Une main posée contre sa chevelure et l’autre glissée dans le bas de son dos, il ferma lui aussi les yeux, et un mince sourire aux lèvres il l’écoutait.


                  “Une famille à nous, oui. Des enfants pour porter notre nom : une brochette de petits rouquins vaillants et forts.”

                  S’écartant doucement pour lui sourire, il vint lier ses mains aux siennes en posant sur elle son regard.

                  “Tu m’en laissera un petit aux cheveux blond quand même ? Et ne leur apprend pas tout à garder de fins doigts de peintre, je les veux aussi agile que leur grand père avec une dague.”

                  Taquin, il hissa sa main vers ses lèvres pour y déposer un fin baiser, soupirant finalement en observant brièvement le soleil. Avisant sa tenue, il réajusta son col ouvert, et mis un cran de plus à sa ceinture, avant de rehausser son regard sur sa bien aimée.

                  “Je dois aller voir le capitaine, ma douce, tu vas enfin pouvoir songer tranquille sans les turbulences de ton bien aimé.”

                  Avançant vers la sortie, il s'arrête une dernière fois à son niveau pour embrasser délicatement sa tempe, inspirant profondément.

                  “Je t’aime, Almarine. Plus que tout autre chose.”
                  Re: [Terminé] Patience dans l'azur ─
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