Solène Sombrebois
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Solène Sombrebois ─ Dim 25 Aoû - 17:13
Solène Sombrebois
    Solène Sombrebois
    Chevalier

    Solène Sombrebois


    “Les prétentions sont l'apanage de la médiocrité.”



    26 Ans
    Originaire du Comté de Néra, Baronnie de Lonrivage
    Vassalité : Duché de Néra
    Statut social : Noble
    Son métier : Chevaleresse


    Caractère


    Un regard souvent fuyant qui accompagne une posture aux épaules basses, le tout emballés de fripes usées et malodorantes. Difficile alors de la prendre pour une noble - encore moins pour une chevaleresse - lorsqu'on lui fait face. C’est avec une jeune femme timide et réservée. Solène paraît manquer de caractère, comme privée de la fougue altière de son paternel. Quiconque croise son regard pourra percevoir la bienveillance honnête qui semble alors dissimuler un esprit simplet et particulièrement craintif ; un contraste de douceur rendu plus détonant encore lorsqu’elle revêt son harnois.

    Et ce serait là lui faire grand tort. Ses prunelles pétillent de la gourmandise intellectuelle caractéristique des esprits affûtés, tourmentés de curiosité et de questions. Passés les premiers instants difficiles de la rencontre et de l’amorce, souvent menés d’une voix fluette et balbutiante, se dévoile alors un ton plus affirmé, plus honnête quant à la nature profonde de la chevaleresse. Animée d’un optimisme parfois naïf, Solène a bien du mal à voir la part d’ombre qui habite ses semblables comme elle-même. Une jeune femme qui aime dialoguer, s’instruire, préférant la lecture des textes sacrés et des poésies à celle des registres de comptes ou des livres de lois. Une oreille attentive au service d’une âme empathique et généreuse, toujours prête à réparer les injustices ; mettant un point d’honneur à respecter et appliquer le code chevaleresque, non sans souvent faire preuve d’excès de zèle. Un sens de la justice aiguisé et pointilleux, mais très rancunier, ne laissant aucune place au pardon pour qui la trahirait.

    À cela s’ajoute le second pilier qui supporte tout l’échafaudage de pensée de la jeune demoiselle : le Trimurti. Aussi loin que remonte sa mémoire, elle a toujours perçu les rêves emplissant ses nuits comme des messages divins, auxquels elle parviendrait à répondre et se devrait de transmettre. Solène se sent ainsi investie d’une mission divine, celle de diffuser la foi du Trimurti. Une mission qu’elle se plaît à accomplir sur les routes et chemins qu’elle parcourt sans cesse, menant une rude vie d’ascète selon les principes de Tamas - déité ayant sa préférence - offrant aux plus nécessiteux ce qui ne lui est pas utile, prenant la Duchesse Adria comme modèle d’altruisme. C’est une fervente pratiquante, honorant chaque rite, rendant grâce à chacune des divinités, par la parole comme par les actes. Protéger les faibles et les démunis, faire preuve de miséricorde et de charité, rendre justice à qui la mérite, mener une vie ascétique et prôner ses valeurs.

    Aussi sait-elle se montrer aussi implacable que méprisante avec les fauteurs de troubles, malandrins, incroyants, mécréants et autres hérétiques, avec un calme froid mâtiné d’une grande patience. Une patience sournoise cependant, qu’il n’est guère avisé d’user et d’abuser car la jeune femme s’avère être une véritable soupe-au-lait, aux colères aussi rares qu’éruptives, très souvent disproportionnées. Sa nature profonde contrastant fortement avec l’image qu’elle laisse paraître au quotidien, on la qualifie souvent de lunatique, tournant en dérision ses “messages divins”, jugés comme les simples élucubrations naïves d’un esprit agité et trop fécond, plus encore quand on la surprend à murmurer toute seule, répondant à ses “soit-disant” messages.

    Des blessures et moqueries qui n’entament cependant ni sa foi, ni sa résolution ; n’entachant que son image et son amour-propre, considérés à ses yeux comme un juste sacrifice aux Dieux si cela lui permet de continuer à communiquer avec eux. Une volonté de communion qui n’est pas sans conséquences. Solène apprécie l’ivresse de l’alcool, tant pour la désinhibition que cela lui apporte que la lourdeur du sommeil qui s’ensuit, plus propice à dialoguer avec les Dieux ; l’ivresse du combat quand, l’épée à la main, elle s’exalte des sentiments de danger et de puissance associés.


    Physique


    Difficile - à son grand dam - pour la Sombrebois de passer inaperçue. Haute de son mètre soixante-dix, elle domine souvent la foule d’une bonne tête. Une chevelure blonde et lisse courant en nattes tressées jusqu’au dessous de ses épaules, s’accordant avec un visage au teint rose beige, plus ou moins hâlé selon les pérégrinations de la jeune femme et les saisons. Ses yeux légèrement en amande s’ouvrent sur des iris ardoise n’étant pas sans rappeler les tonalités d’un ciel orageux ; surmontés par de fins sourcils  à l’arc marqué, rendant son visage particulièrement expressif. Son nez convexe domine quant à lui une bouche aux lèvres charnues, d’un rose clair et souvent gercées. L’ensemble forme un visage aux traits doux quoiqu’émaciés, légèrement enfantin malgré les rides naissantes, petites cicatrices et joues creusées que sa vie de chevaleresse et d’ascète lui a octroyé.

    Et sa condition transparaît tout autant au-travers de sa silhouette que de son visage. Athlétique, aux formes féminines rendues très discrètes par ses entraînements au combat, le poids de ses armes et armures ou encore son régime austère, au profit d’une musculature plus marquée et des mains calleuses. Rien qui ne laisserait présumer du sang-bleu qui coule dans ses veines tant elle passerait pour une fille des champs ou une ouvrière laborieuse une fois vêtue d’apparats plus civils. Et si ce n’était de par son langage, les mots soutenus portés par sa voix fluette trahissant son éducation et ses nobles origines, il serait aisé de l’assimiler à une simple fille du bas peuple.

    Car cela fait de nombreuses années désormais que Solène a troqué bijoux et soieries contre le cuir et la laine pour se vêtir au quotidien. Bottes épaisses, braies, chaisne, gants, cotte, surcot et mantel, usés par les voyages et les caprices de la météo. Une épaisse ceinture de cuir à la taille où pendent les fourreaux de son épée et son couteau, une aumônière contenant quelques écus ainsi que son briquet et un silex. La chevaleresse n’a cependant pas tout troqué, conservant son équipement de chevalier : pièces d’armures, écu et cotte d’armes aux armoiries Néréennes.

    Un accoutrement qui convient parfaitement à la jeune femme, consciente d’être plutôt séduisante mais très gênée à l’idée d’être courtisée. Conséquence de sa timidité, sa démarche s’avère souvent hésitante, sa posture avachie dès lors qu’elle se trouve entourée d’un peu trop d’inconnus. Une allure et une stature qui gagnent en confiance et en affirmation dès lors qu’elle arpente les routes, seule ou accompagnée d’individus de confiance.


    Histoire


    Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours été l’une des déceptions de Père. Philippe Sombrebois, héritier de la septième génération de la Maison Sombrebois. Famille noble sans terre ni domaine autre que les quelques acres de prairies qui ceinturaient notre demeure. Un homme qui avait tant de noblesse d’âme que de noblesse de sang. Notre famille avait fait fortune - et sûrement acheté sa noblesse - dans le commerce du bois, de la menuiserie et de la taille de pierre, pour le compte de la suzeraineté de Lonrivage d’alors. Une Maison enfoncée dans les terres, nichée sur les contreforts du massif Corrodien pour en exploiter les concessions de roches et forêts. Mais cet héritage n’avait jamais été du goût de Père, qui préféra toute sa vie manier l’épée au détriment du ciseau. Et si Père était un grand chevalier, il était hélas un mauvais gestionnaire, qui laissa la Maison péricliter à la mort de ma grand-mère pour préférer guerroyer. Seul son mariage avec Mère, Caroline, permit à notre Maison d’éviter la faillite, surtout lorsque survint la première dévaluation de l’écu quelques années avant ma naissance.

    Une naissance qui se voulait pleine d’espoir pour Père qui espérait alors un fils, de nombreux fils d’ailleurs qu’il pourrait ensuite emmener chevaucher à ses côtés, épée au flanc. Père n’avait pas - paraît-il - manquer de se complaindre de la naissance de Camille, mon aînée de trois ans à l’hiver 1220 ; et ne manqua pas là encore de clamer sa déception et son malheur lorsque je vins au monde, le premier jour d’automne 1223. Une fille, chétive et fragile. Ni bien, ni mâle en somme. Aux yeux de père, je ne recevrais ni tendresse, ni affection, seulement un désintérêt manifeste, le même qu’il porta à mes soeurs. Quant à Mère, je l’ignore et l’ai toujours ignoré. Jamais Père ne parla d’elle autrement que lorsqu’elle mourut en couche deux années plus tard en donnant naissance à un fils mort-né. Il n’y eu jamais d’amour entre Philippe et Caroline, juste une union besogneuse au service de deux Maisons nobles en souffrance. Père n’aimait que lui, ses armes et son destrier peut-être. Et pourtant, je l’admirais.

    Il se remaria deux années plus tard avec Morgane, une fille noble aux origines plus modestes encore que Mère lorsque la nécessité s’en fit sentir. Les finances et les affaires avaient lourdement souffert du trépas de Caroline et de la seconde dévaluation de l’écu. Mais Morgane n’était pas femme à désirer s’encombrer de ma soeur et moi, héritières légitimes de la Maison Sombrebois. Nous étions des obstacles à ses ambitions politiques, bien qu’elle se devait de porter le masque face à Père, au moins le temps de lui faire quelques enfants à son tour. Aussi joua-t-elle le jeu aussi longtemps que nécessaire. Et de mes souvenirs de petite enfance, Morgane apparaissait comme une femme aimante et généreuse, paraissant soucieuse de notre éducation et notre avenir, que je n’hésitais pas à appeler Mère.

    Et si Camille et moi étions très proches durant nos jeunes années, cela changea lorsque mon aînée commença à être instruite aux arts délicats de la politique, de l’étiquette, de la bienséance, aux écritures et aux lois, à l’histoire et la géographie ; en bref, à tout ce qu’il seyait d’instruire à une future héritière du domaine. Pour ma part, je n’eus droit qu’à une instruction plus basique dans ces domaines, bien plus orientée vers le Trimurtisme. M’offrir une vie cléricale pour espérer m’envoyer dans l’une des Astika de Nacre était certainement un bon moyen pour Morgane de se débarrasser de moi sans éveiller les soupçons de Père. Et si je me découvrais un appétit d’ogre pour la littérature et la poésie et une ferveur ardente pour les textes sacrés, les contes et légendes du Trimurti qui ne me quitta jamais, naissait aussi en moi un désir d’aventure et de voyage, les récits guerriers et chevaleresques de Père trouvant échos au plus profond de mon âme.

    Des échos renforcés par les rêves répétitifs qui assaillaient mes nuits, dans lesquels une voix distante dénué de genre et d’émotion m’invitait à entrer dans le puit de lumière qui me faisait face, découpé dans l’ombre imposante de mon chevalier de paternel. Et je m’y voyais portant une armure semblable à celle de Père, chaude et brillante sous le soleil, une épée étonnamment légère à la main, au centre d’une foule en liesse. Des idioties selon Morgane et Camille, mais qui raviva une lueur d’intérêt, brève mais présente, dans les yeux de Père lorsque, du haut de mes huits ans, je lui exposai mon rêve et ma volonté de devenir chevalier comme lui. Lui qui avait vu naître deux autres filles - Noémie en 1228 et Catherine 1230 - de son mariage avec Morgane, sembla trouver un bien maigre réconfort - résigné malgré tout - dans ma demande.

    C’est ainsi que dès 1232, après son retour de l’Ouest à combattre les Thoréens, je devins page de mon père, apprenant à entretenir ses armes et armures qui me paraissaient bien lourdes, à prendre soin de sa monture et des selleries en cuir, tout comme il m’initia aux valeurs chevaleresques, au sens de l’honneur et de la justice durant quelques mois. Mais la présence de plus en plus ravageuse des Joyeux Compagnons le rappela à son devoir, et il fit le choix de laisser mon éducation aux soins d’un vieil ami chevalier et mentor durant les nombreux mois qui suivirent, Sieur Grégoire De l’Iscle. Un cousin très éloigné des Sombrebois établi dans le Comté de Baros, issu d’une branche parallèle de notre famille dont le nom avait fini par se diluer au fil des générations et des mariages successifs. Un homme dur et caractériel, intraitable mais aussi grande source d’enseignements. Grégoire était un adepte de philosophie, de contes et de poésie, que je pouvais écouter parler des heures durant quand le sommeil ne m’emportait pas avant.

    Durant cette période, j’occupais la plupart de mes journées à entretenir les écuries et nourrir les chevaux, en compagnie d’Arthur, petit-fils de Grégoire qui aspirait comme moi à devenir chevalier. Malgré nos deux années d’écart ,lui et moi travaillions, jouions et nous entraînions ensemble, rendant le quotidien plus supportable et complice. Tout comme je descendais souvent au village en périphérie du domaine de L’Iscle pour me rendre à l’église, discuter avec le prêtre Tamaste du village, lui raconter mes rêves et les échanges que j’avais avec les Dieux au sein de ceux-ci. Je crois bien que jamais il ne me crut, pas plus que Grégoire ou Arthur d’ailleurs, s’en amusant parfois, me mettant en garde plus souvent. Auprès de lui, j’apprenais les textes sacrés, les mythes et légendes, ainsi que les préceptes de Tamas plus particulièrement, qui me semblaient alors convenir le plus justement à la vision que je me faisais de la chevalerie et de la noblesse d’âme. Justice, bienveillance, renonciation, miséricorde, ascétisme.

    Des mois qui se muèrent en années, entrecoupées de quelques périodes où j’accompagnais mon père revenant de ses campagnes contre les Joyeux Compagnons au-travers du Duché pour retourner à Sombrebois. Sous la gouvernance de Morgane, la Maison avait prospéré et s’était enrichie de deux nouvelles descendantes - Victoire née en 1233 et Isabelle en 1235 - en plus de s’enrichir tout court.

    Pour mon quatorzième anniversaire, mon père m’offrit ma première monture et ma première épée, entérinant ainsi ma future condition de combattante de la famille Sombrebois, faisant de moi son écuyère par la même occasion. Durant les jours qui suivirent, j’eus l’occasion d’avoir de longues discussions avec Morgane, qui réussit à me convaincre de renoncer à mes prétentions d’héritières sur la Maison Sombrebois au profit de ma demie-soeur Noémie, contre une jolie somme malgré tout. J’ignorai alors que je venais de signer l’arrêt de mort de mon aînée en quittant Sombrebois, chevauchant aux côtés de Père.

    Les deux années suivantes, je me retrouvais partagée entre ma formation au domaine de l’Iscle, me découvrant un sentiment bien plus qu’amical à l’égard d’Arthur, et de longues chevauchées à parcourir le Duché, à la poursuite de groupuscules des Joyeux Compagnons aux côtés de mon père et quelques autres chevaliers, sans jamais revenir à Sombrebois. Ce n’est que lors de la cérémonie d’adoubement d’Arthur à Rivemorte que j’apprenais le trépas de ma soeur Camille, plus d’une année auparavant, victime d’une “mauvaise chute”. Une nouvelle qui me bouleversa profondément, quand bien même elle et moi n’étions pas si proches. Une annonce qui ne sembla pas perturber mon père outre-mesure, malgré la perspective d’un mariage bénéfique aux Sombrebois. Était-ce là toute l’ampleur du renoncement dont doit faire preuve un chevalier, ou le simple désintérêt inébranlable de mon père ? J’optais pour la seconde option, et dans mon opiniâtreté du moment, comprenais que la mort de Camille n’avait rien eu d’accidentelle.

    Un accident et une renonciation. C’était là tout ce qu’il avait fallu à Morgane pour obtenir le fruit de sa convoitise : le pouvoir et la gouvernance d’une Maison, une héritière légitime et des filles à marier. Un profond dégoût m’envahit alors envers ce nom que je portais, et une sourde colère que j’adressai à Morgane, ses filles, et plus encore mon père pour son écoeurant détachement. Mes rêves s’étaient emplis de flammes dévorantes, de brasiers qui consumaient la charpente de la Maison Sombrebois et engloutissaient ses occupants. Une manifestation de ma colère que je rejetais sur les Dieux pour cette injustice, sans comprendre en vérité que justice viendrait et ce, dès l’été suivant.

    Le Duché fut touché par une épidémie de malaria qui emporta dans son sillage Morgane et Isabelle ; obligeant Père à regagner Sombrebois en me laissant de nouveau aux bons soins du domaine de l’Iscle. Mais la maladie eut également raison de sieur Grégoire, et c’est au lendemain de ses funérailles que j’entrai au service d’Arthur. Le jeune chevalier m’offrait de parfaire ma formation durant les deux années suivantes, années au cours desquelles je m’éprenais de plus en plus du jeune homme, mais qui n’atténuaient aucunement la rancune que je portais à Père et mes soeurs.

    En Septembre 1242, Arthur m’accompagna à Rivemorte pour mon propre adoubement, réalisant ainsi une partie de mon rêve, sous le regard fier - pour la première et unique fois - de Père. À cette occasion, Philippe me remit une nouvelle épée - qui pend toujours à mon flanc en ce jour - ainsi qu’une cotte d’armes aux couleurs de la Maison Sombrebois. On fêta par la suite mon adoubement en grandes pompes, le vin de Baros coulant à flot à la table d’Arthur pour arroser un repas copieux malgré les maigres récoltes. Je découvrais la liesse et l’ivresse, et un sommeil lourd, où un même rêve venait m’assaillir sans relâche. Une forêt d’arbres décharnés, tapissée d’une épaisse couche de neige, et la présence d’une simple bicoque de bois à la cheminée fumante, un licol vide enroulé au tronc d’un arbre à l’écorce grisâtre.

    S’ensuivit alors des mois de chevauchée, à courir les routes pour tenter d’apaiser et canaliser les nombreuses révoltes paysannes qui agitaient le Duché, faisant mes armes par monts et par vaux, des contreforts Corrodiens aux frontières de Boisnoir, souvent en compagnie d’Arthur, très rarement aux côtés de Père. Je puisais dans ma petite fortune personnelle pour acquérir quelques pièces d’armures, mais également des tenues plus féminines et luxueuses, seyant à mon rang pour les rares festivités mondaines où j’osais me rendre. Je tâchais de soigner mon honneur et ma réputation de chevaleresse au rythme de mes quelques faits d’armes, pratiquais la charité et rendais la justice d’une bien légère manière en y regardant de plus près. Jeune, insouciante, indolente, et toujours incapable d’avouer mes sentiments au sieur Arthur, avec toujours en toile de fond mes rêves, plus sombres, plus décharnés au fil des nuits. Des rêves que j’ignorais jusqu’à ce que la colère Divine ne me rattrappe.

    Novembre 1244. Arthur trouva la mort contre un groupe de bandits, et je m’étais retrouvée bien impuissante à l’aider, encore plus à le sauver. La mort dans l’âme, je ramenais son corps au domaine de l’Iscle, assistais à ses funérailles et rentrais à Sombrebois. J’y restais quelques semaines, à ressasser ma mélancolie et le soudain sentiment de solitude qui s’était emparé de moi. Chaque nuit, je rêvais du corps inerte et meurtri d’Arthur, reposant sur des montagnes de richesses et de fastes. Et une voix qui persiflait inlassablement : “Justice aux menteurs.” Des journées mornes qui se succédaient à des nuits agitées, sans repos véritable, toujours cette voix pernicieuse qui semblait vouloir me rendre folle. Un message que je ne comprenais qu’aux termes de nombreux jours, quand je quittais Sombrebois avec nombre de mes affaires et quelques vagues excuses pour seules explications à Père et mes soeurs.

    Je chevauchais jusqu’à Lonrivage et me débarrassais de mes apparats de richesse, fastes et nobles, pour me revêtir d’habits sobres, propres au bas-peuple. Je passais mes premières nuits au sein d’une auberge, jusqu’à parvenir à m’octroyer les services d’un chasseur qui, contre monnaie, accepta de m’inculquer les bases de la pratique de la chasse au collet, mais aussi du pistage. À son contact et durant les mois qui suivirent, j’apprenais à reconnaître les plantes et champignons comestibles des plus toxiques. Je rendais grâce au Dieux et m’adonnais pleinement aux prières, ainsi qu’à des périodes de jeûne et d’abstinence. Je disparaissais littéralement du paysage familial, occupant une cabane de chasse désertée à la pointe méridionale du Comté, où le massif Corridien rencontre les eaux du golfe d’Aurore.

    Ainsi retirée, rêves et voix avaient fini par se taire, mon sommeil se faire simplement profond, juste. Peu à peu, lentement, je parvins à faire le deuil d’Arthur, persuadée que son âme serait incarnée en un être meilleur que ce monde me permettrait de rencontrer à nouveau. Ou pas. Je me rendais au village le plus proche les jours de marchés, une fois par semaine, pour troquer mes prises contre quelques aliments de saison, surtout pour me rendre à l’église ou encore participer aux festivités religieuses, me satisfaisant très égoïstement de cette vie de solitude où il n’était plus question de servir les intérêts de quiconque hormis les miens, très simples. Prier, rendre grâce aux Dieux, chasser pour survivre, m’occuper des besoins de ma monture vieillissante jusqu’à sa mort, et trouver grand luxe dans la simple chaleur d’un feu, bonne compagnie dans la récitation de quelques textes sacrés ou poèmes lovés au sein de ma mémoire ; et cela jusqu’à me heurter à la solitude la plus complète. M’apercevoir de la vacuité même de mon existence au coeur de l’hiver, en observant une simple bicoque de bois à la cheminée fumante, un licol vide enroulé au tronc d’un arbre à l’écorce grisâtre. Février 1247. Il est temps pour moi de revenir au monde. Mes nuits ne sont plus justes ni mes rêves paisibles. Les Dieux ont un message à transmettre et nul ne semble vouloir - ou pouvoir - l’entendre.

    Lorsque je revenais à la demeure de Sombrebois, Père n’était plus de ce monde. À sa place se tenaient désormais Noémie et son époux, affairés à gérer les richesses familiales. Je ne restais pas plus de quelques heures, m’expliquant à peine sur les années passées, ne m’attirant que moqueries, critiques acerbes ou indifférence. Je n’étais plus la bienvenue en ces lieux. Le temps pour moi de récupérer mes dernières affaires, mes armes et mon armure pour finalement claquer la porte aux engeances de Morgane, rendre grâce à la sépulture de Père et partir. Mes dernières richesses et mes services, je les offrais ou dispensais aux plus nécessiteux que je rencontrais en chemin. Quelques écus pour des paysans dont on avait volé une bête, une escorte pour un marchand craignant pour sa sécurité et surtout celles de ses biens entre deux villes, quelques pièces offertes à un mendiant sur le parvis d’une église, traquer un voleur et le livrer à la justice de son seigneur. Ainsi se résuma alors mon existence durant quelques mois de pérégrinations aléatoires, au gré des demandes, des récompenses ou de mes envies. Chevaleresse errante à la poursuite de ses rêves.

    Du moins jusqu’à ce que mes pas me conduisent à Rivemorte. J’y fis là la rencontre d’un Chevalier de la Rose qui, au terme d’une longue discussion, m’invita à prêter allégeance au Duc puis me présenter à Rosépine. L’Ordre de la Rose. Si j’en avais bien entendu parlé, et pu en apercevoir quelques-uns durant mon adoubement, j’apprenais ainsi que ses rangs n’étaient plus aussi fermés que sous le règne du Duc Vaillant et qu’il servait - sous l’impulsion du Duc Courage - désormais à protéger l’ensemble du Duché. Il ne me fallut que quelques jours alors pour obtenir audience auprès du Duc Courage et prêter serment.

    Quelques semaines plus tard, au terme d’épreuves visant tant à juger mes compétences martiales - rouillées par mon absence de pratique des dernières années - que vérifier mon identité, mon annulaire se voyait habillé de l’anneau d’or et d’argent, et mon coeur habillé d’une grande fierté. Je renouais avec le sentiment d’appartenir à une famille bien plus chaleureuse et sincère que ce qu’il restait de la mienne. Pourtant, je me montrais assez discrète et réservée. Ma tenue et mes pratiques d'ascète étant plus ou moins bien acceptés selon les classes sociales et les convictions de mes compagnons d’armes. Mais d’aucun n’aurait pu dire que je me réservais à l’entraînement ou à la tâche, même durant une période de jeûne. Après tout, j’avais la chance d’apprendre auprès des plus grands et émérites chevaliers du Duché, voire de l’Empire. Le chevalier de Mornoie - proche du Duc - m’honora même de quelques sessions d’entraînement à l’équitation, moi qui ne possédait plus de monture en ces heures.

    Mais rapidement la guerre se rappela à notre devoir. Feynes d’abord, puis Durdinis ensuite. Je ne manquais à l’appel d’aucune d’elle, faisant couler le sang des ennemis de l’Empire, piétinant et pataugeant dans celui de mes frères d’armes, versant le mien à quelques reprises. Je découvrais au-travers de ces deux conflits des contrées autres que celles de Néra, prenant conscience que le monde était vaste, immensément vaste ; et que nombreux étaient les peuples qui ignoraient tout de la grâce du Trimurtisme. Je les plaignais sincèrement, tout autant que je les haïssais. Mais il n’y eut pas vraiment de paix une fois revenue au pays. Seulement plus de mort et de désolation tandis que la peste ravageait l’Empire. Je quittais Rosépine pour reprendre mes errances chevaleresques, venant en aide aux nécessiteux qui se comptaient alors en centaines, tout en m’interrogeant alors sur les Triarques et leur rôle.

    Qu’attendaient-ils donc, cloîtrés sur leur île, pour répandre la vérité divine ? Étaient-ils la raison pour laquelle la peste s’abattait sur Eurate ? Plus le temps et les catastrophes s’accumulaient, et plus je me mettais à douter. Non pas des Dieux ou de ma foi, mais de leurs représentants. Quelle tourmente leur faudra-t-il ensuite pour les inciter à agir ? Plus les mois passaient, et plus je me pensais convaincue que j’avais un message à leur adresser.


    Compétences



  • Athlétisme 4

  • Epée 3

  • Survie 3

  • Bouclier 2

  • Erudition (Philosophie) 1

  • Etiquette 1



  • Derrière l'écran



    Êtes-vous majeur ? Oui
    Avez-vous lu le règlement ? Code validé
    Comment-êtes vous arrivé sur Les Serments d'Eurate ? Par l’Antre du RPG
    Une suggestion ? Je laisse le soin au staff de mettre les compétences.
    Ce personnage est-il un DC ? Si oui, de qui ? Non




    Re: Solène Sombrebois ─ Lun 9 Sep - 17:56
    Chroniqueur Impérial
      Chroniqueur Impérial

      Réputation -  09.09.2019



    • LA CAPITALE EVALON



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    • DUCHÉ DE LA CROIX DES ESPINES


    • COMTÉ DE LA CROIX DES ESPINES
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      COMTÉ D'EMERALD
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      COMTÉ DE POSVÁNY
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    • DUCHÉ DE MELLILA


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      COMTÉ D'ARAGON
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      COMTÉ DE CORDUBA
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    • DUCHÉ DE NÉRA


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      Religieux:..... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■...... 0000/1999 pts




      COMTÉ D'UZÉ
      Citoyen:....... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■...... 0000/1999 pts

      Noble:.......... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■..... 0000/1999 pts

      Religieux:..... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■...... 0000/1999 pts





    • DUCHÉ DE VOLG


    • COMTÉ DE VOLG
      Citoyen:....... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■...... 0000/1999 pts

      Noble:.......... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■..... 0000/1999 pts

      Religieux:..... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■...... 0000/1999 pts





      COMTÉ DE TERRESANG
      Citoyen:....... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■...... 0000/1999 pts

      Noble:.......... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■..... 0000/1999 pts

      Religieux:..... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■...... 0000/1999 pts





      COMTÉ DE MONT DRAGON
      Citoyen:....... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■...... 0000/1999 pts

      Noble:.......... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■..... 0000/1999 pts

      Religieux:..... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■...... 0000/1999 pts





    • ÎLE DE NACRE


    • Le clergé :..... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■... 0000/1999 pts


    • HORS FRONTIÈRES


    • Territoire Thoréen:.... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■... 0000/1999 pts

      Territoire Khöz:......... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■... 0000/1999 pts

      Royaume d'Azelan:.... ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■... 0000/1999 pts

      Royaume de Feynes:.. ■ - ■ - ■ - ■ - - ■ - ■ - ■ - ■.. 0000/1999 pts